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UNION DE PENSÉE
Chapitre II : UNION A MARIE DANS LES PRIÈRES QUI LUI SONT ADRESSÉES

"LA VIE D'UNION À MARIE", Père Émile Neubert

Le premier moyen pour s'unir à Marie, c'est évidemment de s'adresser à elle dans la prière.

Certaines formules de prière à la Vierge s'imposent quotidiennement à tout fidèle pieux: l'Ave Maria dans les prières du matin et du soir; l'Angélus au début, au milieu et à la fin de la journée; le chapelet, ou au moins une dizaine de chapelet; et, pour qui a compris le sens de la piété filiale apostolique, l'Acte de Consécration à Marie et la Prière de Trois Heures (1).

La récitation du Souvenez-vous est également en honneur parmi les dévots de Marie, et, de plus en plus aussi, celle des Trois Ave, au lever pour obtenir par la Vierge immaculée la grâce de rester pur pendant la journée, et au coucher pour garder la pureté pendant la nuit.

Un grand nombre de serviteurs de Marie se sont fait une loi de réciter un Ave Maria, ou au moins les deux premiers mots, chaque fois que l'heure sonne (2).

(1) Voir Mon Idéal, Jésus Fils de Marie, Supplément.
(2) Saint Gabriel de la Mère des Douleurs aurait voulu obtenir de ses Supérieurs la permission de se faire réveiller à cet effet, par son ange gardien, à chaque heure de la nuit.

Certains religieux, tels les Passionnistes, disent un Ave Maria, d'autres, certaines Dominicaines, un Sub tuum, chaque fois qu'ils entrent dans leur cellule ou en sortent. Dans le premier règlement des Marianistes, le P. Chaminade avait inséré l'article suivant: À chaque heure pendant le jour, et lorsqu'on s'éveillera pendant la nuit, on dira: "Que le Père, le Fils et le Saint-Esprit soient glorifiés en tous lieux par l'Immaculée Vierge Marie !" (8)
D'autres invocations, en particulier des prières jaculatoires, choisies par chacun suivant ses attraits et ses besoins et répétés de temps en temps à travers la journée - dans les allées et venues, avant et après et même pendant les actions - servent également à resserrer l'union entre l'âme et sa Mère céleste.

À ces pratiques relativement courtes, les religieux de divers Ordres et même de pieux chrétiens dans le monde ajoutent la récitation d'un Office de la Vierge, celle du "Grand Office", ou du Petit Office de Beata, ou du Petit Office de l'Immaculée Conception, ou de l'Office du Cœur Immaculé de Marie, etc.

On peut signaler aussi le chant d'hymnes en l'honneur de la Mère de Dieu: du Salve Regina à la fin de la journée chez les Cisterciens, ou avant la prière du matin et après celle du soir chez les Petits Frères de Marie, de l'Inviolata, chez les Dominicains, etc.

Saint Alphonse de Liquori et le P. Chaminade recommandent les visites à la Sainte Vierge dans les temples et devant les autels où son culte est établi, pour lui adresser là sa vénération, son amour, ses prières et y attendre avec confiance les grâces du ciel (4).

De certains serviteurs de Marie on raconte qu'ils passaient leurs journées à égrener leur Rosaire au point d'en avoir des doigts calleux ou de remuer leurs lèvres même pendant leur sommeil.
"Ne prenez que ce qui est pour vous !"

Cependant ce n'est pas le nombre des prières récitées devant la Vierge qui compte auprès d'elle, mais la ferveur qu'on y met. Un Ave Maria dit avec amour nous unit plus étroitement à elle que cinquante récités machinalement. Il serait inutile de répéter ce truisme si une tendance naturelle à matérialiser nos actions les plus divines dans l'origine ne risquait de nous le faire perdre de vue. Tel qui a pris l'habitude de réciter son chapelet tous les jours n'oserait s'endormir en paix si, un jour de fatique, il n'avait achevé ses cinq dizaines; mais il se couchera d'un cœur tranquille s'il a été distrait du premier au dernier des cinquante Ave.

Il ne faut pas, il est vrai, laisser ses pratiques pieuses pour un petit effort supplémentaire. Quand elles paraissent trop gênantes, qu'on demande à Marie s'il faut tout dire ou abréger ou supprimer. La Sainte Vierge est une bonne Maman, et si parfois elle est très exigeante en face d'un devoir, elle se montre aussi très humaine pour ne pas demander ce qui, à un moment donné, serait un obstacle à notre santé ou à l'accomplissement d'un devoir d'état. L'important, c'est qu'on ne s'octroie pas de soi-même des dispenses ou des absolutions et qu'on lui demande à elle quel parti il faut prendre.

Il existe plusieurs méthodes pour faire de ses prières des moyens de s'unir à la Vierge.
Une première consiste à se mettre en la présence de celle à qui l'on veut parler. Une autre, à s'unir à Jésus pour parler à sa Mère. De ces deux méthodes, il sera question plus au long dans des chapitres spéciaux.
Il est bon aussi, en dehors de la récitation de ces prières, de réfléchir aux idées et aux sentiments qu'elles suggèrent.
Un autre moyen, c'est de se rappeler le but qu'on se propose dans ces prières. On peut avoir en vue de louer Marie, de lui exprimer son amour ou sa reconnaissance. Dans ce cas, la formule même de la prière rappelle généralement ce but: il suffit d'y porter son attention.
On peut aussi avoir en vue l'obtention de faveurs pour soi ou pour d'autres. Sans doute la plupart de nos prières sur cette terre de misères sont-elles des prières de demande. N'est-ce pas le cas de la maiorité des formules mêmes de la liturgie ? Or souvent, quand on récite des prières de demande, on ne demande rien; et on ne demande rien parce qu'on n'éprouve pas le besoin de demander quelque chose. Paresse ou indifférence spirituelle de la part de beaucoup; parfois aussi, prévention contre la prière de demande, comme si elle impliquait une sorte d'égoïsme surnaturel.
Pour secouer cette paresse et pour écarter tout égoïsme, il suffit de demander suivant les intentions de Marie. Un enfant, à qui l'on demandait comment il avait passé le mois de Marie, répondit : "J'ai beaucoup prié pour la Sainte Vierge." On sourit de sa naïveté. Cependant il y a une manière très orthodoxe de beaucoup prier pour la Sainte Vierge: elle consiste à demander suivant les intentions de Marie.

Marie se propose à notre égard un double but : d'abord de faire notre éducation en nous formant à la ressemblance de son Fils. Prier pour obtenir la réalisation de ses intentions sur notre vie spirituelle : la des- truction des obstacles à la vie de Jésus en nous, et la grâce de penser, de sentir, de vouloir et d'agir comme lui, ce n'est pas de l'égoïsme, c'est aspirer à être comme celui qui "ne s'est pas recherché lui-même", c'est désirer donner à Jésus et à sa Mère la plus grande joie que nous puissions leur procurer, celle de devenir par Marie et pour Marie d'autres Jésus.

En second lieu, la Vierge veut se servir de nous pour l'accomplissement de sa mission apostolique. Nous l'aidons en priant pour les autres. L'invoquer en leur faveur, c'est encore lui causer une ineffable joie en lui permettant de sauver ses enfants égarés et de les amener à son Fils.
Or, lorsque avant nos prières, nous formulons nos intentions pour nous et pour les autres, en rappelant à notre Mère que nos intentions sont ses intentions, nous prions avec une ferveur toute spéciale, parce que ses intentions nous sont plus chères que les nôtres. Nous prions aussi avec bien plus de confiance et d'enthousiasme, sûrs que les désirs de Marie seront infailliblement exaucés parce que toujours conformes aux désirs de son Fils.

Etant donné que toute notre activité et tous nos mérites appartiennent à Marie en vertu du don total que nous lui avons fait de nous-mêmes par notre acte de consécration, et que, d'autre part, Marie connaît bien mieux que nous nos besoins et ceux des autres, on peut se demander si nous ne devrions pas nous contenter de prier simplement suivant les intentions de notre Mère, sans nous préoccuper de formuler des intentions personnelles.
Qu'il soit louable d'agir de la sorte à certains moments, on doit l'accorder. On connait la pieuse pratique de certains prêtres qui consiste à offrir le Saint Sacrifice suivant les intentions de Marie. Leur conduite témoigne d'un grand esprit de confiance et d'abandon à l'égard de leur Mère du ciel. Parfois, les samedis, aux jours de fête de la Sainte Vierge, ou quand on n'a pas de pressante intention personnelle, on lui fera sans doute plaisir en offrant à ses intentions messe, Communion ou d'autres prières avec des sacrifices. Préoccupée des besoins de tous ses enfants, Marie a certainement touiours des intentions très précises et très pressantes.

Est-il cependant plus parfait d'agir toujours ainsi? Il est permis de croire que parfois, d'ordinaire même, Marie préfère que nous formulions dans nos prières des intentions personnelles. Elle veut se servir de nous non comme de machines, mais comme de personnes douées d'intelligence et d'initiative. On peut légitimement sup- poser qu'elle désire nous voir soucieux de nos intéréts spirituels et des intérêts des âmes mises sur notre chemin par la Providence, et que nos intentions par rapport à ces intérêts coïncident avec les siennes. Monique eût-elle été plus agréable à Dieu si, au lieu de prier pour la conversion de son fils, elle eût prié aux intentions générales de Dieu ?
Et puis, on prie avec bien plus de ferveur en vue d'un besoin immédiatement constaté en soi ou autour de soi que pour les besoins des hommes en général, et ainsi on met à la disposition de la Vierge des prières plus efficaces.

Cependant il faut toujours subordonner ses intentions personnelles à celles de Marie. On prie : "Pour l'acquisition de telle vertu, pour telle victoire, pour la sanctification de telle âme, ou pour vos intentions si les miennes ne concordent pas avec les vôtres."
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⚠️ Déséquilibré « Dieu a-t-il été vaincu par les hommes ? » ⚠️
À première lecture, cet article de L.E. contient une vérité fondamentale de la foi chrétienne : Dieu ne cesse jamais d’être souverain, même lorsque les hommes se révoltent contre lui. Mais cette vérité est présentée d’une manière qui appelle plusieurs réserves théologiques importantes, notamment sur la façon de comprendre la volonté de Dieu, le mal dans l’histoire et la liberté humaine.
Il faut distinguer ce qui est juste dans l’article de ce que son raisonnement risque de laisser entendre.
1. Ce que L.E. affirme justement
L.E. rappelle trois vérités que l’on ne peut contester :
Dieu n’est jamais vaincu dans son être, sa puissance ou sa souveraineté.
Le péché humain ne détruit pas le dessein éternel de Dieu.
Dieu peut faire surgir le salut au cœur même des situations les plus désastreuses.
Les passages cités sont pertinents. En Romains 1, saint Paul explique que l’homme peut, en refusant la vérité, être livré aux conséquences de son propre égarement. Et en Ézéchiel 34, Dieu se présente comme le Pasteur qui vient lui-même chercher ses brebis dispersées.
L.E. a donc raison de refuser l’idée selon laquelle le mal pourrait finalement faire échouer le dessein divin.
Mais affirmer que Dieu demeure souverain ne suffit pas à expliquer correctement comment il gouverne le monde. C’est précisément là que commence la difficulté.
2. Le problème central : Dieu permet-il le mal, ou le veut-il comme tel ?
C’est le point le plus délicat de l’article.
L.E. écrit :
« Ce chaos que le monde déplore est la démonstration de la justice de Dieu, qui abandonne l'insensé à ses propres idoles. »
Et plus loin :
« La ruine de l'homme manifeste la rigueur inébranlable de Sa justice, tandis que le salut des croyants proclame la triomphante et gratuite immensité de Sa grâce. »
Ces formules peuvent exprimer une vérité biblique : Dieu peut laisser l'homme subir les conséquences de son péché et tirer un bien supérieur même d'un mal qu'il n'a pas voulu pour lui-même.
Cependant, elles deviennent problématiques si l'on en vient à considérer le désordre du monde, les injustices et les catastrophes comme la manifestation directe d'une volonté punitive de Dieu.
La théologie catholique distingue en effet deux choses :
La volonté divine positive : Dieu veut le bien, la vie, la sainteté et le salut.
La permission divine du mal : Dieu permet que des créatures libres commettent le mal, sans être lui-même l'auteur de leur péché.
Le Catéchisme de l'Église catholique explique que Dieu permet le mal parce qu'il est assez puissant et bon pour en tirer un bien. Cela ne signifie pas que le mal, considéré en lui-même, soit bon ou que chaque malheur puisse être interprété comme un châtiment divin identifiable.
La Passion du Christ en fournit l'exemple suprême : le péché de ceux qui le condamnent est réel et condamnable, mais Dieu fait de cette injustice le lieu du salut du monde.
Dieu tire le bien du mal ; il ne faut pas confondre cette victoire providentielle avec une approbation divine du mal.
3. L.E. présente-t-il une conception catholique de la grâce ?
C'est ici que son article rejoint une tendance plus générale de ses publications.
L.E. insiste sur la souveraineté absolue de Dieu, l'impuissance de l'homme déchu et le salut des élus par une grâce entièrement gratuite. Pris séparément, ces thèmes appartiennent bien à la tradition chrétienne. Saint Augustin et saint Thomas d'Aquin enseignent tous deux que l'homme ne peut se sauver sans la grâce divine.
Mais il faut examiner la manière dont ces vérités s'articulent.
Dans l'article, L.E. affirme que Dieu « suscite la foi dans les cœurs » et parle de ceux qu'il « a résolu de sauver », sans expliquer suffisamment la place de la liberté humaine ni la volonté salvifique universelle de Dieu.
Or saint Paul écrit :
« Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (1 Timothée 2, 4)
Cette affirmation ne signifie pas que tous les hommes seront nécessairement sauvés. Elle signifie que la volonté salvifique de Dieu ne peut être réduite à l'idée qu'il ne voudrait réellement sauver qu'un groupe prédéterminé, sans considération de la réponse libre des autres.
La doctrine catholique tient ensemble plusieurs vérités :
L'initiative du salut appartient toujours à Dieu.
Sans la grâce, personne ne peut parvenir au salut.
La grâce ne supprime pas la liberté humaine, mais la rend capable de répondre à Dieu.
L'homme peut résister à la grâce et demeure responsable de son refus.
Aucun homme ne peut revendiquer le salut comme un droit acquis par ses propres mérites.
Il ne s'agit donc ni de se sauver soi-même par ses propres forces, ni de considérer la liberté humaine comme une apparence sans véritable portée.
Une précision importante
L.E. ne formule pas explicitement, dans cet article, toute la doctrine calviniste de la prédestination. Il serait donc excessif de lui attribuer sans nuance l'ensemble de cette doctrine.
Néanmoins, son vocabulaire — « élus », « grâce souveraine », « résolu de sauver » — et sa manière de présenter la justice divine appellent une question légitime : quelle place accorde-t-il réellement à la volonté salvifique universelle de Dieu et à la coopération libre de l'homme avec la grâce ?
L'article ne répond pas suffisamment à cette question.
4. Peut-on dire que le chrétien n'a rien à craindre puisque Dieu gouverne tout ?
L.E. écrit que les bouleversements du monde ne peuvent arracher les élus à la main de Dieu. C'est une affirmation qui rappelle notamment Jean 10, 28-29, où Jésus parle de la sécurité de ses brebis.
Il est parfaitement catholique de croire que rien ne peut vaincre la puissance de Dieu et que le chrétien peut placer en lui une confiance absolue.
Mais il faut éviter d'en tirer une conclusion qui serait étrangère à la foi catholique : celle selon laquelle le croyant serait assuré de persévérer jusqu'à la fin, indépendamment de ses choix ultérieurs.
La tradition catholique enseigne que la persévérance finale est un don de Dieu, qu'il faut demander dans la prière. Elle enseigne aussi que l'homme peut se détourner gravement de Dieu par le péché.
La confiance chrétienne n'est donc pas une assurance automatique de salut. Elle est une espérance fondée sur la fidélité divine, qui appelle une réponse libre et persévérante.
De même, il est légitime de s'inquiéter de l'état du monde, de souffrir devant les injustices et de combattre le mal. Jésus lui-même pleure sur Jérusalem. Il dénonce l'hypocrisie et s'indigne devant l'endurcissement des cœurs.
La sérénité chrétienne ne consiste pas à regarder le mal avec indifférence, mais à le combattre sans désespérer de Dieu.
5. Une omission révélatrice : la place du Christ dans l'histoire du salut
L'article insiste sur la majesté du Créateur, son jugement, sa grâce et son dessein éternel. Mais son propos reste très abstrait.
Or, pour un chrétien, la réponse à la question « Dieu a-t-il été vaincu par les hommes ? » se trouve d'abord dans la Croix et la Résurrection.
Les hommes ont réellement condamné Jésus, l'ont crucifié et ont cru pouvoir faire disparaître son œuvre. Leur péché n'était pas une illusion. Pourtant, Dieu a fait de la Croix la victoire du Christ sur le péché et la mort.
Cela ne signifie pas que les bourreaux accomplissaient le bien en crucifiant Jésus. Cela signifie que leur malice n'a pas pu empêcher Dieu de réaliser son dessein de salut.
Cette distinction est capitale : la Providence divine n'annule pas la responsabilité des hommes et ne transforme pas leurs fautes en actes vertueux.
Et la victoire du Christ n'est pas simplement la victoire d'une puissance souveraine sur des créatures impuissantes. Elle est aussi la manifestation d'un amour qui appelle les pécheurs à la conversion, leur offre sa grâce et respecte leur liberté.
Jugement d'ensemble
Cet article est juste dans son affirmation fondamentale, mais déséquilibré dans sa présentation théologique.
Ce que l'article souligne
Ce qu'il faudrait mieux préciser
La souveraineté de Dieu
Dieu gouverne sans être l'auteur du péché.
La gratuité du salut
La grâce suscite une réponse libre, elle ne rend pas cette réponse fictive.
Le jugement divin
Tous les malheurs ne peuvent être identifiés à des châtiments particuliers.
La sécurité du croyant
L'espérance ne supprime ni le combat spirituel ni la nécessité de persévérer.
La victoire finale de Dieu
Elle s'accomplit notamment par la Croix, la Résurrection et l'appel universel au salut.
Le problème n'est donc pas que L.E. affirme trop fortement la grandeur de Dieu. La foi catholique affirme elle aussi que Dieu est infiniment souverain.
Le problème est qu'à force d'insister sur cette souveraineté, il risque de présenter l'histoire essentiellement comme l'exécution d'un décret divin, dans lequel la liberté humaine, la volonté salvifique universelle et la patience miséricordieuse de Dieu ne sont pas suffisamment mises en lumière.
L.E. a raison sur un point essentiel : Dieu n'est jamais vaincu et aucun péché humain ne peut faire échouer son dessein éternel. Mais encore faut-il préciser comment s'exerce cette souveraineté.
Le Dieu de la foi catholique n'est pas l'auteur du péché qu'il permet, ni le responsable de la malice humaine qu'il condamne. Il peut tirer le bien du mal sans vouloir le mal comme tel. La Croix en est l'exemple suprême : Dieu a fait du crime des hommes le lieu du salut, sans que ce crime devienne pour autant un bien moral.
Par ailleurs, saint Paul affirme que Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2, 4). La gratuité absolue de la grâce n'abolit donc ni cette volonté salvifique universelle ni la liberté de l'homme, que la grâce sollicite et rend capable de répondre à Dieu.
Enfin, la confiance chrétienne ne consiste pas à considérer tout désordre comme la manifestation directe d'un jugement divin, ni à croire que le salut serait assuré indépendamment de notre persévérance. Elle consiste à espérer en la fidélité de Dieu tout en combattant le mal, en appelant les pécheurs à la conversion et en demandant la grâce de demeurer fidèles.
Oui, Dieu n'est jamais vaincu. Mais sa victoire ne se comprend pleinement qu'à la lumière du Christ crucifié et ressuscité : non pas une souveraineté qui rendrait la liberté humaine insignifiante, mais un amour tout-puissant qui veut sauver l'homme sans faire de sa réponse un simulacre.
Cette réponse permet de contester le déséquilibre théologique de L.E. sans nier les vérités qu'il défend justement, ni lui prêter des affirmations qu'il n'a pas explicitement formulées.
Dieu a-t-il était vaincu par les hommes?