Libelle contre la confusion papolâtre : ou comment on a travesti Pastor Aeternus
Or, que dit réellement Pastor Aeternus ? Le texte du concile Vatican I, si souvent invoqué mais si rarement lu sans filtres, ne sacralise pas une monarchie doctrinale sans contrepoids. Il définit avec précision — et donc avec limites — l’infaillibilité pontificale : ex cathedra, dans des conditions strictes, lorsque le pape définit une doctrine de foi ou de mœurs à tenir par toute l’Église en engageant son autorité apostolique. Rien de plus. Et surtout, rien qui autorise à dissoudre le reste du corps enseignant dans cette fonction exceptionnelle.
La manipulation des esprits faibles commence précisément ici : on étend indûment ce qui est défini comme rare et circonscrit à l’ensemble des interventions pontificales. L’exception devient la règle, le cas limite devient principe permanent. Et voilà comment, d’une définition soigneusement balisée, on fabrique une absolutisation rampante.
Mais l’Église enseignante ne s'identifie pas au pape. Elle est aussi — et constitutivement — le collège des évêques en communion avec lui, dépositaire d’une Tradition qui ne commence ni ne s’achève dans une seule bouche. Confondre ces deux réalités, c’est mutiler l’ecclésiologie catholique elle-même. C’est remplacer une symphonie par un solo amplifié.
On objectera : le pape est principe d’unité. Certes. Mais unité ne signifie pas absorption. Le centre n’abolit pas la circonférence. Et l’autorité, pour être catholique, doit demeurer insérée dans ce tissu vivant qu’est la Tradition, portée par l’ensemble du corps épiscopal semper ubique et reçue par le sensus fidei du peuple fidèle, cad le magistère ordinaire universel, qui, lui, est toujours infaillible.
En vérité, cette identification abusive relève moins d’une fidélité à Pastor Aeternus que d’une lecture idéologique qui instrumentalise le texte pour renforcer une conception hypercentralisée de l’Église. Une ecclésiologie de cour, en quelque sorte, où tout remonte et redescend d’un seul trône.
Il est temps de déchirer ce voile. Non pour diminuer la primauté romaine — qui a sa grandeur propre — mais pour la replacer à sa juste place : celle du service dû par le vicarius (esclave d'esclave - sous l'Empire l'esclave avait un droit de propriété) du Maître dans et pour Son épouse, l’Église, et non celle d’un substitut à l’Église elle-même. Car lorsque le magistère pontifical prétend devenir le tout du magistère, il cesse d’être catholique pour devenir caricatural.
Et la caricature, en matière de vérité, n’est jamais innocente.