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Chapitre VI : DE LA PRÉSENCE DE MARIE
Pour parler à la Sainte Vierge, pour vivre en union avec elle, il faut que, de quelque façon, nous nous sentions en sa présence.
Une présence physique exige une contiguïté spatiale. Une présence d'ordre moral suppose une possibilité d'interaction directe entre personnes. On se sent en présence de quelqu'un quand on sait qu'il nous voit, nous entend, se rend compte de notre état, qu'il peut nous répondre et agir sur nous. Plus ces conditions sont réalisées parfaitement, plus parfaite est la présence. Or qui aime Marie sent le besoin d'une présence aussi intime que possible avec elle.
Nous savons par la foi que les habitants du ciel, en contemplant Dieu, nous voient avec nos besoins et nos prières et qu'ils peuvent nous assister en intercédant auprès de Dieu en notre faveur. C'est le fondement de la doctrine catholique de l'intercession des saints.
C'est donc indirectement, par la vision béatifique, qu'ils nous voient avec nos besoins et nos prières,…Plus

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Chapitre V : RAPPELS DE MARIE

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⚠️ Gravement biaisé : « Pourquoi chercher ailleurs ce que Jésus possède en plénitude ? » ⚠️
l’article de L.E. part d’une vérité catholique fondamentale, mais il en tire une conclusion qui devient problématique dès lors qu’on l’applique à la dévotion mariale.
Il rappelle avec raison que Jésus-Christ est notre Sauveur, notre Médiateur et la source de toute grâce. En revanche, il laisse entendre que chercher auprès de Marie une consolation, une protection ou une aide spirituelle révélerait soit une méconnaissance du Christ, soit une recherche de satisfactions affectives plus humaines.
C’est précisément là que se situe la difficulté théologique.
Il faut distinguer soigneusement trois choses : la plénitude du Christ, la médiation subordonnée de Marie et la possibilité de déviations dans certaines pratiques de piété. Ces trois réalités ne s’opposent pas.
1. Ce que L.E. affirme avec raison
Plusieurs affirmations de son texte sont parfaitement fondées.
Jésus-Christ est véritablement Dieu et homme, et il possède la plénitude de la divinité (Colossiens 2, 9).
Il est l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes (1 Timothée 2, 5).
Il intercède continuellement pour nous (Hébreux 7, 25).
Il invite lui-même les âmes accablées à venir à lui pour trouver le repos (Matthieu 11, 28-29).
La vie chrétienne doit trouver dans le Christ son centre, sa source et sa fin.
Sur ces points, il n'y a aucune raison de contester L.E. La foi catholique n’enseigne nullement que Marie serait une source autonome de grâce, une seconde rédemptrice indépendante du Christ ou une personne dont la puissance pourrait rivaliser avec celle de son Fils.
Mais reconnaître que le Christ possède tout en plénitude ne signifie pas qu'il ait choisi d'agir sans aucune médiation créée.
Et c'est cette distinction que l'article ne traite pas.
2. Le problème central : L.E. oppose ce que l'Église tient ensemble
Le texte insiste sur cette idée : Jésus est « notre Tout » et « le cœur repu n'a plus rien à désirer ». L.E. demande donc pourquoi chercher ailleurs ce que Jésus possède déjà.
Mais cette question repose sur une alternative trompeuse : comme si le chrétien devait choisir entre se tourner vers Jésus et se tourner vers Marie.
Or le concile Vatican II enseigne précisément le contraire.
Dans Lumen gentium, § 60-62, l'Église affirme simultanément :
- que Jésus-Christ est l'unique Médiateur ;
- que Marie exerce une véritable fonction maternelle dans l'ordre de la grâce ;
- que cette fonction dépend entièrement des mérites du Christ ;
- que l'intercession de Marie ne fait pas obstacle à notre union directe avec Jésus, mais la favorise.
Le texte conciliaire précise même que l'Église recommande l'aide maternelle de Marie afin que les fidèles s'attachent « plus intimement au Médiateur et Sauveur ».
C'est décisif : la doctrine catholique ne se contente pas de tolérer la dévotion mariale ; elle en reconnaît la légitimité et la recommande, à condition qu'elle demeure ordonnée au Christ.
L.E. aurait donc dû intégrer cette dimension essentielle à son raisonnement.
3. Première erreur de raisonnement : confondre la plénitude du Christ avec l'exclusion de toute médiation secondaire
Prenons une comparaison simple.
Dieu est la source de toute vie. Pourtant, il a choisi de nous transmettre la vie humaine par nos parents. Le fait que Dieu soit la source première de notre existence ne rend pas nos parents inutiles.
De même, le Christ est l'unique source du salut. Mais il peut librement associer des créatures à son œuvre, sans que celles-ci deviennent des sources indépendantes de grâce.
C'est exactement le principe exposé par Lumen gentium § 62 : la médiation unique du Rédempteur n'exclut pas la coopération des créatures ; elle peut au contraire la susciter.
La question n'est donc pas : « Jésus ou Marie ? »
La question catholique est : comment Marie nous conduit-elle à Jésus, et comment son intercession dépend-elle entièrement de lui ?
Cette distinction est fondamentale pour comprendre la mariologie catholique.
4. Deuxième problème : L.E. attribue aux dévotions mariales des motivations qu'il ne démontre pas
L.E. propose deux explications au fait de chercher une aide spirituelle ailleurs que dans le Christ :
- Une méconnaissance de Jésus et de son Évangile.
- La recherche d'une consolation plus sensible et plus humaine.
La première hypothèse peut être vraie dans certains cas. La seconde peut également décrire certaines dérives sentimentales ou superstitieuses.
Mais L.E. ne démontre pas que ces motivations caractérisent les fidèles qui pratiquent la dévotion mariale.
Un catholique qui prie le Rosaire, invoque Notre-Dame du Perpétuel Secours ou se confie à Marie dans une épreuve ne cherche pas nécessairement une consolation concurrente de celle du Christ.
Il peut au contraire demander à la Mère de Dieu d'intercéder pour lui, précisément parce qu'il croit que toute grâce vient de Dieu par Jésus-Christ.
L'Évangile lui-même nous offre une scène particulièrement éclairante : aux noces de Cana, Marie présente à Jésus une situation de détresse humaine, puis dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu'il vous dira » (Jean 2, 5).
Marie ne se substitue pas au Christ. Elle conduit les hommes vers lui et les invite à lui obéir.
On retrouve ici une dynamique très différente de celle que suggère la question rhétorique de L.E.
On ne peut donc pas déduire d'une dévotion mariale que celui qui la pratique connaît mal Jésus ou préfère une consolation humaine à la grâce divine. Il faudrait examiner la nature réelle de cette dévotion, son contenu et ses fruits.
5. L.E. a-t-il raison de mettre en garde contre les dérives de la piété ?
Oui, en principe.
Une dévotion devient problématique si elle conduit à imaginer Marie comme plus miséricordieuse que Dieu, comme une puissance indépendante du Christ, ou comme une personne qu'il faudrait solliciter pour contourner un Jésus supposé inaccessible ou hostile.
Une telle conception serait contraire à la foi catholique.
Mais il faut distinguer cette caricature de la véritable doctrine mariale.
La Mère de Dieu n'est pas une solution de remplacement au Christ. Elle n'est pas davantage une rivale de son Fils. Son intercession maternelle est entièrement dépendante de lui.
Le Catéchisme de l'Église catholique, au § 970, reprend explicitement cette doctrine : l'influence salutaire de Marie découle des mérites du Christ, repose sur sa médiation et tire toute sa puissance de lui.
Il est donc légitime de dénoncer les déformations de la dévotion mariale. Mais il ne l'est pas de laisser entendre que le recours à Marie serait, par nature, le signe d'une foi insuffisamment christocentrique.
Le véritable discernement consiste à déterminer si une dévotion conduit à Jésus ou si elle tend à l'éclipser.
6. Le silence de L.E. sur le rôle maternel de Marie
C'est probablement la lacune la plus importante de son article.
L.E. cite abondamment les Écritures pour présenter Jésus comme Sauveur, Avocat, Bon Pasteur, Refuge et Consolateur. Toutes ces affirmations sont justes.
Mais il ne se demande jamais pourquoi Jésus a voulu nous donner Marie pour mère.
Au pied de la Croix, Jésus dit au disciple bien-aimé : « Voici ta mère » (Jean 19, 27). Dans la lecture catholique traditionnelle, cette parole possède une portée qui dépasse la seule organisation matérielle de la vie de Marie après la mort de Jésus : elle manifeste également une dimension maternelle dans la relation entre Marie et les disciples du Christ.
Vatican II enseigne que la maternité de Marie dans l'ordre de la grâce commence avec son consentement à l'Annonciation, se manifeste d'une manière singulière au pied de la Croix et se poursuit par son intercession.
Dès lors, il faut poser une question à L.E. :
Si le Christ a voulu que sa Mère exerce une mission maternelle auprès de ses disciples, de quel droit pourrait-on présenter le recours à cette maternité comme le signe d'une méconnaissance du Christ ?
Il ne s'agit évidemment pas de prétendre que chaque pratique mariale serait irréprochable. Il s'agit de reconnaître que la maternité spirituelle de Marie appartient à l'enseignement catholique et ne peut être écartée par un simple appel à la plénitude du Christ.
7. Une contradiction avec la logique même de l'Incarnation ?
On peut pousser le raisonnement un peu plus loin.
Dieu aurait pu envoyer son Fils dans le monde sans passer par une mère humaine. Pourtant, il a voulu que le Verbe s'incarne dans le sein de la Vierge Marie, avec son consentement libre.
Cela ne signifie pas que Marie soit à l'origine de la divinité du Christ, ni qu'elle soit une condition qui s'imposerait à la toute-puissance divine. Cela signifie que Dieu a librement choisi de l'associer à son dessein.
Le Christ demeure entièrement premier, souverain et suffisant pour le salut. Mais cette plénitude n'empêche pas Dieu de vouloir passer par des médiations créées.
C'est pourquoi il faut éviter de transformer le christocentrisme en une sorte d'exclusivisme qui rendrait suspecte toute dévotion à Marie.
Le Christ est la fin de notre cheminement, mais il a lui-même voulu entrer dans notre histoire par Marie et nous confier sa Mère.
8. Comment répondre à L.E. sur le fond ?
Voici la distinction qu'il faudrait lui demander de reconnaître :
- Affirmation
- Appréciation catholique
Jésus-Christ possède la plénitude de la grâce.
Vrai.
Jésus-Christ est l'unique Médiateur au sens propre et souverain.
Vrai.
Toute grâce accordée par l'intercession de Marie dépend du Christ.
Vrai.
Le recours à Marie révèle nécessairement une méconnaissance du Christ.
Faux.
Une dévotion mariale peut comporter des dérives.
Vrai.
La dévotion mariale authentique peut conduire à une union plus profonde avec Jésus.
Vrai, et explicitement enseigné par l'Église.
La difficulté de l'article n'est donc pas son affirmation de la plénitude du Christ. C'est le glissement entre cette vérité et le soupçon porté sur ceux qui recherchent une aide maternelle auprès de Marie.
9. Jésus-Christ possède la plénitude de la grâce : mais cela exclut-il le recours à Marie ?
L.E. rappelle avec raison que Jésus-Christ est notre Sauveur, notre unique Médiateur et la source de toute grâce. Mais sa question — « Pourquoi chercher ailleurs ce que Jésus possède en plénitude ? » — semble établir une opposition entre le recours au Christ et le recours à sa Mère que l'Église catholique, pour sa part, ne reconnaît pas.
Le concile Vatican II enseigne explicitement, dans Lumen gentium, § 60-62, que la fonction maternelle de Marie « n’offusque et ne diminue en rien cette unique médiation du Christ », mais en manifeste au contraire la puissance. Il précise également que l'Église recommande l'aide maternelle de Marie afin que les fidèles s'attachent plus intimement au Médiateur et Sauveur.
La question n'est donc pas de savoir si Jésus suffit : il est bien l'unique Sauveur. Elle est de savoir si le Christ, dans la liberté souveraine de son amour, a voulu associer sa Mère à son œuvre et nous la donner comme mère.
Or, à Cana, Marie ne détourne pas les hommes de Jésus : elle leur dit précisément « Faites tout ce qu'il vous dira » (Jn 2, 5). Et au pied de la Croix, Jésus confie sa Mère au disciple bien-aimé (Jn 19, 26-27).
Il est certes légitime de dénoncer les déviations sentimentales ou superstitieuses de certaines pratiques religieuses. Mais peut-on en conclure que celui qui prie le Rosaire, implore l'intercession de Marie ou se confie à sa maternité spirituelle méconnaît nécessairement le Christ ou recherche une consolation plus humaine ?
Une telle conclusion ne découle ni des textes cités par L.E. ni de l'enseignement de l'Église.
Dieu est la source première de toute grâce ; cela ne l'empêche pas d'associer ses créatures à son œuvre. La médiation subordonnée de Marie ne rivalise pas avec celle du Christ : elle en dépend entièrement.
Le véritable christocentrisme ne consiste donc pas à mettre entre parenthèses tout ce que Dieu a librement voulu accomplir par Marie, mais à reconnaître que la mission de la Mère est entièrement ordonnée à celle du Fils.
Honorer Marie comme l'Église nous l'enseigne, ce n'est pas chercher ailleurs que dans Jésus : c'est accueillir aussi le don que Jésus lui-même a voulu nous faire en nous donnant sa Mère.
Verdict

Cet article peut être qualifié de christocentrique dans ses affirmations, mais de réducteur dans son raisonnement sur la dévotion mariale.
L.E. rappelle des vérités importantes, mais il ne rend pas compte de toute la doctrine catholique. Il présente comme suspect un recours à Marie qui, lorsqu'il est correctement compris, est reconnu et recommandé par l'Église.
La meilleure réponse ne consiste donc pas à diminuer la place du Christ pour défendre Marie. Elle consiste à montrer que, dans la foi catholique, Marie ne prend rien au Christ : c'est le Christ lui-même qui lui donne sa mission maternelle, et cette mission conduit les âmes plus profondément vers lui.
Une question qui mérite d'être posée : Pourquoi …

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"Alors pourquoi chercher ailleurs ce que Jésus possède en plénitude ?"
Si Marie est appelée "ailleurs que le Christ", c'est ici faute d'une vraie mariologie. Le Christ et Marie : c'est tout un, rien ne peut les séparer, et le Premier n'est pas diminué par la seconde.
De plus, le Christ possédait tout en plénitude depuis la seconde même de sa conception. Rien ne Lui manquait à sa Naissance : pourquoi donc alors s'est-Il embarrassé d'une Mère ?

Il me semble qu'il y a deux réponses possibles :
1) une méconnaissance de la personne de Jésus-Christ et de son Évangile de vérité.

Effectivement : quand on méconnaît que le Christ Lui-même nous a donné l'exemple de la soumission à Marie pendant 30 ans, on méconnaît gravement sa Personne et son Évangile.
2) L'attrait d'une consolation plus sensible, et pour tout dire plus humaine, dans laquelle nos désirs et nos besoins nous semblent mieux comblés
C'est donc accuser le Christ de n'avoir cherché en une Mère comme la sienne que de basses consolations humaines et les satisfactions de ses besoins d'homme, sans plus, et c'est rabaisser la Vierge à cette fonction de seconde zone et très peu gratifiante. C'est le contraire de tout ce que nous apprend les siècles de Tradition catholique.