Cardinal Jean-Baptiste MONTINI : "fidèle collaborateur" du pape PIE XII (1954)...
Certains font courir le bruit que le pape PIE XII aurait sanctionné et écarté l'Abbé Jean-Baptiste Montini du Vatican et n'aurait pas voulu le nommer cardinal afin d'éviter qu'il devienne pape ! Pure désinformation puisqu'en réalité, c'est l'exact contraire qui se trouve être la pure vérité !A propos de PIE XII, rectifions les mensonges colportés un peu partout ! L'artisan de la nouvelle Messe, le fameux Bugnini, a été nommé en 1948 par le pape PIE XII justement ! « En 1948, Pie XII crée une « Commission pour la réforme liturgique », et le travail qu'accomplit l'abbé Bugnini dans la revue plaît tellement au pape qu'il nomme Bugnini secrétaire de la commission. C'est donc l'année suivante que Bugnini va publier son premier plan de destruction de la liturgie latine... »
Annibale Bugnini : la révolution liturgique préparée dès 1949 - L'Homme Nouveau
Paul VI n'a fait que suivre les travaux de cette commission mais quand il s'est rendu compte du désastre, en juillet 1975, il a viré Bugnini sans ménagement et supprimé sa Congrégation.... Comment l'expliquer autrement ?
Signalons aussi à ceux qui chargent le pape Paul VI de tous les maux (bouc émissaire) que tous les évêques modernistes qui ont œuvré au concile Vatican II ont été canoniquement institués par le pape PIE XII, même WOJTYLA ! Ce que reconnait et déplore même un Mgr Sanborn...
Et ce mensonge est gros : "Pie XII ne voulait pas faire cardinal" Montini !!! alors que cette volonté est expressément consignée dans les AAS !
Quand d’ailleurs, l’info officielle est trop en faveur de Paul VI, on préfère choisir la rumeur assassine… l’interprétation personnelle négative…Un exemple frappant est la nomination de l’abbé Montini au Siège de Milan, ce qui serait à considérer comme un blâme, une sanction, une disgrâce ! Selon la « petite histoire » de certains traditionalistes, il aurait voulu non seulement le sanctionner mais aussi l’empêcher d’être pape !… Info (désinformation) totalement contredite par les faits eux-mêmes bien lus et analysés : puisqu’on ne nomme pas un simple abbé (ce qu’il a été au service de Pie XII pendant presque vingt ans, comme Substitut puis pro-secrétaire d’État, son bras droit) en le sacrant évêque à S. Pierre de Rome fin 1954 et surtout en le plaçant sur le plus grand Siège d’Italie et d’Europe : Milan, Siège cardinalice et papabile par excellence ! C'est comme si on nommait l'Abbé Jacques Gaillot : cardinal archevêque de Paris pour le sanctionner ! Et on ne lui propose pas la barrette de cardinal en janvier 1953 (ce que Mgr Montini refusera, en même temps que Mgr Tardini : si le motif exact du refus est discuté, la décision ferme de Pie XII de le nommer cardinal est, elle, certaine, attestée par les documents du magistère[1] !). Que cet éloignement de Rome ait été vécu douloureusement par Mgr Montini (car personnellement, ce n’était pas son désir), est une chose, mais qu’il s’agisse là d’une punition en est une autre, totalement inventée (Pie XII ayant surtout voulu donner une expérience pastorale à l’abbé Montini, qu’il n’avait pas, et lui permettre ainsi de devenir pape, en bonne logique).
[1] Allocution du pape Pie XII au consistoire du 12 janvier 1953 : « Il est une autre chose que Nous ne pouvons passer sous silence : c’est que Notre intention avait été de faire entrer dans votre Sacré Collège les deux prélats très distingués préposés aux deux sections de la Secrétairerie d’État [Montini et Tardini], et leurs noms étaient les deux premiers inscrits dans la liste que Nous avions préparée. Mais ces deux prélats, par un insigne témoignage de vertu, Nous supplièrent si instamment de leur permettre de décliner cette haute charge que Nous crûmes devoir accéder à leurs prières et à leurs vœux répétés. Ce faisant Nous avons voulu cependant récompenser en quelque manière leur vertu et Nous les avons élevés, comme vous le savez, à un poste d’honneur qui répondît de façon plus adéquate au domaine de leur laborieuse activité. » (D’après le texte latin des A. A. S., Annus XXXXV, series II, vol. XX, 1953, p. 65-66.) Pie XII 1953 - 1 CONSTITUTION APOSTOLIQUE CONCERNANT LE JEUNE EUCHARISTIQUE
Bref, la volonté, l’intention explicite, de nommer Cardinal Jean-Baptiste Montini, ne vient pas de Jean XXIII mais indiscutablement de Pie XII, comme en font foi les Acta Apostolicæ Sedis de janvier 1953, et de sa nomination en décembre 1954 sur un Siège cardinalice notoirement papabile. Donc, il serait temps je pense d’arrêter de lire l’histoire à l’envers des choses, et de colporter malhonnêtement des histoires fausses, dont pourtant on se délecte dans une certaine « presse »…
Dans la présentation romancée de l’abbé Francesco Ricossa (reprise en boucle par tous les bulletins/vidéos sedevacantistes, sans discernement ni vérification), ça devient : « Pie XII avait refusé à Montini la pourpre cardinalice, l’excluant ainsi du conclave. Mgr Roncalli devait donc lui préparer la voie… […] Giovanni Battista Montini est subitement démis de ses fonctions à la secrétairerie d’État et envoyé en exil…[1] » !!! Ce qu’on peut appeler « prendre ses désirs pour des réalités »…
En réalité, le cardinal Roncalli, placé d’ailleurs sur le Siège patriarcal prestigieux de Venise, par ce même Pie XII en ce 12 janvier 1953, et donc papabile, membre légitime du Collège cardinalice et de la hiérarchie catholique donc, ne fit rien d’autre que de remettre dans la liste du premier Consistoire de son pontificat (15 décembre 1958) les deux noms déjà retenus par Pie XII en janvier 1953 !... puisque Mgr Tardini devint lui aussi finalement cardinal ! Montini ne pouvait plus refuser à cette date puisqu’il était déjà placé sur un Siège notablement cardinalice ! Ainsi, quand Pie XII, en parlant de Montini et Tardini, « les deux prélats très distingués », évoque leur « témoignage de vertu », et vouloir « récompenser en quelque manière leur vertu et Nous les avons élevés, comme vous le savez, à un poste d’honneur »… Et encore, où lors de la cérémonie du sacre (12 décembre 1954), il donna « la bénédiction [à] son fidèle collaborateur (fedele collaboratore), devenu aujourd’hui frère dans l’ordre épiscopal… Bénédiction, comme elle est complètement remplie des souvenirs d’un service quotidien alternant avec des joies et des peines, est aussi lumineuse de foi et d’espérance pour l’avenir du nouveau Pasteur…[2] » … il faudrait comprendre en fait : trahison, blâme, défiance, sanction, mise à l’écart, en exil, mis à la porte… C’est soi-disant le langage diplomatique de Pie XII (on serait donc dans une totale hypocrisie mensongère !?)… On nage là en plein complotisme délirant. Et on peut se poser la question : « qui est schizophrène » ? (puisque c’est aussi l’accusation portée contre Paul VI par l’ineffable revue Chiesa Viva, qui fait feu de tout bois, tout en le reconnaissant d’ailleurs pourtant bien comme pape donc dans un chaos invraisemblable ! Comprenne qui pourra !)…
D’autres ont aussi pensé pouvoir trouver un signe manifeste du pseudo-blâme du pape Pie XII contre l’abbé Montini en ne le sacrant pas lui-même évêque ! Là encore, pure imagination, quand on sait que le dernier sacre réalisé par le pape Pie XII lui-même remonte au 4 mai 1941 (pour le Cardinal Confalonieri)… et que d’une manière générale il n’en fit plus d’autre ensuite jusqu’à sa mort.[3] En revanche, il désigna pour ce sacre de l’Abbé Montini un cardinal sacré en 1937 par lui-même, le cardinal Tisserand, et doyen du Collège des cardinaux. Ainsi, dans le lignage épiscopal du cardinal Montini, on trouve juste derrière le cardinal Tisserand : les papes Pie XII, Benoît XV et saint Pie X ! Excusez du peu…
Lorsque Monseigneur Montini fut nommé par Pie XII au Siège de Milan, il fut abasourdi et dépassé. Il dit au Pape, « Saint Père, pensez-vous que je suis capable de porter cette charge ?? » Et le Pape lui donna une étreinte pour réponse. La lettre apostolique de nomination écrite par le Saint Père à son Pro-Secrétaire disait : « Il nous a semblé, ô Fils bien aimé, que tu étais la personne la plus indiquée, parce que nous connaissons ton excellence et tes talents par une intimité presque quotidienne, ta force d’âme et ta sincère piété jointe au zèle pour le salut des âmes. Ainsi, pendant les longues années où tu nous as été proche en te dévouant aux affaires de l’Église, tu as non seulement bien mérité du Siège apostolique mais, de plus, tu as eu les moyens d’acquérir beaucoup d’expérience des hommes et de leurs affaires, tant et si bien que tu nous es apparu comme le plus préparé à assumer la gouvernance spirituelle de cette métropole. »
Le Saint Père Pie XII lui-même avait voulu consacrer le nouvel archevêque et lui avait donné sa croix pectorale, mais il était maintenant sérieusement malade, allongé dans le palais adjoint, et Monseigneur Montini reçevait la plénite de la prêtrise du français barbu, Cardinal Tisserant, doyen du Collège des Cardinaux, avec les co-consécréteurs, l’évêque de Brescia, Giacinto Tredici, et le vicaire capitulaire de Milan, Domenico Bernareggi, évêque titulaire de Famagosta.
Néanmoins le courageux Pape n’était pas absent. À un moment de la cérémonie, par les haut-parleurs installés dans la basilique, la voix basse du Pontife était entendue depuis son appartement. Il déclarait lui-même être présent spirituellement à la consécration épiscopale, qu’il s’était réservée en raison de son affection pour le consacré, mais la Providence ne lui permit pas de réaliser cette intention. Il dit : « C’est en effet une consolation pour le Père qui n’a pas été en capacité d’imposer ses mains en invoquant le Saint Esprit, les levant au moment de bénir son fidèle collaborateur, celui qui est aujourd’hui devenu son frère dans l’épiscopat. » Un cardinal de la curie qui connaissait bien Montini à cette époque : « Il y a ceux qui l’égalent en intellect, mais je n’ai rencontré personne qui lui sont supérieurs en spiritualité. Personne ! »[4]
Source : Clancy, J. G. Apostle for Our Time: Pope Paul VI. New York: PJ Kenedy & Sons, 1963. pp. 41-42, 78, 80-81.
APOSTLE FOR OUR TIME POPE PAUL VI : JOHN G. CLANCY : Free Download, Borrow, and Streaming : Internet Archive
Que Mgr Montini soit pressenti pour être pape dès les années « Jean XXIII », quoi d’étonnant puisqu’il avait servi Pie XII pendant presque vingt ans, et que ce dernier l’avait placé sur un Siège cardinalice d’importance : Milan (le plus grand d’Europe), d’où venaient déjà plusieurs papes (tel Pie XI) !? Du reste, c’était aussi l’avis (la prophétie) du Padre Pio, dès fin 1959 ! « C’était en 1959. Padre Pio recevait la visite du commandeur Alberto Galletti de Milan. Après l’avoir salué, Padre Pio voulut lui parler du cardinal Montini qui avait toujours eu à son égard beaucoup d’affection et d’estime : “Ce n’est pas une bénédiction, mais c’est un flot de bénédictions que j’envoie au cardinal Montini (alors archevêque de Milan, N.d.A.) et j’y ajoute mon humble prière. Toi, dis à l’archevêque qu’après cela, il sera pape. Qu’il se prépare. As-tu bien compris ce que tu dois lui dire ?”[5] » Padre Pio était-il dans le camp ennemi, franc-maçon, membre du « réseau Rampolla » ?!...
D'autres font encore courir le bruit qu'il a déposé la Tiare en novembre 1963 pour montrer qu'il n'était pas pape légitime !! En réalité, Paul VI n'a plus porté la Tiare après 1963 pour la raison indiquée dans sa première encyclique Ecclesiam suam (1964) : « Et il faut aussi considérer que ce pivot central de la sainte Église [la primauté du Pape] ne veut pas constituer une suprématie d'orgueil spirituel et de domination humaine, mais une supériorité de service, de ministère et d'amour. Ce n'est pas vaine rhétorique d'attribuer au Vicaire du Christ le titre de “Serviteur des serviteurs de Dieu”. » (n°114). On peut respectueusement critiquer le geste mais pas l'intention, la motivation.... Mais, il n'a pas pour autant aboli le couronnement que doit recevoir tout nouveau pape ! puisqu'en octobre 1975 avec sa nouvelle Constitution pour l'élection du Pontife Romain, ce couronnement est toujours prescrit : « 92. Enfin, le Souverain Pontife est couronné par le premier cardinal diacre, ... » (Romano pontifici eligendo, 1-10-1975)
Cf. LE PAPE PAUL VI A EXPRESSÉMENT CONDAMNÉ TOUT SYNCR…
L. M. , 26 septembre 2024
Notes :
[1] Affirmation sans autre référence que lui-même : revue Sodalitium n°33 de mai 1993 pp. 48 sqq.
[2] Radiomessaggio per la Consacrazione episcopale di Monsignor Giovanni Battista Montini, Arcivescovo di Milano (12 dicembre 1954) | PIO XII
[3] Cf. Pope Pius XII (Eugenio Maria Giuseppe Giovanni Pacelli) [Catholic-Hierarchy]
[4]
[5] Plus de détails ici : Fichier PDF Padre Pio prophétise au cardinal Montini qu'il deviendra PAPE.pdf
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Le pape Pie XII s'entretient avec l'archevêque de Milan Giovanni Battista Montini, Rome, 1955
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Pie XII se penche pour embrasser Giovanni Battista Montini, après l'avoir nommé Archevêque de Milan. Décembre 1954.
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