13 décembre Sainte Odile.
Corentin4122 on Sep 12, 2010 Odile de Hohenbourg, ou sainte Odile, née vers 662 à Obernai (Bas-Rhin), morte vers 720 à Hohenbourg, est une aristocrate de l'époque mérovingienne, fille du duc Etichon-Adalric d'Alsace, abbesse du monastère de Hohenbourg, sur l'actuel mont Sainte-Odile.
Sainte Odile
Abbesse
(† 720)
Odile naquit à Obernai, en Alsace. Le père d'Odile, Adalric, barbare à demi converti, était duc souverain d'Alsace. Sa mère, nièce de saint Léger, évêque d'Autun, s'appelait Bereswinde.
La naissance d'Odile fut suivie d'une amère déception: car elle naissait aveugle. Le duc, croyant que cette infirmité était une punition de ses crimes, ordonna de faire disparaître l'enfant. La mère, pour sauver sa fille, la confia secrètement à une servante dévouée qui l'éleva dans un monastère appelé Palma, actuellement Baume-les-Dames.
L'enfant grandit jusqu'à l'âge de douze ans sans qu'on eût songé à la baptiser. Une nuit, saint Ehrard, évêque de Ratisbonne, eut une vision. «Lève-toi, lui dit le Seigneur, pars pour le monastère de Palma: tu y trouveras une jeune fille aveugle de naissance. Prends-la et baptise-la au nom de la Sainte Trinité. Impose-lui le nom d'Odile, et aussitôt baptisée, elle recouvrera la vue.» L'évêque obéit. Après avoir répandu sur elle l'eau sainte, il fit ensuite sur ses yeux l'onction du Saint-Chrême, en disant: «Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que ton corps voie comme ton âme!» Au même moment il se produisit le même prodige que celui arrivé à Saul lorsqu'il fut baptisé par Ananie; les yeux d'Odile se dessillèrent. Ehrard bénit alors un voile, en couvrit la tête d'Odile et la consacra au Seigneur.
On se hâta de porter cette bonne nouvelle à Adalric. Celui-ci ne s'en préoccupa pas autrement, et son fils Hugues, ayant cru devoir intercéder en faveur du rappel de sa sœur, fut durement reçu. Persuadé que la vue de sa propre fille toucherait infailliblement le cœur du père, Hugues prit sur lui de la rappeler. Dès qu'Adalric apprit son retour, il se laissa aller à son caractère violent: non content d'adresser des reproches au jeune homme, il lui asséna un grand coup de bâton sur la tête, et le tua. Sitôt ce meurtre consommé, le malheureux père fut saisi d'un profond remords. Odile en recueillit le bénéfice: il fit a sa fille le plus fervent accueil et lui rendit sa place au foyer et dans son affection. Dans ce palais, on la vit mépriser tout ce que le monde recherche, cultiver l'amour de la pauvreté au milieu de l'opulence, garder la solitude d'une anachorète au sein même d'une cour bruyante. Elle repoussa avec constance les alliances qui lui furent offertes, et ce ne fut qu'après de longs et rudes combats qu'elle obtint enfin de son père la permission de se consacrer à Dieu avec d’autres vierges.
Pour réparer ses crimes passés Adalric lui fit donation de l'ancienne forteresse et de la montagne de Hohembourg, près d'Obernai. Odile s'y installa en 680; et bientôt elle eut cent trente religieuses sous sa direction. Elle leur donna une règle qui tenait compte de la rigueur du climat et de leur isolement encore accru par le manque d'eau et la difficulté d'accès.
Indulgente envers toutes, Odile n'était dure qu'à l'égard d'elle-même. Du pain d'orge et de l'eau, avec quelques légumes, c'était toute la sustentation de sa vie. La contemplation des choses divines l'attirait continuellement; elle, y consacrait la plus grande partie de la nuit. Une peau d'ours lui servait de lit, une pierre d'oreiller.
Animée d'une tendresse maternelle envers les pauvres et les malades, elle construisit un second monastère et un vaste hospice vers le bas de la montagne, afin d'y ménager à leur misère un asile plus commode. Et non seulement elle établit en cet endroit une communauté de vierges sacrées qui devaient donner leurs soins à ces infortunés; mais elle-même les visitait chaque jour, leur servait à manger et leur prodiguait ses consolations, pansant même, sans dégoût, de ses propres mains, les ulcères des lépreux.
La charité de l'abbesse s'étendait sur tout le pays; et on venait à elle de toute la région. Un jour elle rencontra sur le flanc de la montagne un pauvre lépreux mourant de soif. Imitant le geste de Moise à Oreb, Odile frappa de son bâton le rocher voisin; et aussitôt il en sortit une eau abondante. Cette source porte encore aujourd'hui le nom de Sainte-Odile.
Enfin, pleine de mérites et d'années, et sentant sa mort approcher, la sainte Abbesse de Hohembourg convoqua ses religieuses dans la chapelle de saint Jean-Baptiste, et les exhorta à demeurer fidèles à leurs saints engagements, et à ne jamais abandonner la voie qui conduit au Ciel. Enfin, avant reçu dans ce saint lieu le Viatique du corps et du sang de Jésus-Christ, elle sortit de cette vie. Le corps de la vierge fut enseveli dans cette même chapelle; et dès lors son tombeau commença d'être entouré de la plus grande vénération et resplendit de l'éclat des miracles.
Prière à sainte Odile
Les voies du Seigneur furent admirables sur vous, ô Odile, et Il daigna montrer en votre personne toute la richesse des moyens de Sa grâce. En vous privant de la vue du corps qu'Il devait plus tard vous rendre, Il accoutuma l'œil de votre âme à ne s'attacher qu'aux beautés divines; et lorsque la lumière sensible vous fut donnée, déjà vous aviez fait choix de la meilleure part. La dureté d'un père vous refusa les innocentes douceurs de la famille; mais vous étiez appelée à devenir la mère spirituelle de tant de nobles filles qui, à votre exemple, foulèrent aux pieds le monde et ses grandeurs.
Votre vie fut humble, parce que vous aviez compris les abaissements de votre Époux céleste; votre amour pour les pauvres et les infirmes vous rendit semblable à notre divin Libérateur, qui vient prendre sur Lui toutes nos misères. Ne vous vit-on pas retracer les traits sous lesquels Il va bientôt Se montrer à nous, lorsqu'un pauvre lépreux repoussé de tous fut accueilli par vous avec une si touchante compassion? On vous vit le serrer dans vos bras, porter avec le courage d'une mère la nourriture à sa bouche défigurée; n'est-ce pas là ce que vient faire ici-bas notre Emmanuel, descendu pour guérir nos plaies dans Ses fraternels embrassements, pour nous faire part de la nourriture divine qu'Il nous prépare à Béthléhem? Pendant qu'il recevait les caresses de votre charité, le lépreux tout à coup sentit disparaître l'affreuse maladie qui le séquestrait du reste des humains. À la place de cette horrible puanteur qu'il exhalait, une odeur délicieuse s'échappe de ses membres renouvelés: n'est-ce pas là encore ce que Jésus vient opérer à notre égard? La lèpre du péché nous couvrait; elle se dissout par la grâce qu'Il nous apporte, et l'homme régénéré répand autour de lui la bonne odeur de Jésus-Christ.
Au sein des joies que vous partagez avec Lucie, souvenez-vous de nous, ô Odile! Nous savons combien votre cœur est compatissant. Nous n'avons point oublié la puissance de ces larmes qui retirèrent votre père du lieu des expiations, et ouvrirent les portes de la patrie céleste à celui qui vous avait exilée de la famille terrestre. Maintenant vous n'avez plus de larmes à répandre; vos yeux ouverts à la lumière du Ciel contemplent l'Époux dans Sa gloire, et vous êtes plus puissante encore sur Son cœur.
Souvenez-vous de nous qui sommes pauvres et infirmes; obtenez la guérison de nos maladies. L'Emmanuel qui vient à nous Se présente comme le médecin de nos âmes. Il nous rassure en nous disant que Sa mission n'est pas pour ceux qui se portent bien, mais pour ceux qui sont malades. Priez-Le de nous affranchir de la lèpre du péché, et de nous rendre semblables à Lui. Ô vous dont le sang illustre a coulé dans les veines de tant de rois et d'empereurs, jetez un regard sur la France, et protégez-la; aidez-la à recouvrer avec l'antique foi sa grandeur première.
J.-M. Planchet, Nouvelle Vie des Saints, 2e éd. Paris, 1946; Dom Prosper Guéranger, o.s.b., L'Année liturgique, Paris, Librairie religieuse H. Oudin, 1900, Tome I
Autres fêtes du jour
Saint Agnel
Abbé à Naples (+ 596)
Saints Arès, Promus et Élie
Martyrs égyptiens (+ v. 308)
Bienheureux Barthélémy Buonpedoni
(+ 1300)
Bienheureux Bonaventure Bonaccorsi
Prêtre de l'Ordre des Servites de Marie (+ 1313)
Vénérable Carmela Prestigiacomo
Fondatrice des religieuses du Sacré-Coeur du Verbe Incarné (+ 1948)
Saint Daniel de Voronets
(+ 1496)
Sainte Drosis
Martyre (date ?)
Saint Folquin
évêque de Thérouanne (+ 855)
Bienheureuse Françoise Schervier
Fondatrice de la Congrégation des Soeurs des Pauvres de Saint-François (+ 1876)
Vénérable Giuseppe Marchetti
Prêtre de la Congrégation des Missionnaires de Saint-Charles (+ 1896)
Saint Guigner
Martyr (Ve siècle)
Saint Héron
Et de nombreux autres martyrs à Alexandrie (+ 250)
Saint Jean du Pain
(+ v. 1150)
Saint Nicaise de Reims
évêque martyr et ses compagnons dont sainte Eutropie (+ v. 407)
Saint Nimatullah (Joseph Kassab al-Hardini)
Prêtre de l'Ordre libanais maronite (+ 1858)
Vénérable Pedro Díez Gil de la Virgen del Carmen
Prêtre professeur piariste (+ 1983)
Saint Pompée
évêque de Pavie (IVe siècle)
Bienheureux Protais (Antoine Cubells Minguell)
Religieux martyr en Espagne (+ 1936)
Vénérable Santiago Masarnau y Fernández
Laïc espagnol (+ 1882)
Saints Thyrse, Leuce et Callinique et leurs compagnons
Martyrs à Césarée (IIIe siècle)
Saint Venance Fortunat
Poète et évêque de Poitiers (+ v. 605)
Saint Viateur
(+ v. 378)
SAINTE ODILE,
ABBESSE DE HOHENBOURG EN ALSACE.
(Vies des Pères, Martyrs et autres principaux saints, Paris 1843, au 13 février)
www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/odile
ODILE eut pour père Adalric (ou Athic, connu sous le nom tudesque d’Ethic), duc d’Alsace, et pour mère Berchsinde ou Berwinde, tante maternelle de S. Léger. Elle naquit aveugle, ce qui porta son père à ordonner qu’on la fît mourir. Sa mère plus humaine la confia à une nourrice sur la fidélité de laquelle elle pouvait compter. Elle l’envoya depuis au monastère de Palme, dans la Franche-Comté(Aujourd’hui Beaume-les-Nones, à six lieues de Besançon.). Odile, en recevant le baptême, qui lui fut administré par un saint évêque, recouvra tout-à-coup la vue. Cette grâce, qui fut regardée connue miraculeuse, lui inspira le désir de ne vivre que pour Dieu; et quoiqu’elle ne fût point religieuse à Beaume, elle suivait la règle de la communauté avec une parfaite fidélité.
Adalric fut instruit du miracle que Dieu avait opéré en faveur d’Odile; mais il ne changea pas pour cela de sentiments à son égard. Hugues, un de ses fils, entreprit inutilement de le fléchir. Persuadé que la présence de sa soeur opérerait le changement qu’il n’avait pu obtenir, il donna des ordres secrets pour la faire revenir. Mais il fut la victime de sa tendresse; son père le maltraita si cruellement, qu’on croit qu’il mourut, de ses blessures.
Cet accident ouvrit les yeux au duc ; il détesta les fautes que sa barbarie lui avait fait commettre ; il reçut sa fille avec joie, et lui laissa la liberté de suivre le genre de vie qu’elle avait embrassé. Il se réunit même avec elle pour établir une communauté de vierges sur une montagne d’où l’on découvre presque toute l’Alsace, et que sa situation a fait nommer Hohenbourg. Plusieurs filles de qualité vinrent se mettre sous la conduite de la sainte fondatrice. Adalric céda à Odile la possession de son château de Hohenbourg, avec les revenus et les terres qui en dépendaient. Il se retira depuis auprès d’elle, ainsi que Berchsinde sa femme, et il mourut dans les exercices de la pénitence, le 20 février 690. (On voit encore son tombeau sur la montagne de Hohenbourg : mais la plus grande partie de ses ossements se garde dans le trésor de l’abbaye d’Ebersmünster. Ce tombeau est un monument d’autant plus respectable, qu’il a renfermé le corps celui qui a donné tant d’empereurs à l’Allemagne, tant de souverains à l’Autriche et à la Lorraine. Adélaïde, femme de Robert le Fort, comte d’Anjou, dont la postérité règne en France depuis huit siècles, descendait aussi d’Adalric, Hist. de l’église de Strasbourg, par M. l’abbé Grandidier, t. 1, p. 347.) Quelques auteurs lui ont donné le titre de saint.
Cependant la communauté d’Hohenbourg devenait de plus en plus florissante. Ste Odile y compta jusqu’à cent trente religieuses. Elle leur apprenait par son exemple à allier, les exercices de la vie active avec la douceur de la contemplation. Elle avait une tendre charité pour le prochain; et comme les pauvres et les malades ne pouvaient parvenir que difficilement à son monastère, elle fit construire un hôpital pour les recevoir, au bas de la montagne, du côté du midi. Elle les visitait tous les jours, et leur faisait d’abondantes aumônes. Vers l’an 700, elle fonda près de son hôpital un monastère qui fut appelé Nidermünster ou Bas-Moustier. Elle avait la conduite des deux communautés, et ce ne fut qu’après sa mort que chaque monastère eut son abbesse particulière.
Lorsqu’elle se sentit près de sa fin, elle assembla ses soeurs dans la chapelle de Saint Jean-Baptiste pour leur donner ses dernières instructions, puis, après avoir reçu le saint viatique, elle expira tranquillement le 13 de décembre, jour auquel elle est honorée. L’opinion la plus probable est celle qui met sa mort vers l’an 720 Elle fut enterrée à Hohenbourg, dans la chapelle de Saint Jean-Baptiste, et son corps s’y conserve encore. Elle est patronne de l’Alsace, qui l’honore avec une vénération singulière Les fidèles accourent de toutes parts à son tombeau, où il s’est opéré plusieurs miracles.
Ste Odile était fort instruite, surtout dans la connaissance de l’Ecriture. On voit par ses discours, que nous avons encore, combien sa piété était éclairée. Son testament contient des règlements remplis de sagesse.
Voyez sa Vie anonyme, ap. Mabillon, sect. 3 Ben. part. 2; Canisius, Lect. ant. Raderus, t. 4, p. 7; Adon, Molanus, et le Martyrologe romain, sous le 13 de décembre; Ruyr, Antiq. des Vosges, part. 2, l. 4 ; Chifflet, Origo Aust. assena, c. 5, p. 49; Herrgott, Geneal. Augustoe gentis Hasburgiœ, t. I, l. 2, C. 19, p. 197; La Vie de Ste Odile, par Hugues Peltre, Prémontré, Strasbourg, 1718 in-12 ; et surtout l’Histoire de l’Eglise de Strasbourg, par M. l’abbé Grandidier, t. I. C’est l’ouvrage dont nous avons tiré le plus de secours.
Quelques ouvrages plus récents bibliographie tirée de :
Annonciade Coléno Sainte Odile, éd. du Rocher, coll. Régine Perrenoud,1998 :
Le Mont Sainte-Odile, reflet de l'histoire d'Alsace, J. Legros, éditions Alsatia, 1974.
Odile d'Alsace, C. Riffenbach et F. Alleman, éditions DNA, 1985.
Sainte Odile, H. Welschinger, Librairie Victor Lecoffre, 1901.
Le Mont Sainte-Odile, F. Petry et R. Will, auides archéologiques de France, Imprimerie Nationale, 1988.
Le Mur païen, F. Mantz, éditions DNA, 1986. Histoire de l'Alsace rurale, Collectif, Istra, 1983
Lieux magiques et sacrés d'Alsace et des Vosges,G. Altenbach et B. Legrais, éditions du Rhin, 1985.
Le Mont Sainte-Odile au Moyen Âge, G. Hury, Librairie Istra, 1967.
L 'histoire de l'Alsace, P. Dollinger et R. Oberlé, Saep, Colmar, 1985.
Accueil ; Fichier hagiographique ; Haut du document