Les Mystères Douloureux de Notre Seigneur, d’après les méditations de Saint Bonaventure
Premier Mystère DouloureuxL’Agonie de Jésus au jardin des Oliviers
Suivez le Seigneur Jésus après la Cène lorsqu’Il descend avec Ses disciples vers le jardin des Oliviers. Considérez-Le attentivement en toute chose, comme si vous étiez présent. Regardez avec quelle humilité et quelle douceur Il marche avec eux dans la nuit.
Lorsqu’Il arrive au jardin, Il laisse les disciples en un lieu, puis prend avec Lui Pierre, Jacques et Jean. Alors Il commence à s’attrister et à éprouver l’angoisse. Regardez Son visage bouleversé. Lui qui console les anges veut maintenant paraître sans consolation. Son âme est accablée jusqu’à la mort.
Il leur dit :
« Mon âme est triste jusqu’à la mort ; demeurez ici et veillez avec Moi. »
Puis Il s’éloigne un peu d’eux. Considérez-Le avec dévotion lorsqu’Il tombe la face contre terre pour prier Son Père. Voyez-Le prosterné dans la poussière, Lui qui est le Seigneur du ciel et de la terre.
Écoutez avec révérence Sa très sainte prière :
« Mon Père, s’il est possible, que ce calice passe loin de Moi ; cependant non pas comme Je veux, mais comme Vous voulez. »
Considérez ici l’extrême humilité et l’obéissance parfaite du Christ. Sa chair innocente redoute les souffrances, mais Son âme demeure entièrement soumise à la volonté du Père.
Méditez aussi comment tous les péchés du monde furent placés devant Lui : les offenses, les ingratitudes, les impuretés, les blasphèmes et les mépris des hommes. Tout cela transperçait Son âme très sainte.
Sous la violence de cette douleur et de cette angoisse, Son corps très pur commença à suer le sang. Regardez ce sang précieux couler sur la terre. Considérez combien fut grande l’affliction de Celui qui souffrait ainsi pour vous.
Puis le Seigneur revient vers Ses disciples et les trouve endormis. Il leur dit doucement :
« Ainsi vous n’avez pu veiller une heure avec Moi ? Veillez et priez afin de ne pas entrer en tentation. »
Considérez ici la bonté du Seigneur, qui ne rejette pas Ses disciples malgré leur faiblesse.
Il retourne encore prier Son Père, puis revient une seconde et une troisième fois. Son agonie augmente continuellement. Persévérez auprès de Lui avec compassion et douleur intérieure. Ne Le laissez pas seul dans Sa Passion.
Enfin, après ce combat terrible, lorsqu’Il a parfaitement accompli la volonté du Père, Il se relève avec une grande fermeté et va au-devant de ceux qui viennent L’arrêter. Il Se livre volontairement pour le salut du monde.
Deuxième mystère douloureux
La Flagellation de Notre-Seigneur Jésus-Christ
Considérez avec attention comment le Seigneur Jésus est conduit devant les juges comme un malfaiteur, Lui qui est l’innocence même. Regardez-Le debout au milieu des hommes impies, doux, silencieux et humble.
Après l’avoir condamné, ils Le conduisent pour être flagellé. Suivez-Le avec douleur jusqu’au lieu du supplice. Voyez avec quelle cruauté ils Lui arrachent Ses vêtements. Considérez la pudeur et la modestie de ce corps très saint exposé aux regards des bourreaux.
Puis ils attachent le Seigneur à la colonne. Regardez-Le attentivement : Ses mains liées, Son corps penché, Son visage plein de douceur. Lui qui a créé les hommes Se laisse maintenant lier par eux sans résistance.
Alors les bourreaux commencent à Le frapper avec une extrême cruauté. Méditez chaque coup. Voyez la chair très pure du Sauveur se déchirer sous les fouets. Le sang coule abondamment sur Son corps sacré et descend jusqu’à terre.
Considérez combien ce corps était délicat et noble, formé du sang très pur de la Vierge bénie. Aussi la douleur de chaque blessure était immense.
Les bourreaux ne se lassent pas. Ils frappent les épaules, le dos, les bras, tout le corps. Il n’y a plus en Lui de partie sans plaie. Regardez-Le couvert de sang, meurtri et épuisé, restant pourtant patient au milieu des tourments.
Le Seigneur garde le silence. Il ne menace personne, ne se plaint point, ne résiste point. Comme un agneau devant ceux qui le tondent, Il endure tout avec douceur.
Considérez ici combien furent grands Son amour et Son humilité. Lui qui est le Roi des anges accepte d’être traité plus durement qu’un esclave.
Approchez-vous intérieurement de Lui avec compassion. Regardez Ses plaies avec douleur et amour. Considérez que ce sont les péchés des hommes qui L’ont ainsi déchiré.
Voyez enfin les bourreaux détacher le Seigneur de la colonne. Son corps très saint est brisé de fatigue ; le sang couvre Ses membres. Pourtant Il demeure prêt à souffrir davantage encore pour le salut des hommes.
Persévérez longtemps dans cette contemplation. Ne regardez pas cela rapidement ni avec froideur, mais avec une tendre compassion, comme si vous étiez présent auprès de Lui.
Troisième mystère douloureux
Le Couronnement d’épines
Considérez maintenant comment les soldats, après avoir cruellement flagellé le Seigneur Jésus, veulent encore se moquer de Lui comme d’un faux roi.
Voyez-les Le conduire au prétoire au milieu des cris et des insultes. Regardez avec attention le Sauveur épuisé, couvert de sang, faible de corps, mais plein de douceur et de patience.
Alors ces hommes très cruels Lui arrachent de nouveau Ses vêtements collés à Ses plaies. Les blessures se rouvrent et la douleur augmente. Considérez avec compassion combien Son corps très saint souffre en chaque partie.
Puis ils jettent sur Ses épaules un manteau de dérision. Ils placent dans Sa main un roseau comme un sceptre royal. Enfin ils tressent une couronne d’épines très dures et très aiguës.
Considérez attentivement cette couronne lorsqu’ils l’enfoncent violemment sur Sa tête sacrée. Les épines pénètrent profondément ; le sang coule sur Son visage, sur Ses yeux, sur toute Sa face bénie.
Regardez ce visage autrefois si beau parmi les enfants des hommes, maintenant défiguré par le sang, les crachats et les blessures.
Les soldats plient le genou devant Lui par moquerie et disent :
« Salut, roi des Juifs ! »
Puis ils Le frappent, Lui crachent au visage et prennent le roseau pour frapper Sa tête, enfonçant davantage les épines.
Considérez ici la patience admirable du Seigneur. Lui qui est adoré par les anges endure sans colère les moqueries des pécheurs. Il ne repousse personne, ne répond point avec dureté, mais supporte tout avec une profonde humilité.
Méditez aussi combien cette douleur fut grande, car la tête est une partie très sensible, et les épines aiguës pénétraient profondément dans la chair très pure du Christ.
Approchez-vous alors de Lui intérieurement. Regardez Son visage sanglant avec compassion et amour. Honteux et méprisé devant les hommes, Il souffre cela pour guérir l’orgueil humain.
Considérez enfin comment le Seigneur des seigneurs paraît abandonné, humilié et sans honneur dans ce prétoire. Pourtant c’est alors qu’Il accomplit la véritable royauté, non par la puissance du monde, mais par l’humilité, la souffrance et l’amour.
Quatrième mystère douloureux
Le Portement de la Croix
Considérez maintenant comment le Seigneur Jésus, après tant d’outrages et de tourments, est condamné à mort. Écoutez la sentence prononcée contre Lui, Lui qui est parfaitement innocent.
Voyez ensuite les bourreaux apporter la Croix. Regardez avec quelle obéissance et quelle douceur le Seigneur l’accepte de Ses propres mains. Il embrasse volontiers l’instrument de Son supplice pour le salut des hommes.
Considérez combien cette Croix était lourde pour Son corps épuisé par la flagellation, les coups, l’agonie et la perte de sang. Pourtant Il ne refuse point de la porter.
Suivez-Le attentivement lorsqu’Il sort de la ville au milieu des insultes et des cris. Voyez-Le marcher lentement, courbé sous le poids de la Croix. Son sang coule encore de Ses plaies ouvertes ; la couronne d’épines demeure sur Sa tête sacrée.
Regardez Son très saint visage fatigué, couvert de poussière et de sang. Les hommes Le poussent durement ; certains Le frappent afin qu’Il avance plus vite.
Considérez combien le Seigneur souffre en chaque pas. Ses forces corporelles diminuent, mais Son amour demeure parfait.
Voyez-Le tomber à terre sous le poids de la Croix. Celui qui soutient toutes choses tombe maintenant sur le chemin comme un homme sans force. La Croix pèse sur Ses épaules blessées ; les bourreaux Le relèvent avec violence.
Approchez-vous intérieurement de Lui avec compassion. Regardez-Le comme si vous étiez présent parmi ceux qui L’accompagnent. Ne détournez pas les yeux de tant d’humilité et de patience.
Considérez aussi la douleur de Sa très sainte Mère lorsqu’elle rencontre Son Fils sur le chemin. Regardez leurs regards pleins d’affliction. Aucun langage humain ne peut exprimer la douleur de cette rencontre.
Puis ils contraignent Simon de Cyrène à porter la Croix derrière Jésus. Pourtant le Seigneur demeure celui qui porte véritablement le poids du salut du monde.
Suivez-Le jusqu’au Calvaire avec fidélité. Ne quittez point le Seigneur dans Sa Passion. Méditez avec quelle patience Il endure les outrages, les fatigues et les souffrances pour l’amour des hommes.
Enfin considérez-Le arrivant au lieu du supplice, entièrement épuisé, mais toujours prêt à accomplir jusqu’au bout la volonté du Père.
Cinquième mystère douloureux
Le Crucifiement et la Mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ
Considérez maintenant comment le Seigneur Jésus arrive au Calvaire, accablé de fatigue, couvert de blessures et de sang. Regardez-Le avec une profonde compassion lorsqu’Il est conduit au lieu où Il doit être crucifié.
Les bourreaux Lui arrachent encore une fois Ses vêtements collés à Ses plaies. Les blessures se rouvrent ; la douleur augmente cruellement. Considérez la pudeur et la patience du Seigneur exposé ainsi devant tous.
Puis ils étendent la Croix à terre et commandent au Sauveur de s’y coucher. Voyez avec quelle obéissance Il s’étend Lui-même sur le bois sacré, offrant volontairement Son corps à la souffrance.
Regardez alors les bourreaux saisir Ses mains très saintes et les étendre avec violence. Ils enfoncent les clous à travers Ses mains et Ses pieds bénis. Écoutez les coups du marteau. Voyez le sang jaillir abondamment.
Considérez quelle fut la douleur de ces blessures dans un corps si noble et si délicat. Tous Ses membres sont tendus et disloqués avec violence.
Puis ils élèvent la Croix et la laissent retomber durement dans le trou préparé. Toutes les plaies du Seigneur sont alors secouées et déchirées davantage.
Regardez-Le suspendu entre le ciel et la terre, nu, sanglant, méprisé et abandonné. Lui qui soutient le monde entier est maintenant attaché au bois par des clous.
Considérez Son extrême pauvreté : Il ne Lui reste rien sinon les souffrances. Ses amis L’ont abandonné ; les passants se moquent de Lui ; les chefs du peuple L’insultent.
Pourtant le Seigneur prie encore pour Ses bourreaux :
« Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Méditez la douceur et la charité infinie de ce très doux Seigneur, qui rend le bien pour le mal et l’amour pour la haine.
Considérez aussi la douleur de la très sainte Vierge se tenant près de la Croix. Regardez la Mère et le Fils : l’un souffre dans le corps, l’autre dans l’âme ; pourtant leur volonté demeure unie dans le même sacrifice.
Le Seigneur parle encore à Sa Mère et au disciple bien-aimé, puis Il endure une soif brûlante, l’abandon et les dernières douleurs.
Enfin, après avoir accompli toutes choses, inclinant la tête, Il remet Son esprit entre les mains du Père.
À cet instant, considérez avec douleur et amour que le Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, a voulu mourir ainsi pour le salut des hommes.
Demeurez longtemps au pied de la Croix. Regardez Ses plaies, Son sang, Son visage incliné dans la mort. Ne vous éloignez pas rapidement, mais persévérez dans la compassion, l’amour et les larmes.