QFC - Le cas Ismaël (2/2)
Ismaël est béni par Dieu mais il n'est pas l'héritier de l'Alliance, laquelle passe par Isaac. La Bible ne s'arrête cependant pas à cette séparation. Elle suit également le destin des descendants d'Ismaël, souvent présentés comme extérieurs à l'Alliance d'Israël, avant d'annoncer leur rassemblement final autour du Dieu unique d'Israël.
Dieu avait promis à Abraham :
Cette promesse s'accomplit :
Parmi les douze princes, un nom prendra une importance particulière dans la suite de la Bible : Qédar qui deviendra le représentant emblématique des tribus arabes du désert issues d'Ismaël.
Des siècles plus tard, saint Paul revient sur l'opposition entre Isaac et Ismaël :
Paul relit l'épisode où Ismaël se moque d'Isaac (Gn 21:09). Dans sa lecture :
• Ismaël représente la solution humaine et Isaac représente la promesse de Dieu ;
• Agar représente l'esclavage et Sara représente la liberté.
L'opposition devient alors spirituelle : la chair contre la promesse.
Pour saint Paul, la question n'est donc plus ethnique mais spirituelle : ce qui compte n'est pas d'être physiquement descendant d'Abraham, mais d'être héritier de la promesse de Dieu.
Au temps des Juges, les Ismaélites apparaissent parmi les ennemis d'Israël.
Après sa victoire, Gédéon récupère leur butin :
Ces amulettes témoignent d'un univers religieux étranger au culte du Dieu d'Israël.
La Bible associe ainsi les Ismaélites :
• au monde du désert ;
• à des pratiques religieuses païennes ;
• à l'opposition militaire contre Israël.
Le principal rival religieux du Dieu d'Israël dans l'Ancien Testament est Baal.
Baal est le dieu cananéen :
• de la fertilité ;
• de la pluie ;
• de l'orage ;
• de la prospérité agricole.
Ses symboles sont notamment :
• le taureau ;
• l'éclair ;
• la puissance fécondante.
Dans tout le Proche-Orient ancien, le taureau est un symbole de force, de fertilité et de puissance divine. C'est pourquoi les cultes idolâtriques utilisent souvent cette image. Le veau d'or fabriqué au Sinaï (Ex 32) appartient au même univers symbolique que les cultes cananéens dominés par Baal.
Au mont Carmel, Dieu répond par le feu tandis que Baal demeure silencieux [2].
La leçon est claire :
• Baal est une idole ;
• le Seigneur est le vrai Dieu ;
• le Dieu d'Israël est l'unique Dieu vivant.
Même si la Bible ne dit jamais explicitement que les Ismaélites adorent Baal, elle les présente dans le même univers païen opposé au culte du Dieu d'Israël.
Les Ismaélites sont mentionnés dans une liste de peuples hostiles à Israël :
05 Ils disent : « Venez ! retranchons-les des nations : que soit oublié le nom d'Israël ! »
06 Oui, tous ensemble ils intriguent ; ils ont fait alliance contre toi, 07 ceux d'Édom et d'Ismaël, ceux de Moab et d'Agar ; 08 Guébal, Ammon, Amalec, la Philistie, avec les gens de Tyr ; 09 même Assour s'est joint à eux pour appuyer les fils de Loth.
Parmi les descendants d'Ismaël, Qédar devient progressivement le symbole biblique du monde extérieur à l'Alliance. Le psalmiste s'écrie :
Qédar représente alors :
• l'éloignement du Dieu d'Israël ;
• les nations du désert ;
• un environnement hostile au peuple de Dieu.
Pourtant la Bible ne s'achève pas sur cette opposition.
Le prophète Isaïe annonce un retournement spectaculaire.
Celui qui symbolisait autrefois le désert, l'éloignement et parfois l'hostilité deviendra finalement adorateur du Dieu d'Israël. Les deux premiers fils d'Ismaël sont associés ensemble à la vision prophétique de leur venue au Dieu unique d'Israël. La Bible s'ouvre sur une séparation des lignées, mais elle se termine par l'annonce d'un rassemblement des nations dans l'adoration du Dieu d'Israël.
Conclusion
L'histoire biblique d'Ismaël suit un mouvement surprenant :
• Ismaël naît d'une solution humaine ;
• il reçoit une bénédiction ;
• ses descendants deviennent une grande nation ;
• plusieurs apparaissent en marge de l'Alliance ;
• Qédar symbolise même le monde extérieur au Dieu d'Israël.
Mais le dernier mot appartient à la prophétie : les descendants d'Ismaël ne sont pas voués à demeurer loin du Seigneur. Isaïe annonce qu'un jour Qédar lui-même viendra rendre gloire au Dieu unique d'Israël. Ainsi, celui qui apparaît d'abord dans la Genèse comme le fils issu d'une solution humaine devient finalement, à travers ses descendants, un témoin de l'universalité du projet de Dieu. La bénédiction promise à Abraham atteint alors son horizon le plus large : les nations elles-mêmes sont appelées à entrer dans l'adoration du Dieu d'Israël.
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[1]
Dans le Proche-Orient ancien, les amulettes en forme de croissant sont généralement comprises comme des symboles liés aux cultes astraux. La lune y était souvent associée aux cycles de la vie, à la fécondité, à la prospérité et au renouvellement de la nature.
De son côté, le taureau occupait une place comparable dans les religions de fertilité : il symbolisait la force, la puissance reproductrice, l'abondance et la fécondité. C'est notamment pour cette raison qu'il est associé à Baal, grand dieu cananéen de l'orage, de la pluie et de la fertilité.
Sous cet angle, le croissant lunaire et le taureau renvoient au même univers religieux païen centré sur les forces de la nature, la fécondité et la prospérité. Certains ont même relevé que la forme du croissant pouvait évoquer les cornes d'un taureau, sans que cette interprétation puisse être démontrée avec certitude.
La Bible n'identifie cependant jamais ces amulettes à une divinité particulière, ni explicitement au culte de Baal. Elle les situe plus largement dans le contexte des religions païennes qui s'opposent au culte du Dieu unique d'Israël.
[2] Voir
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COLLECTION
Le cas Ismaël
1. De la solution humaine à la bénédiction des nations
2. Des descendants d'Ismaël à la conversion de Qédar