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CONSIDÉRATIONS SUR LA PASSION Saint Alphonse de Liguori - CHAPITRE Vll SUR LES PRODIGES ARRIVÉS À LA MORT DE JÉSUS-CHRIST

I – Deuil général de la nature – Les ténèbres

Cornelius rapporte que Saint Denis l’Aréopagite, se trouvant à Héliopolis, en Égypte, s’écria un jour, au temps de la Mort de Jésus-Christ : « Ou l’Auteur de la Nature Souffre, ou le Monde se dissout. » D’autres écrivains, tel que Michel Syngelus et Suidas, racontent la même chose autrement ; ils prétendent que le Saint a dit : « Le Dieu inconnu souffre en son corps, c’est pourquoi ces ténèbres couvrent l’univers. »

Eusèbe, d’après Plutarque, dit que dans l’île de Paxis, une voix fit entendre ces mots : « Le grand Pan est mort ! », et qu’on entendit ensuite des cris de gens qui se lamentaient. Selon Eusèbe, le nom de Pan désigne Lucifer qui, par suite de la mort de Jésus-Christ, se trouvait comme mort lui-même, en se voyant dépouillé de l’empire qu’il avait sur les hommes. Barrada, au contraire, pense que c’est Notre-Seigneur qui est ainsi appelé ; car, en grec, le mot Pan signifie Tout, nom qui convient à Jésus-Christ, Fils de Dieu et Vrai Dieu : le Tout, c’est-à-dire Celui en qui se trouvent tous les biens.

Ce que nous lisons dans l’Évangile, c’est que le Jour de la Mort du Sauveur, depuis la sixième heure (midi) jusqu’à la neuvième heure (trois heures), toute la terre fut couverte de ténèbres (Mt 27, 45). Et, au moment où Jésus expira, le Voile du Temple se déchira en deux, et il survint un tremblement de terre universel qui fendit plusieurs rochers (Mt 27, 51).

Quant aux ténèbres, Saint Jérôme observe qu’elles ont été prédites par le prophète Amos, en ces termes : « En ce jour-là, dit le Seigneur, le soleil se couchera en plein midi ; et je couvrirai la terre de ténèbres, lorsqu’elle devrait être pleine de lumière » (Am 8, 9). Commentant ensuite ce texte, le Saint Docteur dit que le soleil semble avoir alors retiré sa lumière, afin que les ennemis de Jésus en fussent privés. Il ajoute que l’astre du jour se voila, comme s’il n’eût osé regarder le Seigneur élevé en Croix. Mais Saint Léon est plus exact en disant que toutes les Créatures voulurent exprimer, à leur manière, la Douleur qu’elles ressentaient de la Mort de leur Créateur. Cette pensée s’accorde avec celle de Tertullien qui, parlant spécialement des ténèbres, dit que le monde, par cet aspect lugubre, a voulu célébrer, en quelque sorte, les Funérailles de notre Divin Rédempteur.

Saint Athanase, Saint Jean Chrysostome et Saint Thomas font remarquer que cette obscurité fut toute prodigieuse, car une éclipse de soleil ne peut avoir lieu qu’à la nouvelle lune, et la lune était alors dans son plein. De plus, le soleil étant beaucoup plus grand que la lune, celle-ci ne peut en intercepter complètement la lumière ; or, l’Évangile atteste que les ténèbres furent répandues par toute la terre. Enfin, l’éclipse du soleil eût-elle été totale, l’obscurité n’aurait pu se prolonger au-delà de quelques minutes, vu la rapidité du mouvement des corps célestes ; et il est constaté par l’Évangile qu’elle dura trois heures.

Tertullien cite cet événement dans son Apologétique, en s’adressant aux Gentils ; il leur dit qu’ils trouvent consigné dans leurs propres archives ce grand miracles de l’obscurcissement du soleil, arrivé au moment de la Mort de Jésus-Christ. Eusèbe confirme le fait dans sa Chronique par un passage de Phlégon, affranchi d’Adrien et auteur contemporain, qui parle d’une obscurité sans exemple arrivée à cette époque, par la disparition du soleil en plein midi, au point qu’on voyait les étoiles.
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