QFC - Catholique : sel de la terre ou chrétien tiède ? (4/4)
Le chrétien tiède encourt le rejet du RoyaumeLes différentes images employées par Jésus révèlent leur profonde unité. À première vue, elles semblent indépendantes : le sel, le sarment, l'arbre, le chrétien tiède. En réalité, elles décrivent toutes la même situation spirituelle. Il ne s'agit jamais d'un païen qui n'aurait pas connu Dieu. Il ne s'agit jamais d'un homme privé de toute grâce. Le Christ parle toujours de celui qui lui appartient déjà, qui a reçu la lumière de l'Évangile, mais qui ne laisse plus cette grâce porter du fruit. Autrement dit, il parle de ses disciples. Il parle de son Église.
Quatre images, un seul avertissement
Tout au long de son enseignement, Jésus revient inlassablement sur une même réalité, en la présentant sous des images différentes.
Mt 5:13 Le sel devenu fade est représenté par le disciple qui ne donne plus la saveur de l'Évangile → jeté dehors et piétiné
Jn 15:06 Le sarment retranché est représenté par celui qui ne demeure plus dans le Christ → jeté au feu
Mt 7:19 L'arbre sans fruits est représenté par celui dont la vie ne porte plus de fruits → coupé et jeté au feu
Ap 3:16 Le chrétien tiède est représenté par le baptisé installé dans une foi sans ferveur → vomi par le Christ
Cette convergence est trop précise pour être fortuite. À chaque fois :
. une grâce a été reçue ;
. une mission a été confiée ;
. cette mission n'est plus accomplie ;
. vient alors l'annonce d'un jugement.
Le vocabulaire change. La doctrine demeure. Le Christ enseigne avec une remarquable cohérence qu'une foi qui cesse de vivre devient progressivement stérile. La stérilité conduit au rejet, non parce que Dieu retirerait arbitrairement son amour, mais parce que l'homme refuse de demeurer dans la communion qui lui était offerte.
Le jugement manifeste la vérité de ce choix.
C'est à cette lumière qu'il faut entendre la parole adressée à Laodicée.
Ap 3:15 Je connais tes actions, je sais que tu n'es ni froid ni brûlant ; mieux vaudrait que tu sois ou froid ou brûlant. 16 Aussi, puisque tu es tiède – ni brûlant ni froid – je vais te vomir de ma bouche.
Cette phrase compte parmi les plus sévères de toute la Révélation. Le verbe choisi par le Christ est volontairement saisissant. Il exprime un renvoi, un rejet. Non un simple reproche. Non une désapprobation passagère. Le Christ annonce qu'une foi devenue définitivement tiède est incompatible avec la communion qu'il veut établir avec son disciple.
Il faut cependant éviter une interprétation erronée. La tiédeur dont parle ici Jésus ne désigne ni les sécheresses spirituelles, ni les nuits de la foi, ni les combats que connaissent tous les saints. La tradition spirituelle distingue soigneusement ces épreuves de la véritable tiédeur.
La tiédeur est un état dans lequel le chrétien cesse de lutter. Il ne cherche plus réellement la sainteté. Il s'accommode du péché. Il remet toujours à plus tard sa conversion. Sa foi demeure extérieurement présente, mais elle ne gouverne plus sa vie.
C'est cette médiocrité volontaire que le Seigneur condamne.
Les Pères de l'Église ont unanimement compris que cette parole concernait des baptisés installés dans une foi devenue sans vigueur.
. André de Césarée, dans Commentaire sur l'Apocalypse, explique : les tièdes sont ceux qui confessent extérieurement le Christ mais dont la vie ne correspond plus à leur profession de foi.
Le « vomissement » signifie leur exclusion de la communion du Christ s'ils persistent dans cet état sans conversion. La gravité ne vient donc pas de la faiblesse mais du refus de revenir.
. Bède le Vénérable, dans Expositio Apocalypseos, enseigne : la menace adressée à Laodicée demeure un avertissement miséricordieux.
Le Christ parle avec sévérité précisément parce qu'il veut empêcher ses disciples de se perdre. Tant que dure cette vie, l'appel demeure ouvert. Le jugement n'est jamais présenté comme une fatalité. Il est précédé d'un appel incessant à la conversion.
. Parmi les Pères, saint Augustin formule peut-être le principe qui éclaire le mieux tout cet enseignement :
Sermon 169, 13 Dieu, qui t'a créé sans toi, ne te sauvera pas sans toi.
La grâce précède toujours. Mais elle appelle une coopération libre.
Le salut n'est jamais automatique. Il suppose une fidélité persévérante.
Cette parole d'Augustin résume admirablement l'ensemble de la doctrine exposée jusqu'ici. Le Christ donne tout. Mais il demande aussi tout.
L'enseignement du Catéchisme
L'Église reprend fidèlement cette doctrine. Le Catéchisme rappelle :
CEC, n°1428 L'appel du Christ à la conversion continue à retentir dans la vie des chrétiens. Cette seconde conversion est une tâche ininterrompue pour toute l'Église.
La conversion n'appartient donc pas seulement au commencement de la vie chrétienne. Elle accompagne toute l'existence. Chaque jour, le disciple est invité à renouveler son adhésion au Christ.
Le Catéchisme enseigne également :
CEC, n°1996 La grâce est la faveur, le secours gratuit que Dieu nous donne pour répondre à son appel.
Dieu donne toujours la grâce première. Jamais il ne demande sans donner les moyens d'accomplir. Mais cette grâce sollicite une réponse libre.
Enfin, l'Église rappelle la réalité du jugement particulier :
CEC, n°1021 Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort, en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ.
Le jugement ne révèle pas seulement les actes accomplis. Il manifeste ce que l'homme est devenu devant Dieu. L'homme sera jugé selon sa réponse à la grâce qu'il a reçue.
Et c'est pourquoi la parole de Jésus en saint Luc demeure la clé de lecture de tout cet enseignement :
Lc 12:48 À qui l'on a beaucoup donné, on demandera beaucoup.
Le dernier mot n'est pas le rejet
Le Christ lui-même ne s'arrête pas là. Après la parole la plus sévère adressée à Laodicée, il révèle immédiatement le véritable motif de son avertissement.
Ap 3:19 Moi, tous ceux que j'aime, je leur montre leurs fautes, et je les corrige. Sois donc fervent et convertis-toi.
Tout est là. Le Christ ne reprend pas parce qu'il cesse d'aimer. Il reprend précisément parce qu'il aime. La correction est l'une des formes de sa miséricorde. Il ne veut pas laisser le chrétien s'endormir dans une illusion de sécurité. Il frappe à la porte avant qu'il ne soit trop tard. La dernière parole de l'Apocalypse n'est donc pas le « vomissement »
mais la conversion. La dernière parole est l'espérance.
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CONCLUSION
Le plus grand danger n'est pas de n'avoir jamais connu le Christ. Le plus grand danger est de l'avoir connu, d'avoir reçu les trésors de son Église, d'avoir été nourri de sa Parole et de son Eucharistie, puis de vivre comme si cette rencontre n'avait rien changé.
Tout au long de l'Évangile, Jésus développe inlassablement le même avertissement :
. le sel devenu fade est jeté dehors ;
. le sarment qui ne demeure plus dans la vigne est retranché ;
. l'arbre qui ne porte pas de fruit est coupé ;
. le chrétien tiède est vomi de sa bouche.
Ces images expriment une seule réalité : la grâce reçue demande une réponse fidèle.
Cependant, l'Évangile ne s'achève jamais sur la crainte mais sur l'amour. Si le Christ parle avec une telle gravité, c'est parce qu'il refuse que ceux qu'il a rachetés au prix de son Sang se perdent par négligence ou par indifférence. Son avertissement est celui d'un Sauveur, non d'un accusateur. Et celui qui persévère jusqu'au bout entendra cette promesse :
Mt 25:23 Très bien, serviteur bon et fidèle ; tu as été fidèle pour peu de choses, je t'en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton Seigneur.
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COLLECTION
1. Le catholique a reçu la Vérité : un privilège qui devient une responsabilité
2. Le sel de la terre peut perdre sa saveur
3. Le sarment retranché
4. Le chrétien tiède encourt le rejet du royaume