Status quaestionis
pour Kokx News
Cette interview a été divisée, pour des raisons éditoriales, en deux parties.
La vidéo de la première partie est disponible ici, et celle de la deuxième partie ici.
Le texte de l'interview est également publié sur Kokx News.
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Stephen Kokx — Excellence, nous avons lu son analyse « à chaud » sur les résultats du Consistoire extraordinaire (ici), et je crois que l'on peut dire qu'une fois de plus, elle a saisi le signe : « Ce Consistoire consacre la continuité entre Bergoglio et Prevost sur tous les points litigieux de l'agenda synodal et sur l'irrévocabilité du Concile ». Quel pourrait être, selon vous, le scénario qui s'ouvre devant nous, en tant que Catholiques, après les récentes déclarations de Léon sur le «développement dynamique» de la Doctrine et de la Morale ?
Archevêque Carlo Maria Viganò — Quand nous entendons parler de «développement dynamique», nous ne pouvons pas ne pas penser à la condamnation de la doctrine hétérodoxe de ce qu'on appelle «l'évolution du dogme», selon laquelle l'Église aurait, au fil du temps et grâce au progrès scientifique des disciplines théologiques, une meilleure et différente compréhension de la Révélation. Il s'agit d'une véritable fraude pseudo-scientifique, basée sur l'évolutionnisme et l'historicisme philosophique, vantée par les modernistes depuis l'époque d'Alfred Loisy, par laquelle ils font croire au peuple chrétien que leurs adultérations de la Foi et de la Morale devaient être considérées comme une autre manière d'exprimer un même concept, que pendant deux mille ans le Magistère n'avait pas su expliquer correctement. L'Église catholique aurait donc enseigné des doctrines qui, au cours des siècles, ont été acceptées passivement par un peuple soumis et ignorant, et que seuls Vatican II et sa réforme liturgique auraient mis de côté. Bien sûr, les doctrines que le Concile a éclipsées ou reformulées sont celles qui condamnent ses propres déviances, notamment la « synodalité ». Les modernistes considèrent les dogmes comme des expressions provisoires de l'expérience religieuse qui évoluent et s'adaptent aux circonstances. La « morale situationnelle » d'Amoris Lætitia et de Fiducia Supplicans est une application pratique de cette approche hérétique évolutionniste aux effets dévastateurs, tout comme la liturgie conciliaire est en train de devenir. Il est évident que tout cela répond à une approche théologique anthropocentrique et à une philosophie immanentiste.
Ceux qui s'assoient aujourd’hui sur le trône de Pierre affirment que les sectes acatholiques constitueraient cette « église » fantomatique que Lumen Gentium voit subsister aussi mais pas seulement dans l'Église catholique, faisant écho à Bergoglio qui déclarait toutes les religions comme des chemins de salut voulus par Dieu.
Mais si toutes les religions sont voulues par Dieu, si la vérité est « à multiples facettes » et se décline de différentes et multiples façons dans toutes les confessions chrétiennes et même dans les religions païennes et les superstitions idolâtres, pourquoi - je me demande - la seule religion à être considérée comme inacceptable et censurable dans ce Panthéon œcuménique et inclusif est-elle la religion catholique traditionnelle ? La réponse est à la fois simple et terrible : parce que la Foi Catholique est la seule vraie, la seule contre laquelle Satan déchaîne toutes les autres, qu'il inspire et favorise. La seule que Satan craint, car elle dévoile et combat ses machinations infernales. Astiterunt reges terræ, et principes convenerunt in unum, adversus Dominum, et adversus Christum ejus (Ps 2, 2). Les rois de la terre se sont levés et les princes se sont unis contre le Seigneur et contre son Christ. L'unité œcuménique et maçonnique de Vatican II est fondée sur ce pactum sceleris entre fausses religions, unies contre la seule vraie religion. En renversant les paroles de saint Paul, Veritatem facientes in caritate (Ep 4, 15), dans l'esprit des partisans de la synodalité, l'unité ne peut et ne doit pas se fonder sur la Vérité : car c'est précisément la Vérité qui rend impossible cette unité et a fortiori la Charité envers Dieu et envers le prochain.
Le scénario qui se profile – et qui se trouve déjà sous nos yeux – est profondément inquiétant, mais dans une optique eschatologique, il trouve sa propre raison dans l'apostasie annoncée par le Prophète Daniel et par l'Apocalypse, confirmée vraisemblablement dans la troisième partie du message de la Vierge Marie à Fatima et par Ses paroles à La Salette : « Rome perdra la Foi et deviendra le siège de l'Antichrist ». L'apostasie de la Hiérarchie de l'Église Catholique fait partie de cette crise de l'autorité terrestre comme conséquence nécessaire du rejet de la Royauté de Notre Seigneur Jésus-Christ. Cette autorité exige l'obéissance au nom du chef du Corps Mystique, alors qu'elle s'en sépare avec l'hérésie et la corruption.La Hiérarchie ne pourra guérir le vulnus dont elle est responsable, tant qu'elle ne se convertira pas. D'ici là, elle ne pourra être qu'une autorité tyrannique et autoréférentielle, dépourvue de toute légitimité, car elle abuse de son pouvoir pour le but contraire à celui pour lequel Notre Seigneur l'a instituée.
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SK — Dans de très nombreuses interventions, depuis 2020, elle a mis en évidence le parallélisme entre le mode opératoire de la « deep church » et celui du « deep state ». Les dernières révélations concernant les documents du dossier d'Epstein – désormais déclassifiés et largement rendus publics – montrent que la corruption et le chantage ont été le principal instrument pour obtenir l'obéissance et la collaboration de personnalités occupant des rôles de haut niveau des institutions. Mais ce qui est le plus déconcertant, c'est le niveau d'horreur des enfants et des victimes innocentes. Qu'est-ce qui motive ces gens ?
CMV — Nous ne pouvons pas ne pas voir dans les sévices sur les enfants la même haine antichristique qui a conduit au martyre de Guillaume de Norwich (1144), Hugues de Lincoln (1255), Guillaume d'Oberwesel (1287), Rodolphe de Berne (1294), Andrea Oxner (1462), Simone di Trento (1475), Sebastiano Novello (1480), Lorenzino Guargoforo Sossio (1485), Cristoforo del Val Vmenico, entre 3 et 15 ans, torturés et tués par la même synagogue de Satan qui gouverne le monde aujourd’hui. Tous gâtés pour la même raison : tuer encore une fois, dans la chair de l'innocent, l'Agneau immaculé qui a donné sa vie pour notre Rédemption. La différence entre ces meurtres rituels et ceux qui ressortent des documents déclassifiés est qu'ils pouvaient alors apparaître sporadiques, parce qu'ils étaient commis par une secte restreinte et justement marginalisée par une société fièrement catholique ; alors qu'aujourd’hui – dans le silence omertueux de la presse mainstream et dans l'inertie scandaleuse des magistrats – ils sont commis à grande échelle par la secte elle-même qui a réussi à s'approprier le pouvoir après avoir déchristianisé la société et instauré la Révolution. Une révolution que le Concile a fait sienne, en convertissant progressivement les membres de la Hiérarchie aux principes maçonniques et en choisissant souvent les candidats parmi les émissaires de la Loge.
C'est la matrice de la secte infernale que les documents d'Epstein confirment dans ses plus affreux détails. D'autre part, si les partisans de Vatican II en sont venus à nier la responsabilité des Juifs dans la Crucifixion de Notre Seigneur, il n'est pas étonnant qu'ils aient zèle à effacer la mémoire de ces saints martyrs enfants, en mettant même en doute la réalité historique de leur meurtre au cours de sacrifices rituels.
La Hiérarchie postconciliaire s'est rendue complice d'un plan satanique, sans en comprendre les terrifiantes implications. Mais en dépit de l'évidence de ce coup d'Etat global, elle continue à soutenir et à ratifier l'agenda mondialiste, la farce vaccinale, la fraude du pacte vert, la théorie folle du genre, l'idéologie LGBTQ+ et la substitution ethnique des Nations catholiques, même si elles font toutes partie d'un même projet criminel et subversif que nous savons aujourd’hui avoir soigneusement planifié.
Mais pour que ce putsch puisse avoir lieu, il a fallu répliquer dans le cadre ecclésiastique ce que les « enfants » des familles de la haute finance usuréenne ont fait en infiltrant les gouvernements avec les Young Global Leaders du Forum économique mondial, avec la coopération documentée d'Epstein lui-même et des « philanthropes » ashkénazes bien connus. C'est pourquoi les cinquièmes colonnes au sommet de la Hiérarchie conciliaire ont créé une « ligne dynastique » – pour ainsi dire – qui assurait une « descendance » et donc une continuité idéologique et organisationnelle dans les organismes centraux et périphériques de l'Église. Theodore McCarrick a placé ses protégés Cupich, Tobin, Gregory, Farrell, McElroy – pour n'en citer que quelques-uns – dans des rôles de pointe dans les Conférences épiscopales et dans la Curie romaine. Aujourd'hui, ils agissent de la même manière avec leurs favoris pour perpétuer le pouvoir de ce lobby.
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SK — Que pouvons-nous faire, en tant que catholiques et membres de notre communauté, pour faire face à cette situation de renversement complet de tout principe moral et éthique plus élémentaire ?
CMV — Humainement parlant, l'affrontement qui se profile est très inégal. D'une part il y a le pusillus grex, constitué de ceux qui gardent la Sainte Tradition. Cette partie est restée pratiquement sans Pasteurs, au contraire abandonnée et ostracisée par les mercenaires et les faux pasteurs de l'église synodale, en plus d'être désorganisée et fragmentée. D'autre part, il y a le monde entier, avec ses moyens très puissants d'organisation, financiers et institutionnels, dont est très zélée cette « église » qui se proclame inclusive avec tous sauf avec les Catholiques. Un monde qui commence à proscrire les chrétiens du consortium civil, à criminaliser l'appartenance à l'Église catholique, à considérer les traditionalistes comme des non-personnes. La contribution de l'Église synodale à cette opération de persécution réside à la fois dans la coopération à l'Agenda globaliste et dans l'excommunication de ceux qui, comme moi, dénonçaient - et dénoncent encore - la corruption des Prélats et de ceux qui leur ont donné protection et impunité.
Je voudrais ici attirer l’attention sur un élément important du processus de manipulation mentale qui est opéré sur les masses. Il y a quelques jours, lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, nous avons entendu le président de la Conférence des rabbins européens, M. Pinchas Goldschmidt, parler aux citoyens des nations de notre continent comme de «vieux Européens», qualifiés d’antisémites et d’islamophobes uniquement parce qu’ils ne sont pas prêts à se résigner à un remplacement ethnique désormais irréversible. Ce faisant, l'élite mondialiste crée les bases idéologiques – comme elle l'a fait durant la psychopandémie avec la marginalisation des « no-vax » – pour délégitimer toute voix qui s'oppose à la dictature de la pensée unique. Cette délégitimation entraîne également une privation implicite des droits, le feu vert à l’ostracisme, à la persécution, à la criminalisation. L'élite refuse la citoyenneté à ceux qui y ont droit et l'accorde à l'étranger, auquel elle reconnaît frauduleusement même le droit de vote. Les « vieux Européens » appartiennent à la « vieille Europe », une entité distincte de la « nouvelle Europe » inclusive, multiculturelle, multiethnique, multireligieuse et mondialiste du Nouvel Ordre Mondial. D’un côté, nous avons l’Europe chrétienne de nations souveraines, de l’autre, l’Europe maçonnique, talmudique et synarchique.
Quelque chose de semblable – de manière inquiétante – s'est produit aussi dans le corps ecclésial, non moins infiltré de cinquième colonnes que dans la sphère civile. Dans ce cas, nous n'avons plus de « vieux Européens », mais de « vieux Catholiques » : c'est-à-dire ces fidèles qui s'obstinent encore à se considérer comme membres de l'Église du Christ, et qui ne se résignent pas à y voir admis ceux qui en rejettent sciemment la Foi, la Morale, la Liturgie. La propagande migratoire obsessionnelle de Bergoglio et Prevost, des Cardinaux et des Evêques en soutien à la substitution ethnique opérée par les gouvernements globalistes ne se limite pas au domaine civil : elle trouve son correspondant ecclésial dans la propagande œcuménique. Leur politique open borders a commencé avec Vatican II, qui a ouvert les portes de la Citadelle et abaissé ses ponts-levis au moment même où se préparait l'assaut le plus violent de l'ennemi. Le remplacement religieux opéré par la Hiérarchie conciliaire-synodale n'est pas moins conscient que le remplacement ethnique. Elle se manifeste dans le même mode opératoire : contraindre à l'exil les vrais Catholiques et donner citoyenneté aux hérétiques et aux pervers. Celui qui ne ratifie pas le Novus Ordo – dans toutes ses acceptions – se manifeste comme « vieux catholique », appartenant à la « vieille Église », avec sa « vieille messe » ; et par là, il s'exclut lui-même, il s'autocommunique de la « nouvelle église ». D'un côté, nous avons l'Église Catholique, de l'autre, l’« Église » conciliaire, synodale, œcuménique qui a réussi à s'emparer du pouvoir et n'a aucune intention de le quitter.
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SK — Pourquoi, selon vous, l'Église d'aujourd’hui est-elle si attentive au dialogue œcuménique avec les catholiques et en même temps si intolérante et sévère à l'égard des réalités traditionnelles ? Pourquoi se montre-t-elle si rigide à son égard, mais si inclusive avec les hérétiques, les schismatiques et même avec l'Islam et le Judaïsme ?
CMV — La Hiérarchie de l'Église Catholique – et en premier lieu ceux qui ont pris le contrôle du Vatican en usurpant le Siège de Pierre – n'a plus la voix influente de la Vérité, mais celle pavide du dialogue et du compromis avec le monde. Et cela se produit depuis le Concile Vatican II, qui marque un point de rupture et de discontinuité par rapport à l'Église catholique apostolique romaine de toujours.
La raison pour laquelle l'Église conciliaire reconnaît les autres Églises autrement chrétiennes et les sectes est qu'elle ne se considère plus comme la seule dépositaire de la Vérité révélée. C'est pourquoi il se place à leur niveau avec d'innombrables rencontres œcuméniques (intra) et interreligieuses (extra). La Papauté en sort défigurée et l'Evêque de Rome réduit à un primus inter pares, selon la relecture « en clé synodale et œcuménique » indiquée par le document d'étude L'Evêque de Rome. Primauté et synodalité dans les dialogues œcuméniques et dans les réponses à l'encyclique Ut unum sint. Voici les effets pratiques de subsistit in Lumen Gentium.
Les schistes orthodoxes, les hérétiques protestants, les idolâtres païens et l'Église conciliaire-synodale partagent tous leur hétérogénéité par rapport à l'Église catholique ; et c'est précisément de l'Église catholique apostolique romaine que tous prennent leurs distances avec dédain.
N'oublions pas que, même chez les orthodoxes, il existe des communautés qui ont introduit le diaconat pour les femmes, en faisant siennes les demandes d'égalité des genres auxquelles l'Église concilie depuis longtemps avec des innovations toujours plus audacieuses. Protestants et Anglicans partagent avec l'Église conciliaire-synodale – qui rejette, réinterprète ou efface les Vérités catholiques – erreurs et hérésies ecclésiologiques et doctrinales, et poursuivent ensemble œcuméniquement une fausse unité au prix de l'apostasie de la Foi.
La farce de la décision administrative du Dicastère pour la Doctrine de la Foi m'a infligé l'excommunication en me déclarant en état de schisme avec l'Église bergoglienne pour avoir osé remettre en question ses deux idoles intouchables : Vatican II et la légitimité de Jorge Mario Bergoglio comme Pape. Cela ne me rend évidemment pas schismatique par rapport à l'Église catholique, mais par rapport à l'Église conciliaire-synodale, démontrant ainsi qu'elle est elle-même schismatique de facto de l'Église catholique apostolique romaine, ni plus ni moins que ne le sont les Orthodoxes ou les Protestants.
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SK — C'est précisément ces jours-ci que la Fraternité Saint Pie X a annoncé qu'elle consacrera le 1er juillet prochain de nouveaux évêques sans le placet du Vatican. Que pensez-vous de cette décision ?
CMV — J'apprécie beaucoup la décision d'assurer la Succession apostolique pour garantir la continuité à la Fraternité et conserver le trésor de la Tradition, de la Prêtrise catholique et du Saint Sacrifice de la Messe. Je crois cependant que la Fraternité Saint-Pie X doit encore affronter la phase finale du parcours de conscience qui a conduit son Fondateur, l'Archevêque Marcel Lefebvre, il y a trente-huit ans, à considérer comme « apostate la Rome moderniste ». Il est vrai que l'état de nécessité invoqué pour légitimer les Consacrations épiscopales est justifié par le salut des âmes – salus animarum suprema lex. Cela autorise la Fraternité à procéder à la Consécration de nouveaux Evêques même en l'absence du Mandat Pontifical, qu'un Pape fidèle au Mandat Petrino accorderait certainement. Il faut cependant noter que dans l'éventualité très lointaine que Léon devait permettre à ces Consécrations, la Fraternité se trouverait dans une situation paradoxale, avec deux Evêques « en situation canonique irrégulière » et les nouveaux évêques « en communion avec Rome ». Ce qui engendrerait une fracture au sein même de la Fraternité. Canoniquement, il ne semble pas y avoir d'issue, et ce parce que le problème est de nature théologique et ecclésiologique. Et c'est le Supérieur Général Don Davide Pagliarani lui-même qui reconnaît cette très grave anomalie, objectivement impossible à corriger à un moment où les conditions pour un retour de Rome à la Tradition sont beaucoup plus irréalisables qu'à l'époque de Mons. Lefebvre. On comprend certainement le désir de la Fraternité Saint Pie X de manifester concrètement son union avec le Siège apostolique, cum Petro et sub Petro ; mais l'écart objectif présent ne peut être comblé par voie administrative, ayant comme interlocuteurs des fonctionnaires qui ne professent plus la Foi Catholique et qui se proposent de démolir la Sainte Église.
Je souhaite que la raison pour laquelle le Supérieur général insiste pour avoir une confrontation avec Rome n'ait pas pour objectif principal la régularisation canonique, mais plutôt de la « mettre dans l'angle » – pour ainsi dire – de manière à ce que, d'une part, soit évidente la volonté des membres de la FSSPX de se reconnaître enfants de l'Église catholique et sujets du Pontife romain ; et, d'autre part, « mettre au procès-verbal » l'indisponibilité de l'actuelle Hiérarchie à remettre en question Vatican II et ses dérives très graves, en la montrant pour ce qu'elle est, c'est-à-dire subversive et hérétique.
Le paradoxe du veto romain apparaît dans toute sa contradiction choquante si l'on considère que le Saint-Siège continue à ratifier ex post les Ordinations épiscopales de l'Église patriotique chinoise – notoirement schismatique et avec sa propre hiérarchie parallèle et hostile à Rome. N'oublions pas que l'excommunication pour les Consacrations épiscopales conférées sans Mandat apostolique fut introduite par Pie XII en 1958 précisément pour consacrer l'état de schisme de l'Association patriotique. L'Accord secret sino-vatican conclu par Bergoglio et Parolin désavoue la position que le Saint-Siège avait maintenue jusqu’à Benoît XVI et aligne l'église schismatique chinoise sur les sept autres acatholiques avec lesquelles l'église synodale dialogue à l'amiable, sans que cela ne pose aucun problème.
Nous devons reconnaître que la crise actuelle, précisément en raison de son caractère exceptionnel et de sa gravité, exige d’être traitée – pour ainsi dire – « en dehors des sentiers battus ». Les réponses canoniques sont valables pour des temps relativement normaux, pas pour des situations extraordinaires, je dirais presque eschatologiques. La dérive à laquelle est parvenue l'Église conciliaire-synodale est de nature à faire en sorte que les mêmes personnes détiennent l'autorité sacrée de l'Église et le pouvoir subversif de sa contrefaçon. Il n'est pas possible de présider l'Église catholique dans l'orthodoxie et en même temps l'Église synodale dans l'hérésie, de même qu'il n'est pas possible de servir deux maîtres (Mt 6, 24) ».
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SK — Considère-t-elle fondée et partageable la perspective d'une «pax liturgique» qui a été avancée par certains milieux ecclésiaux ?
CMV — La pax liturgique souhaitée par certains Prélats et intellectuels catholiques constitue à mon avis une très dangereuse tromperie, dans laquelle sont tombés les premiers ses partisans et dans laquelle tomberont aussi ceux qui leur font référence. Le concept d'une coexistence pacifique de deux formes du même Rite est impossible, et le fruit d'une dédogmatisation de la Liturgie à laquelle correspond une déliturgie de la Doctrine. La Messe tridentine est la voix orante de la Foi catholique, selon l'adage Lex orandi lex credendi. Le Novus Ordo est l'expression idéologique des erreurs du Concile avec des omissions et des manipulations très claires, éhontées, pour altérer la Foi catholique et pour acheminer progressivement les fidèles vers la Religion Universelle. Les fidèles qui assistent aux deux rites trouveront peut-être les célébrations dans l'ancien rite plus belles et plus solennelles, mais ils resteront convaincus qu'il est possible de faire coexister deux mondes opposés simplement en accordant la liberté aux deux. Cela est contraire au principe de non-contradiction avant même d'être contraire au Magistère catholique. Comme l'a souligné à juste titre Mgr Marian Eleganti, « un schisme non déclaré impliquant toute l'Église catholique est toléré entre les soi-disant « modernistes » , « adaptés à l'esprit du temps » , « relativistes » et « pluralistes » , « de gauche » , « catholiques réformistes » et les catholiques « conservateurs », « de droite » , « traditionalistes » et « orthodoxes ». Les deux ailes se considèrent comme fidèles et catholiques. C'est le paradoxe par excellence".
Chris Jackson commente : « Ce scandaleux double standard montre que l'Église conciliaire valorise davantage la conformité à son nouveau credo humaniste que la fidélité à la vérité du Christ. Malheureusement, les conservateurs sont persuadés, à tort et à travers, que ce n'est pas Vatican II, mais une mauvaise interprétation de celui-ci qui a provoqué la crise ; que ce n'est pas le Novus Ordo Missæ, mais les abus dans sa célébration qui ont causé l'effondrement de la pratique religieuse.
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SK - Que peuvent faire les prêtres et les fidèles pour résister à cette crise de l'autorité civile et religieuse ?
CMV - Penser qu'il est possible de restaurer de fond en comble les institutions de tout le monde occidental aujourd'hui aux mains de la Synagogue. de Satan est une folle illusion. Notre civilisation est en phase terminale d'un cancer qui la ronge de l'intérieur : la rébellion contre Dieu inspirée et perpétrée par le prince de ce monde et ses sbires.
Je crois que le temps est venu d'envisager sérieusement l'établissement de « communautés intentionnelles » basées sur le modèle de l'option bénédictine de Rod Dreher. « Dans la dévastation et la désolation qui ont suivi la chute de l'Empire romain, dans un monde hostile, les moines bénédictins ont établi de petites communautés dans lesquelles ils ont préservé ce qu'il restait de la foi chrétienne et dans lesquelles ils ont semé la civilisation de demain. Selon Dreher, notre situation est la même ou le deviendra bientôt ». Qu'est-ce qui empêche les catholiques de revitaliser les nombreux villages abandonnés ou dépeuplés, d'unir leurs compétences et leurs ressources pour vivre ensemble selon un mode de vie chrétien et de se donner les moyens d'une indépendance et d'une autosuffisance, y compris économique et alimentaire, qui empêcherait ou du moins limiterait la contamination avec un monde hostile ? Un prêtre français écrit : « Pendant la période des Covides, j'ai célébré des messes clandestines dans des granges. C'était comme au temps de la Révolution. Aujourd'hui, le pouvoir n'est plus au service du peuple ni de Dieu, mais au service du mondialisme. C'est la lutte entre le Christ-Roi et le prince de ce monde, le diable. Il est du devoir de tout homme de prendre le parti du bien et de résister au mal ». Qu'est-ce qui empêche les prêtres d'aider les fidèles dans cette lutte contre le mondialisme, comme certains ont déjà commencé à le faire ?
Il est nécessaire que les catholiques reprennent leur destin en main, en se libérant de la dictature envahissante et mortifère des élites et du pouvoir excessif d'une autorité usurpée. D'autre part, si nous sommes dans un état de nécessité ecclésiale, nous sommes aussi dans un état de nécessité civile. Mais une telle réappropriation n'est possible que si chaque âme vit par la Grâce et dans la Grâce. Et pour cela, l'action sanctifiante des Sacrements et de la Sainte Messe, administrés par des prêtres fidèles à la Tradition, est indispensable. Ce sera la nourriture surnaturelle qui nous donnera la force de manier les armes spirituelles dans la bataille qui fait déjà rage aujourd'hui et qui préfigure la persécution de l'Antéchrist. Car seuls ceux qui vivent par le Christ peuvent combattre le mal présent et mériter ainsi le prix éternel. Mihi enim vivere Christus est, et mori lucrum (Ph 1,21).
9 février 2026