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Chapitre II : L'INVOCATION DES NOMS DE JÉSUS ET DE MARIE

De la future Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus, sa mère écrivait : "Cette pauvre mignonne ne veut point me quitter... Elle ne monterait pas l'escalier toute seule à moins de m'appeler à chaque marche: Maman, maman ! Autant de marches, autant de Maman !".
N'en est-il pas plus ou moins de même de tous les enfants ? Cent fois par jour, ils répètent : "Maman ! maman !" Et ils ne se lassent pas de redire, et les mères ne se lassent pas d'entendre le même nom suave. N'en sera-t-il pas ainsi de nous aussi par rapport à notre Mère du ciel ?

De toutes les prières à la Vierge, la plus courte, et, en un sens, la plus parfaite, c'est l'invocation du nom de Marie, ou de son équivalent : Mère ou Maman, suivant l'attrait d'un chacun. Sa répétition est d'une efficacité merveilleuse pour l'acquisition de l'union à la T. S. Vierge.

Pour ne pas séparer ce que Dieu a uni et pour lui donner tout son sens et toute sa fécondité, à la répétition du nom de Marie, nous ajouterons celle du nom de Jésus.

Ces noms sacrés peuvent prendre une infinité de significations suivant l'état de l'âme et ses besoins du moment. "Marie !" cela signifie tantôt : "Je vous aime", tantôt : "Au secours !" ou : "Merci !" ou : "Pour vous !" ou : "En votre nom" ; ou parfois : "Je suis si triste, consolez-moi !" ou bien : "J'ai péché ; obtenez-moi mon pardon de Jésus." etc.

Et "Jésus !" cela voudra dire : "Je vous aime !" ou bien : "Venez en moi !" ou : "Pitié !" ou : "Pardon !" ou : "J'ai confiance en vous !" ou : "Donnez-moi votre amour pour votre Mère !" etc.

De même que ces invocations l'emportent sur toutes les autres par leur compréhension, elles leur sont supérieures également par leur pouvoir d'intensité. Quand dans un moment de joie, ou surtout de danger, l'enfant crie: "Maman !" il y met toute son âme et même son corps. Son être tout entier se ramasse, pour ainsi dire, dans ce cri et se jette vers sa mère.

Par ailleurs, cette pratique n'est pas exposée aux inconvénients des autres pratiques pieuses. Les plus saintes formules risquent de devenir monotones et de se vider de leur sens par leur répétition même ; "Jésus ! Marie !", ces deux mots ne deviennent jamais monotones et ne se vident jamais de leur sens parce qu'ils expriment toujours quelque chose de nouveau, l'état d'âme du moment présent, état qui varie sans cesse.

Dans les moments d'obscurité ou de sécheresse, peut-être m'est-il difficile de réciter même un Ave Maria. Me sera-t-il difficile de crier : "Ma Mère !" ou "Jésus !" ? N'est-ce pas dans ces moments, quand je me trouve si las, si misérable, si vide de pensée et de sentiment que toute formule de prière me paraît un mensonge et m'est un fardeau, n'est-ce pas alors surtout que j'ai le plus besoin de crier : "Marie, ma Mère !" ou "Jésus ! Jésus !" ?

Pendant mes occupations absorbantes, je ne puis m'interrompre pour réciter un Ave ou une oraison jaculatoire. Mais qu'est-ce qui m'empêche de dire, au moins mentalement: "Jésus !" ou "Marie !" au milieu d'une lecture, d'un cours, d'une conversation, d'un repas même, ou la nuit dans les moments de demi-sommeil ?

La récitation prolongée de prières vocales engendre la fatigue. Au contraire, ces deux noms, prononcés lentement et avec le plus d'amour possible, selon les indications données plus loin, non seulement ne fatiguent pas, mais épanouissent et reposent, même dans les moments d'épuisement et de maladie. Certains trouvent, quand il s'agit de prendre le repos de la nuit, que, par leur vertu pacifiante et leur rythme ralenti, ils sont un des meilleurs moyens de hâter la venue d'un sommeil bienfaisant.

Tout cela ne laisse entrevoir qu'une partie des avantages de cette petite pratique. Il faudrait montrer encore comment elle aide l'âme à se recueillir et à s'établir dans la paix; comment elle lui permet de réciter avec attention et amour les prières vocales, d'assister à la sainte messe, de se préparer à la sainte Communion et d'occuper le temps de l'action de grâces, de mieux réussir dans l'examen particulier, de tirer plus de profit de la lecture spirituelle et des instructions, de sanctifier toutes ses occupations les plus terre à terre. On aura à reparler de plusieurs de ces points dans la suite avec plus de détails.

Au besoin, la répétition des noms de Jésus et de Marie peut même remplacer certains exercices de piété qu'on est dans l'impossibilité de faire normalement. Ces exercices, en effet, ont pour but d'établir un contact confiant et amoureux entre l'âme et Dieu, et la pratique en question établit ce contact d'une façon aisée et parfaite. Si l'on dispose de peu de temps, en disant plusieurs fois, lentement, amoureusement : "Jésus ! Marie ! " on aura fait une meilleure prière du matin ou du soir qu'en récitant à la hâte toutes les formules marquées dans son livre de prières. De même, dans des moments de sécheresse, l'âme sans pensée et sans sentiment d'amour pendant l'oraison, pourra faire une excellente oraison en répétant avec humilité et confiance: "Jésus ! Marie !". Certaines âmes ne font pas autre chose pendant l'oraison mystique.

Il ne s'agit pas de répéter ces noms selon le rythme d'une litanie. Il faut les prononcer lentement, de manière à pouvoir y exprimer toute son âme, tout ce qu'on pense et qu'on sent et qu'on désire au moment où on les profère; et de manière à arriver jusqu'à l'âme du Christ et de sa Mère, à sentir, pour ainsi dire, leur étreinte ou au moins leur regard infiniment aimant. En les répétant plusieurs fois, mais posément, en laissant un petit intervalle entre les invocations, l'âme peut plus facilement réaliser ce contact vivant et vivifiant avec Jésus et Marie.

Pour acquérir l'habitude de répéter ainsi les noms de Jésus et de Marie, il faut y aller graduellement, en multipliant peu à peu les moments de s'y appliquer. Cependant qu'on prenne garde de vouloir compter le nombre de fois qu'on les a prononcés au cours de la journée. Sans cela on se crée la préoccupation d'aller vite, alors que ces noms sacrés ne produisent leur effet merveilleux que proférés lentement.

Peut-être le mieux sera-t-il de s'y appliquer d'abord pendant l'oraison et dans les allées et venues. Bientôt on tâchera de le faire aussi au lever et au coucher, et pendant les occupations matérielles, quand l'esprit n'a pas d'objet spécial auquel il doive faire attention; ou encore quand on se surprend à rêver à des choses inutiles ou dangereuses, ou quand on veut se recueillir ou retrouver la paix de son âme.
Puis on s'efforcera de les prononcer avant chaque exercice de piété ou même chaque occupation.

Peu à peu, on arrivera à le faire plusieurs fois au cours même de ses occupations, à leurs divisions naturelles, quand on s'arrête pour reprendre haleine.
Avec de la persévérance et de l'amour, on réussira à répéter ces noms, au moins mentalement, très souvent pendant ses occupations, à chaque page qu'on lit, à chaque paragraphe qu'on écrit, à chaque mouvement presque qu'on fait. Pour l'âme qui se sent enfant de Marie à l'exemple de Jésus, ce sera "Maman ! Maman !" à chaque pas, Autant de pas, autant de "Maman !".
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France Vappereau

Oui! Magnifique !

blanche52

Magnifique !