Réponse à l'auteur du pamphlet : "Maria Valtorta, un Evangile selon Satan" - par François-Michel Debroise
Cher Monsieur Berton,
Vous prétendez que l’œuvre de Maria Valtorta serait l’Evangile selon Satan et vous croyez le démontrer à l’aide d’accusations glanées sur internet étayées par des citations hors contexte de textes magistériels. Ce cocktail a, semble-t-il, choqué un certains nombres de vos lecteurs, ce qui motive ma réponse.
La lecture que j’ai faite de votre étude fait ressortir :
- Des interprétations erronées du dossier historique.
- Un manque de référence à l’Ecriture dont vous pensez défendre l’intégrité.
- Une interprétation de la pensée magistérielle assez curieuse.
- Une ignorance de l’exégèse et de la théologie de base.
Je vous invite à bien vérifier votre affirmation car :
- soit votre affirmation satanique est fondée et implique le Pape Pie XII qui en a recommandé sa publication (voir ci-après),
- soit votre affirmation est fausse. Si cette révélation privée est l’œuvre de l’Esprit Saint et que vous l’attribuez à Satan vous commettez le péché même contre l’Esprit (Matthieu 12,32, Marc 9,29 et Luc 12,10).
C’est le Saint-Office lui-même qui confirme que Pie XII a encouragé la publication de l’œuvre en demandant de suivre son audience (attestée) par la recherche d’un imprimatur d’usage (Giovanni Pepe, notice brève du 2 février 1949, archives du Saint-Office, protocole 355/45). Vous constatez vous-même que l’œuvre est sortie sous le pontificat de Pie XII (T. 1 - 1956, T. 2 - 1957, T. 3 - 1958) sans aucune réaction de la part du Saint-Office, même pas une protestation, encore moins une sanction. Il a fallut la mort du Souverain Pontife pour le faire. Le bureau de la censure connaissait pourtant l’ouvrage puisque l’article de l’Osservatore romano que vous citez mentionne le tome 1.
Ce Pape aurait donc encouragé, à vous lire, une œuvre satanique qu’il avait suffisamment lue (cf. note du Saint-Office) pour la juger et qu’il aurait protégé durant son pontificat. En m’appuyant sur le code de droit canon de 1917 et le catéchisme de St Pie X, je pense qu’un pape, dans ce domaine, ne peut "ni se tromper ni nous tromper".
En vous faisant apôtre, dans une bonne intention je présume, de l’immuabilité de l’Evangile canonique, vous en ignorez la nature : Il dit la complétude théologique et non pas le tout historique (Jean 20 et 21). Son déploiement dans le temps est annoncé par Jésus lors de la dernière Cène (cf. Jean16 cité en fin de message). En effet, le canon des Ecritures s’est construit dans le temps :
- L’insertion tardive des textes « deutérocanoniques » le prouve.
- Les premiers codex ignoraient l’épisode de la femme adultère et une bonne partie du dernier chapitre de Marc.
- etc.
À titre d’exemple : Il est de foi catholique de croire en l’Assomption de Marie qui n’est mentionnée dans aucuns écrits du Nouveau Testament. Il est de même de foi catholique de croire à l’Immaculée conception qui fut longtemps l’objet de discussion pendant 19 siècles : St Bernard, docteur de l’Eglise, la refusait. Le voile de Véronique, de piété populaire et figurant à la 6° station du chemin de croix, n’est nullement mentionné dans les Evangiles... L’humilité et l’écoute de l’Esprit sont donc la marque d’une foi mûrie.
Vous vous choquez d’un baiser sur la bouche de Jésus à Jacques. Cette pensée - qui vous trouble - se réfère à l’origine historique du baiser de paix qui n’était en rien une accolade ou une poignée de mains. C’était un signe d’appartenance au même clan. Cet usage a perduré jusqu’au Moyen-âge ou le souverain scellait ainsi son alliance avec le vassal. Tout est pur pour qui est pur (Tite 1,15-16).
Vous reprenez la charge contre l’humanité de Jésus que l’on rencontre dans l’œuvre de Maria Valtorta. Cette pensée qui penche vers l’hérésie docétiste est complètement combattue par l’affirmation de Philippiens 2,7. Une affirmation qu’un rejet de l’humanité complète, hormis le péché, combat gravement car c’est dans l’humanité de Jésus que s’est accomplie la Rédemption et c’est tel quel qu’il fut rencontré par les apôtres.
Une culture par trop héritée des images saint-sulpiciennes vous fait vous choquer d’une plaisanterie de Jésus. Mais cet épisode vous apprendrait une chose importante : même la plaisanterie sert Dieu, et non les plaisanteries graveleuses que nous pratiquons, car c’est la découverte d’une vérité divine fondamentale qui fait jubiler Jésus. Tout est saint pour le saint.
Vous vous inquiétez de la divinité de Jésus dans l’œuvre de Maria Valtorta. La profondeur des enseignements reportés dans l’œuvre, la pertinence des récits, leur contextualisation adéquate, répondent à de nombreuses interrogations que se pose l’exégèse. Ce n’est pas pour rien que 5 papes et une dizaine de saints ou en voie de l’être ont lu cette œuvre « satanique » selon vous. Tous ont reçu l’onction du Ciel, non celle de l’Adversaire.
Pour le reste de vos remarques, il y a été répondu depuis longtemps. Une encyclopédie en ligne les regroupe en un peu plus d’un millier d’articles (Wiki Maria Valtorta, l'encyclopédie valtortienne) ainsi que les pièces d’archives. Je ne prolonge donc pas ma réponse.
« Quand viendra l'Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. Car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu, et les choses à venir, il vous les annoncera. (Jean 16,13) »
François-Michel Debroise