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Quod Aliquantum

Pie VI Bref Quod Aliquantum 10 mars 1791 extraits

De la communion avec Pierre
.Comment, en effet, peut-on dire que l’on conserve, que l’on entretient la communion avec le chef visible de l’Église, lorsqu’on se borne à lui donner avis de son élection, et lorsqu’on s’engage par serment à ne point reconnaître l’autorité attachée à sa primauté ? En sa qualité de chef, tous ses membres ne lui doivent-ils pas la promesse solennelle de l’obéissance canonique, seule capable de conserver l’unité dans l’Église, et d’empêcher que ce corps mystique établi par Jésus-Christ ne soit déchiré par des schismes ? Voyez, dans les Antiquités ecclésiastiques de Martenne, la formule de serment en usage pour les Églises de France depuis un grand nombre de siècles : tous les Évêques, dans la cérémonie de leur ordination, avaient coutume d’ajouter à leur profession de foi la clause expresse de l’obéissance au Pontife de Rome.....

Du respect dû à la coutume
…...C’est d’ailleurs une vérité constante que la discipline ne peut être changée témérairement et arbitrairement, puisque les deux plus brillantes lumières de l’Église, S. Augustin et S. Thomas d’Aquin, enseignent positivement que les points de discipline ne peuvent être changés sans nécessité, ou une grande utilité, parce que l’avantage de la réforme est souvent détruit par les inconvénients de la nouveauté, parce qu’on « ne doit changer aucun article de la discipline, dit S. Thomas, sans rendre d’un côté au bien commun ce qu’on lui ôte de l’autre. » Bien loin qu’on puisse reprocher aux Pontifes Romains d’avoir altéré la discipline, il est vrai de dire qu’ils ont toujours employé l’autorité que Dieu leur a confiée, à l’améliorer et à la perfectionner pour l’édification de l’Église. Nous voyons avec douleur que l’Assemblée nationale a fait tout le contraire, comme il est aisé de s’en convaincre en comparant chacun de ses décrets avec la discipline ecclésiastique......

Le Concile de Trente, dans beaucoup d’endroits, frappe également d’anathème ceux qui attaquent la discipline ecclésiastique. En effet, dans le neuvième canon de la session 13, qui traite de l’Eucharistie, il dit anathème à « ceux qui nieraient que tous et chacun des fidèles de l’un et l’autre sexe qui ont atteint l’âge de raison, sont obligés de communier au moins une fois l’année dans le temps de Pâques, selon le commandement de la sainte Église notre mère. » Même peine prononcée par le septième canon de la session 22, qui traite du Sacrifice de la Messe, contre ceux qui diraient que « les cérémonies, les ornements, et les signes extérieurs que l’Église catholique emploie dans la célébration de la messe, sont plus propres à exciter les sarcasmes des impies, qu’à nourrir la piété des fidèles. » Même peine infligée par le canon neuvième de la même session contre ceux qui prétendraient « qu’on doit blâmer le rit de l’Église romaine qui oblige les prêtres de réciter à voix basse une partie du Canon de la messe, ainsi que les paroles de la consécration, et que la messe elle-même ne devrait être célébrée qu’en langue vulgaire. »

.Alexandre VII a condamné depuis, sous la même peine d’excommunication, la traduction en langue française du Missel romain, comme une nouveauté propre à faire perdre à l’Église une partie de sa beauté, et capable d’introduire, avec l’esprit de désobéissance, de témérité, d’audace, de révolte et de schisme, tous les maux qui peuvent en être la suite. Tant d’exemples d’anathèmes lancés contre les infracteurs de la discipline, prouvent que l’Église a toujours cru qu’elle était étroitement liée avec le dogme, qu’elle ne peut jamais être changée que par la puissance ecclésiastique, à laquelle seule il appartient de juger que l’usage constamment suivi est sans avantage, ou doit céder à la nécessité de procurer un plus grand bien.....

Du choix des évêques
…. Dans une lettre adressée à différents Évêques de la Dalmatie, le même S. Grégoire, en vertu de l’autorité de S. Pierre, Prince des Apôtres, leur défend d’imposer les mains à qui que ce soit dans la ville de Salone sans son consentement et sa permission, et de donner à cette ville aucun autre Évêque que celui qu’il leur désignerait ; il les menace, s’ils refusent de lui obéir, de les priver de la communion et de ne pas reconnaître pour Évêque celui qu’ils auraient consacré.....
... S. Nicolas Ier ne cessa de reprocher au roi Lothaire que dans son royaume il n’élevait à l’épiscopat que les hommes qui lui étaient agréables ; il lui enjoint, en vertu de son autorité apostolique, et en le menaçant du jugement de Dieu, de n’établir aucun Évêque à Trèves et à Cologne, avant d’avoir consulté le Saint-Siège. Innocent III annula l’élection de l’Évêque de Penna, parce qu’il avait eu la témérité de s’asseoir sur le siège épiscopal avant d’y être appelé ou confirmé par le Pontife Romain ; il déclara de même Conrad déchu des évêchés de Hildesheim et de Wirtzbourg, parce qu’il avait pris possession de l’un et de l’autre sans son approbation. S. Bernard demanda humblement à Honorius II qu’il daignât confirmer la nomination d’Albéric, de Châlons-sur-Marne, élevé à l’épiscopat par son suffrage ; ce qui prouve que le saint abbé était persuadé que les élections d’Évêques étaient de nulle valeur, si elles n’étaient approuvées par le Saint-Siège....

A qui profite les spoliations sacrilèges ?
….Ce qui paraîtra presque incroyable, c’est que, dans le moment où l’on s’empare des biens des églises et des prêtres catholiques, on respecte les possessions que les ministres protestants, ennemis de l’Église, ont autrefois envahies sur elle, et cela sous le prétexte des traités. Sans doute que l’Assemblée nationale regarde les traités faits avec les protestants comme plus sacrés que les canons ecclésiastiques, et que le concordat passé entre le Chef de l’Église et François Ier....

Du chant de l'Office divin
….Un rit que l’Église gallicane, dans les siècles même les plus reculés, avait établi et maintenu avec un si grand soin, pour fixer les ecclésiastiques dans l’état de chanoine par des fonctions honorables, un rit qu’elle regardait comme propre à nourrir la piété, à exciter la dévotion des fidèles, et les inviter, par l’attrait du chant et l’éclat des cérémonies, à remplir les devoirs de la religion, et a mériter par là de nouvelles grâces ; l’Assemblée nationale, non sans un grand scandale, vient, par un seul décret, de l’anéantir, de le supprimer et de l’abolir ; et en cela, comme dans tous les autres articles du décret, elle a adopté les principes des hérétiques, et notamment les opinions insensées des Wiclefistes, des Centuriateurs de Magdebourg et de Calvin, qui se sont élevés avec fureur contre l’usage du chant ecclésiastique, et ont osé en nier l’antiquité. La réfutation de ces hérétiques est le sujet d’un grand ouvrage composé par le P. Martin Gerbert, abbé du monastère et de la congrégation de Saint-Blaise, dans la forêt Noire. Nous avons eu occasion de voir plusieurs fois cet auteur estimable à Vienne, en 1782, pendant le séjour que Nous y avons fait pour l’avantage de la religion, et Nous avons reconnu par nous-même combien il est digne de la grande réputation qu’il s’est acquise....

...Enfin, si la gloire de la maison de Dieu, si la majesté du culte est avilie dans le royaume, le nombre des ecclésiastiques diminuera nécessairement, et la France aura le même sort que la Judée, qui, au rapport de saint Augustin, lorsqu’elle n’eut plus de prophètes, tomba dans l’opprobre et l’avilissement, au moment où elle se croyait à l’époque de sa régénération.

Contre les vœux de religion
Ainsi, l’Assemblée nationale, empressée à favoriser les faux systèmes des hérétiques, en abolissant les ordres religieux, condamne la profession publique des conseils de l’Évangile ; elle blâme un genre de vie toujours approuvé dans l’Église, comme très-conforme à la doctrine des apôtres : elle insulte les saints fondateurs de ces ordres, à qui la religion a élevé des autels, et qui n’ont établi ces sociétés que par une inspiration divine. Mais l’Assemblée nationale, va plus loin encore. Dans son décret du 13 février 1790, elle déclare qu’elle ne reconnaît point les vœux solennels des religieux, et par conséquent, que les ordres et congrégations régulières où l’on fait ces vœux, sont et demeurent supprimés en France, et qu’à l’avenir on ne pourra jamais en fonder de semblables. N’est-ce pas là une atteinte portée à l’autorité du Souverain Pontife, qui seul a le droit de statuer sur les vœux solennels et perpétuels ? « Les grands vœux, dit S. Thomas d’Aquin, c’est-à-dire les vœux de continence, etc. sont réservés au Souverain Pontife. Ces vœux sont des engagements solennels que nous contractons avec Dieu pour notre propre avantage ». C’est pour cela que le prophète a dit dans le psaume 75, v. 12 : « Engagez-vous par des vœux avec le Seigneur votre Dieu, et gardez-vous ensuite d’y être infidèles. » C’est pour cela encore qu’on lit dans l’Ecclésiaste : « Si vous avez fait un vœu à Dieu, ne tardez pas à l’accomplir ; une promesse vaine et sans effet est un crime à ses yeux ; soyez donc fidèle à tenir tout ce que vous lui avez promis. »....
Aussi, lors même que le Souverain Pontife croit, pour des raisons particulières, devoir accorder dispense des vœux solennels, ce n’est pas en vertu d’un pouvoir personnel et arbitraire qu’il agit ; il ne fait que manifester la volonté de Dieu dont il est l’organe. Il ne faut pas être étonné que Luther ait enseigné qu’on n’était pas tenu d’accomplir ses vœux, puisque lui-même fut un apostat, un déserteur de son ordre. Les membres de l’Assemblée nationale, qui se piquent d’être sages et prudents, voulant se dérober aux murmures et aux reproches que la vue de tant de religieux dispersés allait exciter tout contre eux, ont jugé à propos d’ôter aux religieux leur habit, pour qu’il ne restât aucune trace de l’état auquel on les avait arrachés, et pour effacer même jusqu’au souvenir des ordres monastiques. On a donc détruit les religieux, d’abord pour s’emparer de leurs biens, ensuite pour anéantir la race de ces hommes qui pouvaient éclairer le peuple, et s’opposer à la corruption des mœurs. Ce stratagème perfide et coupable est peint avec énergie, et réprouvé par le Concile de Sens : « Ils accordent, dit-il, aux moines et à tous ceux qui sont liés par des vœux, la liberté de suivre leurs passions ; ils leur offrent la liberté de quitter leur habit, de rentrer dans le monde ; ils les invitent à l’apostasie, et leur apprennent à braver les décrets des Pontifes et les canons des Conciles. ».....

Le traître
….Mais après en avoir relevé les dispositions, les plus choquantes, lorsque les papiers publics Nous ont appris que l’Évêque d’Autun contre notre attente s’était engagé par serment à observer une aussi blâmable constitution, Nous avons été accablé d’une si violente douleur que la plume Nous est tombée des mains : Nous n’avions plus de forces pour continuer notre travail, et jour et nuit nos yeux étaient baignés de larmes, en voyant un Évêque, un seul Évêque se séparer de ses collègues, et prendre le Ciel à témoin de ses erreurs. Il est vrai qu’il a prétendu se justifier sur un article, qui concerne la nouvelle distribution des diocèses ; il s’est servi d’une comparaison frivole, qui peut en imposer aux simples et faire illusion aux ignorants.....Nous ne voyons donc rien dans la doctrine de l’Église catholique qui puisse excuser en aucune manière le serment impie prêté par l’Évêque d’Autun. Les premières qualités d’un serment sont d’être vrai et juste : mais d’après les principes que Nous avons établis, où est la vérité, où est la justice dans un serment qui ne renferme rien que de faux et d’illégitime ? L’Évêque d’Autun ne s’est pas même laissé à lui-même l’excuse de la légèreté et de la précipitation. Son serment a été le fruit de la réflexion et d’un dessein prémédité, puisqu’il a cherché des sophismes pour le justifier. N’avait-il pas d’ailleurs sous les yeux l’exemple de ses collègues qui combattaient cette constitution avec autant de piété que de savoir ; et la mémoire de sa consécration, encore récente, ne devait-elle pas retracer à son esprit un serment bien différent, qu’il avait prêté dans cette cérémonie. Il faut donc dire qu’il s’est souillé d’un parjure aussi volontaire que sacrilège, en prêtant un serment contraire aux dogmes de l’Église et à ses droits les plus sacrés.....

La mission canonnique
…. Mais quand les bornes des diocèses sont entièrement bouleversées et confondues, quand des diocèses en totalité ou en partie sont enlevés à leur Évêque et donnés à un autre, alors l’Évêque que l’on dépouille de son diocèse en totalité ou en partie, ne peut, sans y être autorisé par l’Église, abandonner le troupeau qui lui a été confié ; et l’autre Évêque à qui l’on donne irrégulièrement un nouveau diocèse, ne peut exercer aucune juridiction sur un territoire étranger, ni conduire les brebis d’un autre pasteur ; car la mission canonique et la juridiction de chaque Évêque est renfermée dans certaines bornes, et jamais l’autorité civile ne pourra ni les étendre ni les resserrer.

L'exemple de la résistance
Il ne sera pas hors de propos de rappeler ici ce qui s’est passé en Angleterre sous le règne de Henri II. Ce prince avait fait une constitution du clergé à peu près semblable à celle de l’Assemblée nationale, mais qui contenait un moindre nombre d’articles. Il y abolissait les libertés de l’Église anglicane, et s’attribuait à lui-même les droits et l’autorité des supérieurs ecclésiastiques. Il exigea des Évêques un serment par lequel ils s’engageraient d’observer cette constitution, qui, selon lui, n’était que les anciennes coutumes du royaume. Les Évêques ne refusaient pas le serment, mais ils voulaient y joindre cette clause : sauf les droits de leur ordre, clause qui déplaisait extrêmement au roi ; il y avait, disait-il, un venin caché sous cette restriction captieuse ; il voulait les forcer à jurer purement et simplement qu’ils se conformeraient aux anciennes coutumes royales. Les Évêques étaient accablés et consternés de cet ordre tyrannique. Mais Thomas, Archevêque de Cantorbéry, depuis honoré de la palme du martyre, les encourageait à la résistance ; il animait leur vertu chancelante, et les exhortait à ne pas trahir les sentiments et les devoirs d’un Évêque. « Cependant les persécutions et les violences devenant de jour en jour plus insupportables, quelques Évêques suppliaient l’Archevêque de Cantorbéry de relâcher quelque chose de son inflexible fermeté, d’épargner à son clergé les maux de l’exil, et à lui-même les horreurs de la prison. Alors cet homme jusqu’à ce jour invincible, que ni les caresses, ni les menaces n’avaient jamais pu ébranler, moins sensible aux dangers qui le menaçaient qu’au sort de son clergé, se laissa arracher du sein de la vérité et des bras de l’Église sa Mère. » Il jura, et son exemple fut suivi des autres Évêques ; mais il ne tarda pas à reconnaître son erreur : le plus vif repentir déchira son âme. « J’ai horreur de moi-même, je déteste ma faiblesse, s’écriait-il en gémissant, je suis indigne d’exercer l’auguste ministère du sacerdoce sur l’autel de Jésus-Christ, après avoir lâchement vendu son Église ; je resterai donc enseveli dans le silence et dans la douleur, attendant que la grâce du Ciel vienne me consoler, et que le Vicaire de Dieu sur la terre m’accorde mon pardon. Hélas ! j’ai donc asservi et déshonoré par mon crime cette Église anglicane que mes prédécesseurs avaient gouvernée avec tant de prudence et de gloire au milieu des dangers du siècle, cette Église pour laquelle ils avaient livré tant de combats, théâtre de tant de victoires et de triomphes qu’ils avaient remportés sur les ennemis ! Autrefois reine et maîtresse, elle est aujourd’hui, par ma faute, réduite en esclavage ! Que n’ai-je disparu de dessus la face de la terre avant d’avoir imprimé à mon nom une pareille tache ! »

La mauvaise cause exemplaire
...Il n’y a personne qui ne soit frappé de la parfaite ressemblance qui se trouve entre la conduite de l’Assemblée nationale et celle de Henri II. Comme lui, l’Assemblée nationale a porté des décrets par lesquels elle s’attribue la puissance spirituelle ; comme lui, elle a forcé tout le monde de jurer, surtout les Évêques et les autres ecclésiastiques, et c’est à elle maintenant que les Évêques sont obligés de prêter le serment qu’ils prêtaient autrefois au Pape. Elle s’est emparée des biens de l’Église, à l’exemple de Henri II, à qui S. Thomas les redemanda avec instance. Le Roi Très-Chrétien a été contraint d’apposer sa sanction à ses décrets. Enfin les Évêques de France, comme ceux d’Angleterre, ont proposé à cette Assemblée une formule de serment dans laquelle ils distinguaient les droits de la puissance temporelle d’avec ceux de l’autorité spirituelle, protestant qu’ils se soumettaient à ce qui était purement civil, et ne rejetaient que les objets pour lesquels l’Assemblée était incompétente, semblables à ces généreux soldats chrétiens qui servaient sous Julien l’Apostat et dont S. Augustin fait l’éloge en ces termes : « Julien fut empereur infidèle, un insigne apostat, un détestable idolâtre ; cependant il avait dans son armée des soldats chrétiens qui lui obéissaient fidèlement ; mais quand il était question des intérêts de Jésus-Christ, ils ne reconnaissaient que les ordres du Roi du ciel : si on leur commandait d’adorer des idoles, de leur offrir de l’encens, ils préféraient Dieu à l’empereur ; mais quand il leur disait : Rangez-vous en bataille, marchez contre cette nation, ils obéissaient sur-le-champ, car ils savaient distinguer le Maître éternel du maître temporel. » Cependant l’Assemblée nationale a rejeté ces restrictions, comme Henri II refusa d’admettre la clause, sauf les droits de notre ordre. Les nouveaux règlements prescrits par l’Assemblée nationale pour la ruine du clergé, s’accordent de point en point avec ceux que Henri II a adoptés.
Cependant elle ne s’est pas bornée à imiter Henri II, elle s’est aussi piquée de marcher sur les traces de Henri VIII ; car ce prince ayant usurpé la suprématie de l’Église anglicane, en confia l’exercice au Zuinglien Cromwel, et l’établit son vicaire général dans tout ce qui concernait le spirituel ; il le chargea de la visite de tous les monastères du royaume, et ce Cromwel, à son tour, se reposa de ce soin sur son ami Cranmer, imbu des mêmes principes que lui. Il n’oublia rien pour affermir dans l’Angleterre la suprématie ecclésiastique du roi, et pour engager la nation à reconnaître dans ce prince toute la puissance que Dieu n’a donnée qu’à son Église. Les visites des monastères consistaient à les détruire, à les piller, à faire une dilapidation sacrilège des biens ecclésiastiques, et par là les visiteurs trouvaient le moyen de satisfaire à la fois leur avarice et leur haine contre le Pape. Autrefois Henri VIII affecta de soutenir que la formule de serment proposée aux Évêques ne renfermait que la promesse d’une obéissance temporelle et d’une fidélité purement civile, tandis qu’en effet elle abolissait toute l’autorité du Saint-Siège ; de même l’Assemblée qui domine en France a donné à ses décrets le titre spécieux de Constitution civile du clergé, quoiqu’ils renversent réellement tonte la puissance ecclésiastique, et bornent la communication des Évêques avec Nous à la simple formalité de Nous donner avis de ce qui a été fait et exécuté sans notre aveu. Qui pourrait ne pas voir que l’Assemblée a réellement eu en vue les décrets des deux rois d’Angleterre, Henri II et Henri VIII, et qu’elle s’est proposé pour but de les faire passer dans sa Constitution : autrement aurait-elle pu parvenir à une imitation aussi parfaite des principes et de la conduite de ces deux princes ? S’il s’y trouve quelque différence, c’est que les nouvelles entreprises sont encore plus pernicieuses que les anciennes.

Une leçon d'histoire
...Nous ne voulons pas, au reste, laisser ignorer à l’Évêque d’Autun et à ceux qui, dans l’intervalle, auraient pu se parjurer à son exemple, ce que l’Église prononça sur les Évêques qui assistèrent au Concile de Rimini, et qui, cédant à la crainte des menaces de l’empereur Constance, signèrent la formule équivoque et captieuse imaginée par les Ariens pour les tromper. Le Pape Libère les avertit que s’ils persistaient dans cette erreur, il déploierait pour les punir toute l’autorité que lui donnait l’Église catholique. » Saint Hilaire de Poitiers fit chasser de l’église d’Arles l’Évêque Saturnin, qui soutenait avec opiniâtreté la doctrine des Évêques ariens. Enfin, le jugement de Libère fut confirmé par saint Damase, dans une lettre synodale publiée dans un Concile de quatre-vingt-dix Évêques, afin que les Évêques mêmes de l’Orient pussent rétracter publiquement leurs erreurs, s’ils voulaient être catholiques et passer pour tels. « Nous croyons, dit saint Damase, que ceux à qui leur faiblesse ne permet pas de faire une pareille démarche, doivent être au plus tôt séparés de notre communion et privés de la dignité épiscopale, afin que les peuples de leur diocèse puissent respirer à l’abri de l’erreur. » On ne peut nier que l’Évêque d’Autun et ses imitateurs ne se soient mis dans le même cas que les Évêques condamnés par Libère et Damase. C’est pourquoi, s’ils ne rétractent pas leur serment, ils savent à quoi ils doivent s’attendre.....

Recommandations
Nous vous exhortons à faire tous vos efforts pour conserver parmi vous la concorde, afin qu’étant tous unis de cœur, de principes et de conduite, vous puissiez repousser avec un même esprit les embûches de ces nouveaux législateurs, et, avec le secours de Dieu, défendre la religion catholique contre leurs entreprises. Rien ne pourrait contribuer davantage au succès de vos ennemis que la division qui se mettrait parmi vous : un parfait accord, une union inaltérable de pensées et de volonté est le plus ferme rempart et l’arme la plus redoutable que vous puissiez opposer à leurs efforts et à leurs complots. Nous empruntons donc ici les expressions dont se servait mon prédécesseur saint Pie V, pour animer le Chapitre et les chanoines de Besançon réduits à la même situation que vous : Que votre âme soit inébranlable et invincible : que ni les dangers ni les menaces n’affaiblissent vos résolutions. Rappelez-vous l’intrépidité de David en présence du géant et le courage des Machabées devant Antiochus ; retracez-vous Basile résistant à Valens, Hilaire à Constance ; Yves de Chartres au roi Philippe......
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Martin Janelle

C'est l'évidence même. Les gens se racontent des histoires. Faire accroire que l'on serait en communion avec un pape à qui l'on désobéira, promet de désobéir, avec lequel il faudrait bien désobéir ici et là pour espérer sauver la foi catholique.

AveMaria44

Encore faut-il que le Vicaire soit en communion avec son divin Maître.