Lux Æterna

Debout à la messe, un véritable problème ?

Chez les chrétiens des premiers siècles, les chrétiens orientaux catholiques ou orthodoxes, la station debout n'est pas une simple habitude, mais une posture théologique fondamentale. Quand on entre dans une église orientale, on remarque en premier l'absence de bancs car le corps tout entier participe à l'acte de foi.

​Les raisons spirituelles et historiques de cette pratique :

​1)La proclamation de la Résurrection.
​Etre debout est le signe par excellence de la Résurrection. Le Christ s'est relevé du tombeau, et le chrétien se tient droit pour témoigner qu'il est, lui aussi, relevé et sauvé.

​Ce n'est pas seulement une coutume, c'est une loi de l'Église primitive. Le Canon 20 du Concile de Nicée stipule explicitement :
​"Puisque certains s'agenouillent le dimanche et durant les jours de la Pentecôte [le temps pascal], le Saint Concile a décidé [...] que tous adresseront leurs prières à Dieu en restant debout."

​2)L'attitude du serviteur et du veilleur
​Rester debout exprime une vigilance spirituelle active.
​C'est la posture du serviteur qui se tient devant son Maître, prêt à écouter et à obéir à Sa parole (comme lors de la lecture de l'Évangile).
"Veillez et priez" dit l'Évangile. La station debout empêche la torpeur ou la distraction ; elle demande un effort physique léger qui unit le corps à l'effort de l'esprit.

​3)La dignité de l'être humain "redressé"
​L'homme est créé à l'image de Dieu. Il a été racheté pour devenir enfant de Dieu et non son esclave. En se tenant droit, le fidèle affirme sa dignité d'enfant de Dieu et son amitié avec le Créateur. C'est la position de l'orant (debout, les bras ouverts), une figure que l'on retrouve dès les premiers siècles dans les catacombes.

L'utilisation des deux postures.​
​Les Chrétiens primitifs et aujourd'hui encore les chrétiens orientaux utilisent l'agenouillement, mais avec une nuance différente.
​S'agenouiller (ou se prosterner, ce qu'on appelle une métanie) est un acte de repentir et d'humilité face au péché. On le fait beaucoup pendant le Carême.
​Pour l'adoration pure et la célébration de la gloire de Dieu, la station debout est privilégiée car elle est considérée comme plus "royale" et plus respectueuse dans le contexte de la liturgie.

Ce qui est vraiment important.

Dans le contexte de la crise des catholiques occidentaux, la question de la posture à la messe est devenue un enjeu polémique et idéologique stérile faute d'un regard spirituel et profond. Dans le Livre de Samuel nous lisons: « L'homme regarde à l'apparence, mais Dieu regarde au cœur ». C'est le véritable critère pour juger de la valeur d'une prière. En soi les postures debout ou à genoux, sont secondaires par rapport à la vérité de l'intention, à l'orientation du coeur.

La posture peut être un masque, le corps peut facilement simuler une émotion que le cœur ne ressent pas.
​On peut s'agenouiller par habitude sociale, par peur du jugement des autres ou par une forme de complaisance envers sa propre "sainteté". Si le cœur reste orgueilleux ou méprisant envers son prochain, les genoux pliés ne sont qu'une parodie d'humilité.
​Pareillement on peut rester debout par simple confort ou par orgueil de celui qui refuse de s'incliner. Si le cœur n'est pas "debout" (vraiment ressuscité spirituellement et orienté vers la Patrie Céleste), la station debout n'est qu'une attente passive, comme celle d'un passager dans un hall de gare.

En esprit et en vérité
​Le "lieu" de la prière n'est pas seulement l'église, et la "forme" n'est pas seulement le corps. Tout cela aide mais reste extérieur. Dieu veut notre cœur.
​On peut être physiquement debout, en train de courir ou de travailler, tout en ayant un cœur totalement incliné devant la majesté de Dieu. C’est ce cœur-là que Dieu voit.
À l'inverse, on peut être prostré au sol sous le poids d'une culpabilité ou d'une honte qui naît de l'orgueil, alors que Dieu nous appelle à nous "tenir debout" intérieurement dans la confiance de Sa miséricorde, avec un cœur d'enfant qui connaît sa propre faiblesse et ne s'en étonne pas.

La primauté de la Charité dans la Liturgie
​Saint Jean de la Croix disait : "Au soir de cette vie, nous serons jugés sur l'amour." Il ne disait pas que nous serions jugés sur le nombre de génuflexions ou le temps passé debout.
​Si vous restez debout à la messe pour laisser votre place assise à une personne fatiguée, votre station debout a plus de valeur spirituelle que l'agenouillement le plus dévot.
​En conclusion il est possible de dire que ces polémiques actuelles sont stériles et plus idéologiques que vraiment spirituelles. Le Chrétien n'est pas avant tout un ritualiste, il est un pécheur pardonné qui oriente toutes ses énergies vers le Christ, pour s'unir à lui dans les profondeurs de son cœur, afin de pouvoir dire un jour en toute vérité : " Ce n'est plus moi qui vis, mais c'est le Christ qui vit en moi"
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