QFC - Ne nous soumets pas à la tentation !?
« Tout m’a été remis » : la question de l’autorité, de la tentation et de l’allégeanceDeux paroles prononcées dans les Évangiles attirent l’attention par leur ressemblance.
Jésus déclare :
Et au début du ministère de Jésus, Satan avait dit à Jésus :
Dans les deux cas apparaît la même idée : quelque chose a été remis. Mais la question essentielle n’est pas seulement : qu’est-ce qui a été remis ? Elle est aussi : par qui cela a-t-il été remis, et à qui l’homme choisit-il de se soumettre ?
Dans toute l’Écriture, l’autorité est toujours liée à l’obéissance. Celui à qui l’homme obéit devient celui sous l’autorité duquel il se place.
L’homme reçoit donc une véritable domination, mais une domination déléguée.
L’ordre voulu par Dieu est : Dieu → l’homme → la création
L’homme exerce une autorité parce qu’il demeure sous l’autorité de Dieu.
Le serpent ne force pas Adam et Ève. Il les séduit et les amène à écouter une autre voix. Il remet en question la parole de Dieu, et l’homme choisit d’obéir au serpent plutôt qu’à son Créateur. Le drame de la chute n’est donc pas seulement la transgression d’un commandement. C’est un changement d’allégeance.
Paul explique ce principe :
L’obéissance détermine la soumission.
La soumission détermine la domination.
C’est dans cette perspective que prend sens la parole de Satan :
Il ne dit pas par qui cela lui a été remis. La Bible n’enseigne jamais que Satan serait devenu propriétaire de la création à la place de Dieu. Dieu reste le souverain :
Mais l’Écriture montre que Satan exerce une influence réelle sur le monde humain.
Jésus l’appelle :
Paul le décrit comme :
Et Jean affirme :
Ainsi, la domination de Satan peut être comprise comme une conséquence de la chute : l’homme, en choisissant d’écouter le serpent, a placé l’humanité sous son influence.
Dans le désert, Satan propose à Jésus les royaumes du monde :
La proposition est claire : reconnais mon autorité et je te donnerai un royaume.
Mais Jésus refuse parce que la source de son autorité est différente :
Satan revendique un pouvoir reçu sans en révéler l’origine.
Jésus reçoit une autorité donnée clairement par le Père.
Jean confirme :
Et Jésus prie :
Après sa résurrection, il déclare :
Le contraste est donc total. Satan cherche une soumission pour donner un pouvoir.
Jésus reçoit une autorité parce qu’il demeure parfaitement soumis au Père.
Là où Adam a perdu sa vocation par désobéissance, Jésus, le dernier Adam, la restaure par son obéissance.
Cette question d’autorité explique aussi la demande du Notre Père :
Le grec dit : μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς εἰς πειρασμόν [mē eisenenkēs hēmas eis peirasmon]
Le verbe εἰσφέρω [eispherō] signifie plutôt : faire entrer, conduire dans, introduire.
Littéralement : "Ne nous fais pas entrer dans la tentation (l'épreuve)"
Certaines traductions ont choisi : "Ne nous induis pas en tentation" ou "Ne nous soumets pas à la tentation" ou "Ne nous laisse pas succomber à la tentation". Mais le grec ne dit pas que Dieu soumet l’homme à la tentation. Il parle d’entrer dans une situation d’épreuve.
. une tentation visant à faire tomber ;
. une épreuve ou un test.
Le contexte permet de comprendre les deux dimensions. Dieu peut permettre une épreuve (Job, Jésus au désert) mais c’est le diable qui tente. Dieu permet l’épreuve, mais il n’est pas l’auteur du mal.
Cette précision est essentielle, car Jacques affirme :
Dieu peut permettre une épreuve, comme dans le cas de Job ou de Jésus au désert, mais il n’est jamais l’auteur de la tentation qui cherche à faire tomber.
La menace vient du tentateur. La tentation est le lieu où celui-ci cherche à obtenir notre obéissance.
Jésus explique encore cette réalité à Gethsémani :
Le grec dit : γρηγορεῖτε καὶ προσεύχεσθε, ἵνα μὴ εἰσέλθητε εἰς πειρασμόν [grēgoreite kai proseuchesthe, hina mē eiselthēte eis peirasmon]
Littéralement :"Veillez et priez, afin que vous n’entriez pas dans la tentation (l'épreuve)"
Le parallèle avec Mt 6:13 est frappant.
Dans le Notre Père : "Ne nous fais pas entrer dans la tentation"
et à Gethsémani : "ne pas entrer dans la tentation"
Jésus emploie la même construction εἰς πειρασμόν [eis peirasmon] — « dans la tentation », avec deux verbes différents mais de même racine d’idée :
. demander au Père de ne pas être conduit dans la tentation ;
. veiller et prier pour ne pas entrer dans la tentation.
Dans les deux cas, l’image est celle d’une entrée dans une situation dangereuse, pas celle d’un Dieu qui tenterait l’homme. Jésus enseigne à demander au Père de nous garder d'entrer dans une épreuve où nous cèderions au tentateur. Pierre en fera l’expérience. Il ne veille pas, il ne prie pas, et il finit par renier Jésus. Il est entré dans l’épreuve sans la vigilance demandée par la prière.
Ainsi, la prière ne signifie pas : "Père, empêche toute épreuve d’exister" (Jésus ayant été lui-même tenté, ou "mis à l'épreuve") ; elle signifie plutôt : "Père, garde-moi d’entrer dans une épreuve où ma faiblesse me ferait succomber au Malin".
La tentation n’est jamais seulement une invitation à commettre une faute. Elle est toujours une question plus profonde :
. Quelle voix vais-je écouter ?
. À qui vais-je obéir ?
. Sous quelle autorité vais-je demeurer ?
C’est pourquoi Jésus affirme :
Et Josué lançait déjà cet appel :
Jacques donne enfin la clé :
CONCLUSION
Toute l'Écriture conduit à cette vérité simple : il n'existe pas de neutralité spirituelle.
L'homme vit toujours sous une autorité, et la tentation est le lieu où se révèle celle qu'il choisit de reconnaître.
C'est pourquoi Jésus ne nous enseigne pas seulement à résister au Mal, mais d'abord à demeurer attachés au Père, lui qui a reçu de celui-ci toute autorité. Entre les deux « tout m'a été remis », l'Évangile invite chacun à choisir le seul Seigneur dont l'autorité conduit à la vie.
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[1] Jn 12:31 Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ;
Jn 16:11 En matière de jugement, puisque déjà le prince de ce monde est jugé.
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COLLECTION
1. Ne nous soumets pas à la tentation !?
2. Kézako : la concupiscence ?
3. Si seul Dieu est bon, alors qui est Jésus ?
4. Le bon poisson… finit à la casserole !