Marie Mariéthoz
Gethsémani. Réflexions sur le Mouvement Théologique Contemporain. (Extraits) (1981) Cardinal Giuseppe Siri.

Gethsémani, c'est la Porte du sanctuaire par où l'histoire retrouve son vrai visage et son vrai ordre, dans l'entendement et la conscience de l'homme libéré. C'est le sanctuaire où s'est accomplie spirituellement, dans la solitude, l'offrande suprême, pour que l'homme chaque fois unique et toute la race des hommes puissent retrouver l'ordre éternel de leur création et ainsi avoir la possibilité d'entrer par grâce dans la joie de la contemplation directe du Créateur.

C'est seulement dans l'enceinte de Gethsémani que la théologie peut être dépouillée de toute vaine dilection intellectuelle, de toute lettre morte et de tout schéma de pensée figé, de toute sécheresse du cœur, de toute illusion d'autonomie et de toute torpeur d'activité fébrile naturaliste. C'est seulement là que l'entendement et la volonté sont libérés par la vérité selon la parole du Christ (Jean, 8,32.), parce que c'est là que le Rédempteur a vécu dans son intimité humaine, avec tout son amour divin, la Croix de l'histoire des hommes. Et c'est dans le secret de l'agonie de Jésus de Nazareth, qu'on peut entrevoir la signification de l'homme dans le mystère de l'histoire des hommes.

Dans le mystère de Gethsémani se dévoilent les deux plus grands, plus poignants et plus doux mystères : l'Incarnation de Dieu en homme parfait en Marie, et l'engendrement de l'Église, sainte dans la relativité de l'homme temporel. Il y a eu beaucoup de Saints dans le peuple d'Israël, beaucoup de Prophètes. Il y a eu beaucoup d'âmes qui avaient souffert pour leur peuple et qui savaient aimer Dieu jusqu'au sacrifice total. Il y a eu beaucoup d'âmes fortes et grandes et qui avaient pénétré par la grâce de Dieu les secrets de la Nature, plus que les hommes de science des générations futures. Mais l'homme de l'agonie nocturne sur le mont des oliviers était l'Être d'une autre économie ; il correspondait à une autre nécessité, à une autre attente de la création. Et c'est à cause de cela que cette agonie non seulement concerne tout homme, mais est liée ontologiquement à tout homme. L'homme n'est pas lié à l'agonie du Christ seulement par l'imagination et la compassion envers quelqu'un qui souffre injustement. L'homme y est lié parce qu'il a été le sujet de l'offrande solitaire dans le jardin de Gethsémani, qui n'était pas un acte moral, mais une action d'être
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Le "Fiat" de la Vierge Marie a eu comme conséquence immédiate un événement dans la nature de l' être humain, un événement ontologiquement nouveau. Les paroles par lesquelles le Christ s'abandonne totalement à la volonté du Père constituent le second "Fiat" de l'économie du salut de l'homme. Le "Fiat" de Gethsémani fut l'accomplissement, dans une étape nouvelle, du premier "Fiat" de l'être humain Marie. Le second "Fiat", prononcé et accompli par l'Être engendré par Dieu dans la nature humaine, a eu comme conséquence l'union de Dieu avec les existences de tous les hommes, c'est-à-dire avec l'existence de tous les êtres constituant l'Histoire des hommes.

Quelle pourrait être la finalité de toute la souffrance de la Croix acceptée d'avance ? Une telle offrande n'est pas concevable sans réaliser, si faiblement soit-il, le pourquoi de cette offrande. Et apparaît alors dans toute sa lumineuse simplicité, l'essence de la mystérieuse agonie du Christ. "Mon Père, s'il est possible, que passe loin de moi ce calice ! Cependant non comme je le veux moi, mais comme vous le voulez" (Matthieu, 26, 39.). Quand Jésus a prononcé ce "si possible", demandait-il d'être libéré de la charge du salut des âmes ? Quand son esprit a lancé cet appel, avait-il soudain préféré, ne serait-ce que pour quelque moment, se détacher de sa mission et puis vivre, vieillir et s'éteindre un jour, selon le sort de tout homme ? Ce sont là des pensées qui s'évanouissent comme des fictions vaines de l'orgueil de l'homme ; elles s'évanouissent quand notre entendement et notre cœur pénètrent humblement et avec abandon dans l'enceinte de Gethsémani. Ici, les catégories selon lesquelles nous percevons et nous jugeons s'estompent, ou plutôt sont transformées, prenant une autre teneur et une autre ampleur. Et c'est ainsi que tant l'entendement que le cœur, dans une harmonie de paix, reçoivent le mystère de l'Être qui priait étendu sur la terre pour le salut des hommes. Car l'appel du "si possible" ne signifiait pas la lassitude et que le Christ préférât qu'un autre se charge du salut des hommes. Le Christ ne priait pas seulement pour lui ; il priait au nom de tous les hommes, auxquels il s'était lié par son offrande : "comme vous voulez". Le Christ, Personne unique d'essence divine, vivait intérieurement en tant que Rédempteur des hommes et dans sa pleine humanité la souffrance, acceptant dans un amour inconcevable la Passion et la Mort engendrées par la méchanceté et le péché. Alors l'âme, avec tout son potentiel d'intelligence et d'amour, pénètre dans le mystère de l'Incarnation et de l'agonie de Gethsémani et comprend que la Rédemption de l'homme n'est pas l'œuvre d'un enseignement nouveau, ni l'exemple d'une grande perfection inconnue jusqu'alors. L'homme comprend que sa rédemption n'est pas un simple renouveau moral ; elle est tout d'abord un acte touchant le principe de l'être de l'homme, un acte renouvelant fondamentalement la loi de génération de l'homme. Si un homme n'avait pas été engendré par la Parole du Créateur, la Rédemption se réduirait encore à un espoir de renouvellement moral que les Prophètes et les Saints d'Israël enseignaient et montraient par les exemples qu'ils avaient accomplis et auraient pu accomplir toujours.

Mais l'acte initial de la génération nouvelle, par l'intervention divine de Dieu, n'aurait pas été accompli ; et l'intervention ontologique divine dans la race d'Adam ne serait pas accomplie. Or, l'Être qui priait étendu sur la terre dans le jardin de Gethsémani était exactement cette pénétration ontologique de Dieu dans la race d'Adam. Dieu a suscité un être par son propre Verbe devenu ainsi homme, ayant pris "forme" d'homme dans l'organisme naturel humain. L'homme, malgré toutes ses investigations et ses enquêtes, ne peut pénétrer par ses propres moyens le secret de la différence de niveau des peuples, tant dans le passé que dans le présent. Rarement on arrive à distinguer, de loin, dans la profondeur du présent, la vraie image initiale de l'homme et de l'humanité, parce que nous avons perdu la fraîcheur et l'étonnement joyeux et continu de la contemplation active et toujours nouvelle de l'infinie Réalité de Dieu Créateur. Cette perte nous empêche de percevoir toujours la grâce et le miracle continus de l'existence de toute chose ; et elle nous empêche de percevoir le "naturel simple" des œuvres qui dépassent notre Propre expérience, des grandes œuvres miraculeuses de notre Dieu Créateur. L'homme ne peut jamais toucher, par ses investigations et ses inventions, le commencement des choses et des êtres. C'est pourquoi nous avons des difficultés à concevoir le mystérieux acte d'amour et d'harmonie qui s'est accompli avec le premier "Fiat" de la Vierge Marie.




Pourtant, c'est cet acte qui a permis à l'Être qui priait le visage couvert de sueur de sang de s'unir ontologiquement à l'existence de chaque homme, dans le désordre anarchique et douloureux de l'Histoire. Et c'est cette union qui donne la possibilité à l'homme de devenir un être nouveau et de connaître que se lève en lui une seconde volonté, qui est en lutte avec la première volonté de sa nature en désordre ; le désordre du péché. C'est cette union particulière qui fut accomplie par le "Fiat" de Gethsémani : "Non comme moi, mais comme vous voulez". Car c'est cette union qui était le sujet de la prière de l'agonie et du "Fiat" ; et ce fut la cause de la Croix qui devait suivre.

L'agonie de Gethsémani, dans son mystère ontologique, n'aurait pas été possible, si l'Être de l'agonie n'avait pas été l'Être de l'Incarnation. L'agonie du Christ exprime la souffrance dans l'esprit et le cœur, par conséquent dans toute la nature humaine, souffrance qui appartient à cet unique Fiat d'amour indicible : s'unir à l'existence de tous les êtres humains de l'Histoire. L'unique Personne qui a depuis toujours la connaissance objective de toute chose est Celui qui a été conçu à Nazareth, et Celui qui a été conçu à Nazareth est Dieu. Seul, Celui qui, à Gethsémani, s'est lié à l'existence de tout homme, ayant accepté par amour de souffrir, dans son être unique, la douleur de tous les siècles, connaît avec objectivité absolue ce que nous appelons Histoire. C'est Celui qui, à la suite de la souffrance intérieure et universelle à Gethsémani, a souffert les douleurs physiques et morales du martyre et de la mort sur la Croix ; Celui qui, homme et Dieu pour l'éternité, a résolu dans son être pour tous les hommes le mystère d'iniquité, par sa Résurrection. L'homme désire l'objectivité, comme il désire la vie éternelle. Seul le Maître de la vie éternelle peut donner l'objectivité à l'homme. L'homme ne peut avancer en connaissance objective qu'en s'unissant toujours plus au Maître de l'Histoire, qui pour lui a dit le "Fiat" de Gethsémani. Lorsque l'homme reçoit cette vérité, toutes les lois, normes et catégories de la raison humaine se régénèrent et se libèrent de plus en plus des entraves des œuvres mortes et des paroles mortes. Dans la mesure où l'homme soumet Dieu et les œuvres de Dieu à son désir d'autonomie souvent très subtil mais impétueux, les vraies lois de la raison humaine s'estompent et les catégories se pétrifient.

Seul le sujet absolument libre peut être absolument objectif. C'est pourquoi l'homme, seulement dans la mesure où il reçoit intimement avec amour la Révélation du Sujet absolu, peut obtenir l'objectivité dans sa vision des êtres et des choses. L'objectivité du savoir de l'homme, c'est-à-dire le degré de vraie connaissance dépend de son union ontologiquement spirituelle avec Celui qui possède toute la réalité objective, parce qu'Il est Lui-même la Vérité éternelle incarnée pour l'éternité. Cette vérité fondamentale exclut de la marche de l'homme vers la connaissance toute théorie pluraliste. L'homme n'est pas perdu, de nuit, dans la forêt sans savoir où aller, et il n'est pas non plus "une succession de moments". C'est un être doué de mémoire, ce qui le situe à la fois et dans le temps et en dehors du temps. Car par le don de la mémoire il dépasse le temps, et la "succession des moments" ; s'enrichissant indéfiniment et se développant continuellement, tout le long de l'existence, l'Homme demeure cependant immuable comme être et comme potentiel d'enrichissement et d'élargissement à l'infini. Le Christ suit toute la marche de l'Humanité et Il est le même hier et aujourd'hui et dans l'éternité.

Écartant la Révélation pour réfléchir sur Dieu et le monde, nous appuyant, par désir subtil d'autonomie, uniquement sur nos propres moyens d'investigation, nous perdons toute possibilité d'objectivité et nous entrons dans la "nuit existentielle". Car c'est une nuit profonde pour l'esprit, lorsque l'Homme, toutes les facultés d'entendement et d'action de l'Homme sont fixées sur les "moments" qui passent, sur l' "être-ici" ou l' "être-là". Ce regard existentiel, c'est-à-dire le fait de voir toutes les choses sans se référer continuellement à notre réalité la plus profonde, par-dessus tout jeu de langage des mots externes, élimine dans notre démarche notre propre réalité de conscience et de mémoire. Et il n'est pas possible de se reconnaître ni d'être véridique, parce que le refus du Maître de l'objectivité est refus ontologique de la vérité. La relativité des moments qui passent ne peut atteindre l'être qui connaît et qui aime. Mais quand l' être se laisse prendre par la relativité, il entre dans le tourbillon du discours existentiel, ce qui fait que l'Homme n'a pas une vraie image de son existence ni de la notion de l'existence. Le discours peut être indéfini ; la création des mots et des expressions, sans fin ; c'est le triste jeu d'une fausse philosophie qui refuse de se soumettre en toutes choses au Maître de l'Histoire, qui est la Vérité incarnée, qui est l'ordre éternel de tout le multiple de l'univers et de l'Histoire.

Lorsque, dans notre esprit et dans notre cœur, se dévoilent le mystère de Gethsémani et son rapport avec le "Fiat" de l'Annonciation, tout un langage devient caduc, car on s'aperçoit que l'Histoire ne peut livrer aucun secret ni à propos des lois qui la régissent, ni à propos des fins dernières de l'homme. Elle ne le peut pas, parce qu'elle n'a elle-même ni connaissance ni conscience. La seule chose qu'elle peut enseigner, c'est que le Maître de l'Histoire a dit le "Fiat" de la souffrance et de l'union avec l'existence de tous les hommes, pour délivrer chaque homme, chaque fois unique, de la mort et le faire entrer dans une autre réalité de vie éternelle. Se référer chaque fois à l'Histoire, pour éviter de se référer au Maître de l'Histoire, c'est vouloir parler à la polyphonie, sans s'adresser ni à celui qui a composé la musique ni à ceux qui la chantent. Seul le Créateur des lois et des buts peut connaître la réalité des fins dernières de toute chose, le Créateur et ceux à qui Il le révèle et qui accueillent avec humilité et amour sa Révélation
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Aucun homme ne peut être sauvé par la rédemption de la société. C'est la Rédemption de chaque personne qui peut créer un ensemble de personnes sauvées. C'est par amour pour chaque personne d'Israël, pour chaque Israélite, que Siméon a eu la joie de recevoir dans ses mains le Rédempteur. Il avait reçu le message divin, selon lequel il devait voir le Rédempteur avant de mourir. Et quand il L'a vu, il a eu de la joie pour la rédemption non pas d'une entité abstraite, mais pour tous ceux qui seraient sauvés, et non pas par désir d'un état fort et florissant dans l'Histoire, et c'est pourquoi il a dit : "Nunc dimittis servum tuum, Domine". Il se réjouissait pour la Lumière de tous les hommes qu'était le Christ et pour la Gloire d'Israël. Cette Gloire était le Christ, qui appelait chaque Israélite au salut. Car Israël n'était pas une idée ; c'était un ensemble, dont chaque membre était appelé à la rédemption. Le jeune homme, le très cher jeune homme pourra, dans le mystère du "Fiat" de Gethsémani, trouver la voie de la connaissance du mystère de l'Homme dans l'Histoire, voie cachée mais pleine de lumière. Et il verra s'éclairer devant lui l'énigme de l'Église, et il connaîtra une profonde joie, la joie dont le Christ a dit que personne ne peut l'ôter. Et il aura de grandes certitudes sur les réalités naturelles et surnaturelles. Et il aura une grande paix, la paix de vérité, que seul le Christ donne. Il comprendra de tout son être que le mystère de l'Incarnation de Dieu dans notre pauvre petite chair contient tout le secret de l'origine de l'Homme, de la douleur de la terre et des vraies fins dernières. Il comprendra que seul le Maître de l'objectivité, par l'accueil de son identité divine et humaine, peut nous instruire sur le sens du temps et de l'éternité, et sur la vanité de croire qu'on peut altérer la notion d'éternité et d'espérance en l'éternité, en invitant les hommes, au nom de Dieu, à "découvrir le temps".

Il comprendra pourquoi le Christ a refusé d'être arbitre du partage des champs de deux frères, et pourquoi, dans tout son enseignement, Il présente devant les yeux des hommes de toute condition la même voie pour entrer dans la vie éternelle. Il comprendra dans la plus profonde intimité de son être, que tout ce qui évolue, avant tout changement et après tout changement : est, et que tout ce qui change, tout enrichissement ou appauvrissement ne détruit ni n'altère cette réalité de l'être qui s'enrichit ou qui s'appauvrit. Et dans l'impalpable et intemporelle réalité de l'être de l'homme il y a une immensité : la conscience et la mémoire. Qui renie cette immensité se renie et entre dans l'impasse anarchique et existentielle, où il ne peut pas rencontrer réellement le Maître de toute objectivité. C'est une folle course derrière le mirage de "l'être-là" ou "l'être-ici", le mirage de pouvoir établir un langage et fonder une science de l'homme sur le mouvant, et non pas sur ce qui est, qui se souvient et qui a conscience d'être, et qui est porté à adorer ; et être porté signifie qu'on se meut, et l'adoration signifie une stabilité qui embrasse et harmonise tout ce qui se meut et tout mouvement.


Il comprendra que considérer l'Histoire en dehors du "Fiat" du Verbe incarné, de l'Homme-Dieu à Gethsémani est une vaine fiction, qui peut mener à la création de vrais mythes de philosophie de l'Histoire, ou même de théologie de l'Histoire. On ne peut pas arracher, à force d'informations et de comparaisons, le secret de la vie à l'ensemble des hommes. Toutes les expériences de toutes les sciences humaines et naturelles, toutes les prophéties sur l'avenir des peuples et sur l'avenir de l'Église concernent, consciemment ou non, la vie à l'intérieur d'un siècle au maximum, de cet homme qui a une âme immortelle. Il comprendra que l'Église, de par son origine et son essence intime, depuis le commencement, a eu et aura jusqu'à la fin du monde la préoccupation fervente du bien de tous les hommes. Ce bien comporte toute chose qui adoucit le cœur et maintient la vie physique jusqu'à la fin où l'homme quitte l'histoire pour l'éternité. Il comprendra que c'est une fiction vaine ou perverse d'opposer l'identité et la mission de l'Église au bien réel, naturel et social des hommes ; c'est une fiction vaine d'altérer sa mission et de l'adapter aux perspectives temporelles, qui sont toujours temporaires.

Il comprendra que l'avenir de l'humanité ne peut être la libération de l'homme dans son siècle qu'à la mesure où cet homme aura pensé et œuvré, pour que les innombrables hommes qui peupleront le temps en fuite puissent sortir de l'Histoire à la fin de leur vie vers la lumière éternelle. Il comprendra que c'est une vaine fiction, inconsciente ou perverse, de mettre en opposition, dans la conscience des baptisés, personne et groupe, être humain et communauté, âme appelée à la vie éternelle et humanité. L' "Apocalypse", parlant et prophétisant à propos de l'avenir de l'Église et de l'humanité, parle de la foi et du salut de chaque homme. La Jérusalem nouvelle qui descend du Ciel ne peut signifier -dans toute interprétation de l'image- qu'un ensemble ordonné, où chaque être humain adore et jouit de l'immense mystère du Seigneur. "Venez, Seigneur Jésus". Oui, venez pour faire entrer tous les hommes si possible dans la vie éternelle de votre Royaume. Il comprendra que toutes les trahisons connues ou inconnues de peu ou de beaucoup de membres de l'Église, la petitesse d'âme, l'étroitesse d'esprit, la cruauté et toute infidélité, que l'Église a pu avoir et vivre dans son sein, ne sont que la correspondance de la sueur de sang à Gethsémani et des plaies et du sang de la Croix.

C'est pourquoi il faut penser au saint Être de l'Homme-Dieu. On ne peut ni changer ni abandonner le Seigneur à cause de ses plaies. Il comprendra que l'Église, malgré ses plaies, porte non seulement dans sa bouche, mais dans
son cœur la Vérité et la Vie, parce que son cœur est celui du Christ. Il comprendra que toute la création, tout ce qui est, est un signe d'une réalité immuable, et l'Homme peut lire et reconnaître indéfiniment cet immuable. L'Homme peut, au sein de toute situation, situation calme, ou explosive comme de nos jours, apprendre à lire ce langage qu'est le créé. Il le peut, parce que sa propre parole, malgré toute sa relativité, a son origine, comme l'Homme lui-même, dans le Verbe éternel de Dieu. Il comprendra alors pourquoi, dans la race des hommes, il y a un être privilégié. C'est l'être qui a dit le premier "Fiat" dans l'Histoire du salut, Marie ; et pourquoi il ne s'agit pas d'une littérature composée par une pieuse sentimentalité, lorsque l'Église appelle la Vierge Marie, Mère de Dieu. Il comprendra qu'aucune urgence, aucun danger personnel ou général, aucune hostilité envers le Verbe incarné et la Mère du Verbe incarné, ne doivent altérer, dans l'esprit et le cœur, la base réelle de la sainte théologie et de l'unique finalité historique : c'est-à-dire l'Incarnation du Verbe, du Christ Jésus en la Sainte Vierge Marie.



Il comprendra que l'unique voie pour servir la vérité est de faire naître ou renaître dans les hommes l'espérance vraie apportée par la Personne et la Parole du Christ.

Et il se souviendra que le Seigneur a dit selon l'Évangile de saint Jean : "Dans le monde vous aurez de l'affliction, mais ayez courage, moi, j'ai vaincu le monde" ; et dans l' "Apocalypse" : "Montre-toi fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie".

Cardinal Joseph Siri
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