Lux Æterna

Assentiment au Magistère, même non infaillible.

Code de droit canonique, point 752:

"Il faut accorder non pas un assentiment de foi, mais une soumission religieuse de l’intelligence et de la volonté à une doctrine que le Pontife Suprême ou le Collège des Évêques énonce en matière de foi ou de mœurs, lorsqu’ils exercent le magistère authentique, même s’ils n’ont pas l’intention de la proclamer par un acte définitif ; les fidèles veilleront donc à éviter ce qui ne concorde pas avec cette doctrine."

EXPLICATION: Extrait de " Le Magistère Vivant" de Monseigneur Rifan :

Même en dehors du domaine de l’infaillibilité, nous devons suivre le Magistère vivant et les pasteurs placés par Notre Seigneur pour nous guider.

Les situations dans lesquelles le guide vivant n’est pas infaillible, comme c’est le cas du père de famille ou du curé uni à son évêque, ne signifient pas que nous ne devons pas le suivre. C’est seulement dans l’hypothèse d’une opposition frontale à la Loi de Dieu que nous devons lui refuser notre soumission.

La Constitution dogmatique Pastor aeternus du concile Vatican I proclame :

« Ainsi donc, Nous enseignons et déclarons que l’Église romaine, par disposition du Seigneur, possède sur toutes les autres une primauté de pouvoir ordinaire et que ce pouvoir de juridiction du pontife romain, qui est vraiment épiscopal, est immédiat. Les pasteurs de tous rites et de tous rangs ainsi que les fidèles, tant chacun séparément que tous ensemble, sont tenus au devoir de subordination hiérarchique et de vraie obéissance, non seulement dans les questions qui concernent la foi et les moeurs, mais aussi dans celles qui touchent à la discipline et au gouvernement de l‘Église répandue dans le monde entier ; de telle manière que, en gardant l’unité de communion et de profession de foi avec le pontife romain, l’Église est un seul troupeau sous un seul pasteur suprême Jn 10,16. Telle est la doctrine de la vérité catholique, dont personne ne peut s’écarter sans danger pour la foi et le salut. » (DzSch 3060).

Plus récemment, le Catéchisme de l’Église catholique explique :

« Le magistère des pasteurs de l’Église en matière morale s’exerce ordinairement dans la catéchèse et dans la prédication, avec l’aide des oeuvres des théologiens et des auteurs spirituels. Ainsi s’est transmis de génération en génération, sous l’égide et la vigilance des pasteurs, le “dépôt” de la morale chrétienne, composé d’un ensemble caractéristique de règles, de commandements et de vertus procédant de la foi au Christ et vivifiés par la charité. Cette catéchèse a traditionnellement pris pour base, à côté du Credo et du Pater, le Décalogue, qui énonce les principes de la vie morale valables pour tous les hommes ».[27]

Selon la théologie, d’ailleurs :

« Vu que l’enseignement non infaillible de l’Église, même si ce n’est pas de manière absolue, est cependant assisté par le Saint-Esprit, il se tromperait beaucoup, celui qui croirait qu’il nous laisse entièrement libres d’y assentir ou non. Ne pas obliger sous peine d’hérésie est loin d’équivaloir à ne pas obliger du tout, comme l’enseigne le concile Vatican I : “il ne suffit pas d’éviter la perversité de l’hérésie si l’on ne fait aussi très attention à fuir les erreurs qui en sont plus ou moins proches” (DzSch 3045). S. Pie X condamna ceux qui prétendaient exempter de toute faute morale ceux qui ne tenaient pas compte des censures décrétées par les Congrégations romaines (DzSch 3408). Il revient à l’Église non seulement de proposer la vérité révélée, mais encore de montrer ce qui — directement ou indirectement — y mène ou en écarte. Et il ne suffit pas d’accueillir cet enseignement avec un silence respectueux ; une adhésion intellectuelle s’impose (Clément XI, DzSch 2390 ; S. Pie X, DzSch 3407) ».[28]

Écoutons encore Dom Antônio De Castro Mayer:

« Il est certain que le concile Vatican I a défini que le Magistère du Pontife Romain est infaillible dans des conditions déterminées… Cependant, il serait absurde d’en conclure que le pape se trompe toujours quand il ne fait pas usage de sa prérogative d’infaillibilité. Au contraire, nous devons supposer qu’il a raison, vu que normalement il agit avec prudence et n’émet pas son opinion avant de bien peser les choses. Sans parler des grâces spéciales par lesquelles le Saint-Esprit l’assiste. »[29]

Pie XII avait déjà affirmé :

« Il ne faut pas estimer non plus que ce qui est proposé dans les encycliques ne demande pas de soi l’assentiment, les papes n’y exerçant pas le pouvoir suprême de leur Magistère. Cet enseignement est celui du Magistère ordinaire, auquel s’applique aussi la parole : “qui vous écoute, m’écoute” [Lc 10, 16] ».[30]

La Congrégation pour la Doctrine de la Foi rappelait naguère à ce propos :

« La volonté d’acquiescement loyal à cet enseignement du Magistère en matière de soi non irréformable doit être la règle. […]. Dans ce domaine des interventions d’ordre prudentiel, il est arrivé que des documents magistériels ne soient pas exempts de déficiences. Les pasteurs n’ont pas toujours perçu aussitôt tous les aspects ou toute la complexité d’une question. Mais il serait contraire à la vérité de conclure, à partir de certains cas déterminés, que le Magistère de l’Église puisse se tromper habituellement dans ses jugements prudentiels, ou qu’il ne jouisse pas de l’assistance divine dans l’exercice intégral de sa mission ».[31]

Annexe:
Et Pie VI déclarait déjà solennellement :

« 1. La proposition qui affirme : “Dans ces derniers siècles un obscurcissement général a été répandu sur des vérités de grande importance relatives à la religion et qui sont la base de la foi et de la doctrine morale de Jésus Christ” (est) hérétique. » (1ère proposition condamnée dans le synode janséniste de Pistoie).[26]

Notes:

[27] CEC 2033.

[28] R.P. M. Teixeira-Leite Penido, Le Mystère de l’’Église, VII : Le pouvoir du magistère, p. 294 [N.d.T. : traduit à partir du portugais cité par l’’auteur].

[29] Dom Antônio de Castro Mayer, Lettre pastorale sur la préservation de la foi et des bonnes mœurs, V.

[30] Pie XII, Encyclique Humani generis, 12 août 1950, n° 20 [orig. lat. : Acta Apostolicae Sedis (AAS), 1950, p. 568 = DzSch 3885].

[31] Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Donum veritatis, sur la vocation ecclésiale du théologien, 24 mai 1990, n° 24 [orig. lat. : AAS, 1990, p. 1550-1570 ; trad. franç. : DC, 1990, p. 693-701].
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