Ce que Vatican2 a révélé des catholiques d'occident.
D'une Eglise juridique à une Eglise mystique.
Avant le Concile, l'Église se définissait généralement comme une societas perfecta (une société parfaite), une institution visible, hiérarchisée, comparable à un État, avec ses lois et sa structure d'autorité descendante. Le Concile Vatican2, à travers le document majeur du Concile sur l'Église, Lumen Gentium, ne commence pas par parler de la hiérarchie (le Pape et les évêques), mais par le chapitre intitulé "Le Mystère de l'Église".
L'Église n'est plus vue d'abord comme une institution juridique avec ses normes et ses règles mais comme un réceptacle et un canal de la vie divine. Elle est un "sacrement du salut", c'est-à-dire un signe visible d'une réalité invisible et mystique.
Une vision trop juridique de l'Eglise privilégie l'obéissance aux règles. Une vision plus mystique privilégie la rencontre et la participation avec la vie divine que Dieu souhaite nous communiquer.
La crise de l'après-Concile n'est-elle pas une crise due au vide spirituel des catholiques plutôt q'une crise de documents ou de rites?
Il est possible de soutenir que pour la majorité des catholiques, la religion était devenue une "religion de l'institution" ou de "conformisme social" plutôt qu'une "relation vivante et de tous les jours avec la Personne divine de Jésus-Christ, de l’Esprit-Saint, du Père Éternel".
Ceci explique peut-être pourquoi ce manque de vie spirituelle et d'Amour de Dieu a rendu le passage à une Église envisagée sous l'angle "mystique" si douloureux.
La Loi comme substitut à la Présence de Dieu dans la vie ordinaire du Chrétien.
Dans un système juridique, on peut être un "bon catholique" par habitude, par tradition familiale ou par respect des règles, même des règles de prières, sans pour autant entretenir une amitié intime et vivante avec le Christ.
Conséquemment, tant que la structure juridique et institutionnelle était rigide, ce manque de relation personnelle était "caché". On faisait ce qu'il fallait faire, on se conformait extérieurement, d'autant que l'appartenance à l'Église se mêlait à l'appartenance à la société.
Quand Vatican II a déplacé l'accent sur la rencontre personnelle avec Dieu, la réponse libre à l'appel de Dieu, la vie mystique avec le Christ, ceux qui n'avaient pas de racine en Christ, se sont retrouvés devant un vide, ce que nous pouvons tristement constater c'est qu'il s'agissait de la quasi-totalité des catholiques occidentaux. Sans le "règlement", les catholiques se sont retrouvés sans racine, la triple concupiscence et les tentations faciles du monde moderne ont fait le reste.
Le passage du Christ "théorique" à celui de Christ "vivant".
Beaucoup de fidèles connaissaient le catéchisme (des vérités simplement intellectuelles sur Dieu), mais ne connaissaient pas réellement par la vie intérieure le Christ vivant.
Le système pré-conciliaire privilégiait parfois la transmission de concepts théologiques secs alors que la vision mystique du Concile repose sur le dialogue entre Dieu et l'homme. Si le fidèle n'a pas appris à écouter la voix du Christ dans la prière ou dans l'Écriture, l'invitation au "Mystère" n'a aucune résonance dans le cœur chrétien, elle devient abstraite, ennuyeuse et vide de sens, il finit par s'éloigner de la religion. Ou alors il finit par chercher le Christ dans l'action humanitaire ou la psychologie, car il ne sait pas le trouver dans la vie spirituelle intime et pour tout dire dans l'Esprit.
La "Kénose" de l'autorité
Si la relation au Christ est absente, l'autorité de l'Église n'est plus vue comme un service en vue de Dieu, mais comme un pouvoir qui étouffe la liberté des enfants de Dieu et infantilise par le sentiment de sécurité qu'il suppose.
Avant le concile: On obéissait essentiellement par principe d'autorité et conformisme.
Après le concile : L'Eglise a voulu que l'obéissance vienne de l'amour du chrétien pour le Christ et en vue de l'union au Christ. Mais si l'amour du Christ n'est pas là, l'obéissance surnaturelle s'évapore. C'est ce qui explique peut être que tant de prêtres et de religieux aient quitté leur ministère, que tant de fidèles ont apostasié pratiquement, la structure ne suffisait plus à compenser l'absence de ce feu intérieur qui uni le chrétien à son Dieu et rend sa foi vivante.
Le diagnostic des papes postconciliaires semble confirmer cette analyse.
Ce n'est pas un hasard si les papes récents ont recentré tout leur discours sur cette question :
Benoît XVI commençait son encyclique Deus Caritas Est par ces mots célèbres : "À l'origine du fait d'être chrétien, il n'y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne..."
Le Pape François, au delà des controverses qu'il a suscité n'a cessé de dénoncer le "mondanisme spirituel" qui correspond à l’attitude légaliste et conformiste du catholique et exhortait sans cesse à une "rencontre personnelle avec Jésus-Christ".
Conclusion
Le passage du "légaliste" au "mystique" a semble-t-il agit comme un révélateur. Il a montré que pour une partie importante du peuple chrétien occidental, la foi était une appartenance culturelle et un mode d'agir ou un simple moralisme et non une adhésion vivifiante au Seigneur Jésus-Christ. Le trouble n'a au fond peut-être pas tant été causé par le Concile lui-même ou ses applications que par une fragilité spirituelle préexistante chez le catholiques et particulièrement en occident où le bien être matériel a pris l'ascendant sur la vie spirituelle, qui est la véritable raison de notre présence ici-bas et la seule pouvant nous combler dans toutes les dimensions de notre être. On avait bâti une immense cathédrale de règles à suivre mais on avait souvent oublié d'y cultiver la relation vivante avec celui qui en est le centre, car :
"Le christianisme n'est pas une religion du Livre, ni une religion de la Loi, ni une religion de l'ordre social, c'est la religion d'une relation avec une Personne, le Christ Seigneur dans le mystère ineffable de la SainteTrinité"