Après avoir révélé à ses disciples le don qu'ils ont reçu, Jésus leur révèle la mission qui en découle. La grâce n'est jamais accordée pour être conservée comme un bien privé. Elle est donnée afin de porter du fruit et de sanctifier le monde.
L'image est d'une richesse remarquable. Le sel donne de la saveur. Il préserve les aliments de la corruption. Dans l'Ancien Testament, il est aussi le signe de la fidélité de l'Alliance :
Ainsi, le disciple est appelé à communiquer au monde la saveur de l'Évangile, à résister à la corruption du péché et à manifester, par toute son existence, la fidélité de Dieu.
Cette parole s'adresse d'abord aux Apôtres, puis à tous ceux qui recevront leur foi. Elle concerne donc tout baptisé, et plus particulièrement le catholique qui a reçu, dans l'Église, la plénitude des moyens de salut. Être « le sel de la terre » ne consiste pas seulement à professer la foi. Il s'agit de laisser la grâce transformer l'intelligence, la volonté, les choix, les paroles et les actes, afin que toute la vie devienne témoignage. Le chrétien ne reçoit pas la lumière pour lui-même. Il la reçoit pour qu'elle rayonne.
La force de cette image réside dans un détail souvent négligé. Jésus ne parle pas d'une substance qui n'aurait jamais été du sel. Il parle d'un sel qui a perdu ce qui faisait sa nature. L'avertissement concerne donc celui qui a réellement reçu la grâce. Le chrétien tiède n'est pas celui qui ignore le Christ. Il est celui qui le connaît sans plus vivre de lui.
Il continue parfois de fréquenter l'Église. Il conserve les apparences de la foi. Mais cette foi n'inspire plus ses décisions. Elle n'oriente plus sa vie. Elle devient une habitude plutôt qu'une communion. Le sel demeure extérieurement du sel. Pourtant il ne remplit plus sa mission. Ainsi en est-il du chrétien dont la foi ne féconde plus l'existence.
Il ne s'agit pas d'une chute ponctuelle, ni même d'une faiblesse. Tous les saints ont connu leurs combats et leurs infidélités. Ce que dénonce le Christ est un état où l'on cesse de désirer la sainteté, où l'on se satisfait d'une médiocrité spirituelle devenue normale. La tiédeur n'est pas l'épreuve. Elle est le renoncement silencieux à la ferveur.
. Saint Jean Chrysostome
Le disciple n'est pas établi seulement pour son propre salut. Il reçoit une mission envers les autres. Lorsque sa vie cesse d'être conforme à l'Évangile, il perd peu à peu la capacité d'éclairer ceux qui lui sont confiés. Le monde n'est plus évangélisé. Il est simplement confirmé dans son propre éloignement de Dieu.
. Saint Hilaire de Poitiers voit dans le sel la doctrine du Christ reçue par les disciples.
Le danger n'est donc pas seulement personnel. Il est ecclésial. Le chrétien qui cesse de vivre selon l'Évangile affaiblit le témoignage même de l'Église.
Cette fidélité intérieure trouve son expression dans une autre parole du Sermon sur la montagne. Jésus déclare :
Le Christ refuse les demi-mesures. Il ne demande pas une perfection instantanée. Il demande un cœur sans duplicité. Le disciple ne peut vivre continuellement dans le compromis entre l'Évangile et l'esprit du monde. Le « oui » prononcé au baptême est appelé à devenir un « oui » quotidien. Toute la tradition chrétienne verra dans cette parole un appel à l'unité de vie : une foi authentique ne se limite jamais aux lèvres ; elle imprègne toute l'existence.
Dieu ne juge pas les apparences. Il regarde le cœur. Le croyant peut connaître la doctrine, fréquenter les sacrements, accomplir des pratiques religieuses ; si son cœur demeure fermé à la conversion, il ne trompe pas Dieu. La vie spirituelle porte inévitablement les fruits de ce qui est semé. Celui qui sème la fidélité récolte la vie. Celui qui entretient volontairement la médiocrité récolte progressivement la stérilité. Ainsi, la parole de saint Paul rejoint celle du Christ : la grâce appelle une réponse.
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COLLECTION
1. Le catholique a reçu la Vérité : un privilège qui devient une responsabilité
2. Le sel de la terre peut perdre sa saveur
3. Le sarment retranché
4. Le chrétien tiède encourt le rejet du royaume