France Fidele

En temps de crise le principal devoir des évêques est de prêcher

Il est surprenant de voir circuler aujourd'hui des thèses qui méconnaissent
profondément la Tradition de l'Église. Certains prétendent qu'en période de crise doctrinale, comme celle du modernisme, un évêque fidèle à la Tradition devrait se borner à administrer les sacrements, faute de juridiction ordinaire. Or une telle conception est étrangère à la pensée des Pères de l'Église. Pour eux, l'évêque est avant tout le gardien de la foi apostolique et le principe d'unité de son Église par la prédication de cette foi. En temps de crise, cette mission ne disparaît pas : elle devient, au contraire, plus urgente encore.

Notons au préalable que les Pères ne parlent pratiquement jamais d'une « juridiction extraordinaire » au sens technique que ce terme prendra plus tard. En revanche, ils affirment plusieurs principes qui ont servi de fondement à la doctrine classique selon laquelle, dans une situation de nécessité, un évêque peut exercer un ministère pour conserver la foi de l'Église.

I. Le principe fondamental : la foi est supérieure aux structures disciplinaires

Saint Athanase d'Alexandrie

Pendant son exil, Saint Athanase continue :
d'ordonner, de prêcher, de confirmer les fidèles, de gouverner des Églises qui ne sont plus matériellement sous son contrôle.

Pourquoi ? Parce que l'arianisme avait occupé les sièges épiscopaux.
Dans son "Histoire des Ariens", il explique que la véritable succession est celle de la foi.
L'idée est claire : lorsqu'une autorité légitime devient infidèle à la foi, la conservation de la foi devient la première loi pastorale.

Saint Hilaire de Poitiers

Dans le Contre Constance : « Ils possèdent les églises, mais ils ont perdu la foi. »
La véritable communion n'est pas simplement territoriale. Elle est doctrinale.

Saint Basile de Césarée

Ses lettres sont particulièrement importantes.

Dans la Lettre 92, il décrit une Église où les pasteurs sont dispersés, les fidèles sont sans défense, les hérétiques occupent les sièges. Il demande alors que d'autres évêques interviennent.
Autrement dit : il y a l'urgence de conserver la foi justifie une intervention dépassant les limites ordinaires.

Dans la Lettre 243, saint Basile écrit que les évêques orthodoxes doivent secourir les Églises persécutées. Il ne raisonne jamais d'abord en termes de territoire. Il raisonne en termes de conservation de la foi.

Saint Jean Chrysostome

Dans son traité Sur le sacerdoce il souligne que le premier devoir du pasteur est d'enseigner correctement. Il écrit que toute l'autorité pastorale existe pour conduire les âmes à la vérité. Le gouvernement est ordonné à la doctrine.

Saint Grégoire le Grand

dans la Règle pastorale rappelle que la première qualité de l'évêque n'est pas d'administrer mais d'être docteur. Avant d'être juge, il est prédicateur.

Saint Augustin d'Hippone

Dans son sermon 46 : « Nous sommes établis évêques afin d'annoncer la parole de Dieu. » Toute la fonction pastorale est subordonnée à cette mission.

Nous remarquons donc que les Pères développent plusieurs principes convergents

1. La succession apostolique est d'abord la succession dans la foi.
Saint Irénée : « Le charisme certain de la vérité. » Ce n'est pas seulement une succession de sièges mais la fidélité à la vérité.

2. L'épiscopat existe pour conserver la foi.
Saint Ignace : "l'évêque rassemble parce qu'il garde la doctrine apostolique".

3. Les hérésies suspendent en quelque sorte l'ordre normal. Saint Athanase, saint Basile, sant Hilaire, agissent bien au-delà de leur propre territoire. Personne ne leur reproche d'annoncer la foi dans d'autres Églises orthodoxes (catholiques).

4. Le salut des âmes est supérieur à l'organisation disciplinaire. Sans employer la formule juridique médiévale "salus animarum suprema lex", les Pères en appliquent déjà le principe : lorsque les structures ordinaires sont gravement compromises, la priorité revient à la conservation de la foi et au salut des fidèles.

Fondement théologique de cette doctrine

La théologie thomiste explicitera ce que les Pères vivent déjà. Pour Saint Thomas d'Aquin : l'épiscopat possède une double dimension : 1) un pouvoir sacramentel reçu à la consécration ; 2) un pouvoir de gouvernement ordinairement déterminé par une mission canonique. la mission de l'évêque demeure essentiellement apostolique :
enseigner,
sanctifier,
gouverner.

Or enseigner vient toujours en premier.

Peut-on parler d' une « juridiction extraordinaire » pour prêcher la Foi dans la pensée des pères de l'église ?


Oui, à condition de préciser qu'il s'agit d'une conclusion théologique plutôt que d'une affirmation explicite des Pères. Les auteurs classiques déduisent cette possibilité à partir des affirmations des pères et de la pratique des grands évêques de l'Antiquité.

L'argument général peut être formulé ainsi :
La mission essentielle des Apôtres est la prédication de l'Évangile (cf. Matthieu 28,19-20 ; Actes des Apôtres 6,4). Les évêques sont les successeurs des Apôtres principalement pour conserver et transmettre cette foi (Saint Irénée, St Ignace, St Cyprien).
En temps de crise doctrinale, les Pères montrent que des évêques catholiques interviennent au-delà des limites ordinaires de leur Église pour préserver la foi (Saint Athanase, saint Basile, saint Hilaire).

Dès lors, si l'exercice ordinaire de la juridiction fait défaut ou est empêché, la mission apostolique de conserver la foi justifie un exercice extraordinaire du ministère épiscopal, ordonné avant tout à la prédication, à la sauvegarde de la doctrine et au salut des âmes, avant même les actes de gouvernement proprement dits.

C'est pourquoi nous ne pouvons en aucun cas adhérer à la conception réductrice de l'épiscopat exprimée par les actuels dirigeants de la FSSPX, notamment par l'abbé Pagliarani à l'occasion de l'annonce des prochains sacres épiscopaux. Ramener la mission de l'évêque à la seule administration des sacrements, au motif qu'il ne posséderait pas de juridiction ordinaire, ne correspond ni à la Tradition de l'Église ni à l'enseignement des Pères. C'est malheureusement cette thèse fausse que les dominicains d'Avrillé viennent de répandre dans le "sel de la terre" n°136 sur les sacres de la FSSPX.

Par sa consécration épiscopale, l'évêque est constitué successeur des Apôtres. À ce titre, sa mission première est de conserver, de prêcher et de défendre la foi apostolique. L'administration des sacrements appartient certes à son ministère, mais elle ne saurait en épuiser la nature. En temps de crise, lorsque la foi est gravement menacée, cette mission doctrinale devient plus nécessaire encore.

Que Dieu nous préserve d'une conception de l'épiscopat qui réduirait le successeur des Apôtres au rôle de simple dispensateur des sacrements, alors que sa première charge est d'être un témoin et un héraut de la vérité révélée.

Abbé Matthieu Salenave
1998
Traditions partage ceci

Mgr Lefebvre et Mgr Williamson n'étaient pas des évêques qui se réduisaient aux sacrement !
Ce qui les a fait connaître c'est leur prédication. C'est l'évidence même.

1554

Nous ne voulons pas d'évêques castrés 😡

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