Esprit Du R.p. Avrillon Pour Passer Saintement LE QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME.
PRATIQUE
A votre réveil, remerciez la divine Providence de tous les secours que vous en avez reçus depuis que vous êtes au monde : demandez-lui humblement qu'elle les continue et les augmente. Faites dans la journée de fréquents retours vers elle par des actes de foi, de confiance et d'abandon. Entrez, avec un esprit de foi, dans ses adorables desseins sur vous, et persuadez-vous qu'elle ordonne tout ce qui vous arrive pour votre bien et pour votre salut.
MÉDITATION
Jésus voulut aller au-delà du lac de Tibériade, et il fut suivi, d'une grande multitude, attirée par les guérisons miraculeuses qu'il faisait. (Luc,6)
1er POINT. Joignez-vous en esprit au peuple qui suit Jésus-Christ, et qui ne s'embarrasse point où il pourra trouver de quoi boire et manger. Abandonnez-vous comme lui à sa divine Providence; et si votre abandon est parfait, Jésus-Christ fera plutôt un miracle que de vous laisser manquer du nécessaire. L'infidélité contre la divine Providence est dans l'esprit, quand on ne la craint pas, quand on ne la respecte pas; elle est dans le cœur, quand on n'y adhère pas, quand on ne l'aime pas et quand on se révolte secrètement contre elle; dans les actions, quand on agit comme s'il n'y avait point de Providence. Toutes les créatures, dit saint Augustin, sont des prédicateurs muets de la Providence, et nous en portons les preuves sensibles dans nous-mêmes. Réfléchissons seulement à la conduite de Dieu à notre égard, et nous en conviendrons. Les périls que nous avons évités, les secours certains qui ne nous ont jamais manqué dans nos plus pressants besoins, les ressources que nous avons trouvées dans nos misères spirituelles et temporelles, en sont des preuves.
Jésus leva les yeux sur le peuple qui le suivait, et il dit à Philippe : Où achèterons-nous du pain pour nourrir tout ce monde ?
2o POINT. Adorez, aimez la divine Providence, qui éclate aujourd'hui dans les sollicitudes du cœur de Jésus-Christ, et dans les miracles de ses mains, qui en sont les dispensatrices. Ses yeux adorables, qu'il lève sur ce peuple, étaient les fidèles interprètes de son cœur: il est touché, et la sollicitude d'un Dieu si bon et si puissant nous doit dispenser d'en avoir d'excessives. Il demande, il s'informe tendrement, quoiqu'il sût bien qu'il n'avait qu'à fouiller dans les trésors de sa Providence pour trouver de quoi rassasier ce peuple. Enfin il fait un miracle éclatant; et avec cinq pains d'orge et deux poissons il nourrit abondamment deux mille hommes: voir nos misères, les sentir et nous secourir, c'est la même chose pour lui. Quelle consolation pour nous de pouvoir sûrement, dans nos besoins et dans nos peines, nous jeter avec confiance entre les bras de la divine Providence, et d'être sûrs de n'être jamais repoussés ni délaissés!
Que craignez-vous? Cette Providence si secourable a-t-elle abandonné aucun de ceux qui l'ont implorée avec confiance? A-t-elle abandonné les trois enfants dans la fournaise de Babylone? A-t-elle abandonné le jeune Moïse exposé sur les eaux? Joseph dans sa prison? Job sur son fumier, et Daniel dans la fosse aux lions?
SENTIMENS
Divine Providence, puissante dispensatrice de tous les biens, je vous adore, je vous aime, je mets en vous toute ma confiance: je vous rends mille actions de grâces de vos bienfaits, et je vous demande pardon de mes ingratitudes, de mes défiances et de mes alarmes sur l'avenir. Abaissez vos yeux, Seigneur, sur mes misères, ouvrez-moi les entrailles de votre miséricorde, nourrissez-moi de ce pain céleste de votre divine parole, et rendez-moi digne de me nourrir souvent de ce pain substantiel de votre corps et de votre sang, qui me conduira au céleste séjour que vous avez promis à ceux qui vous aiment.
SENTENCES
Peuples de la terre, confiez-vous au Seigneur, espérez en lui, répandez vos cœurs en sa présence, parce qu'il est notre protecteur éternel (Psalm. 6).
La divine Providence ne consulte pas même les désirs des justes, quand il leur en échappe pour les biens temporels, parce qu'elle leur prépare des biens beaucoup plus précieux dans l'éternité (D. Hier. Epist.)
RÉFLEXIONS
Préférence de Barrabas.
Pilate, désirant sauver Jésus, le mit en parallèle avec Barrabas, le plus méchant des hommes, à la mort duquel tout le peuple devait s'intéresser. Quelle odieuse comparaison, ô mon Sauveur! Ah! que le prophète avait raison de dire que les enfants des hommes sont faux et menteurs dans leurs jugements! Voyons lequel des deux l'emportera du criminel ou de l'innocent, de l'homicide ou du Sauveur. O mon Dieu! les cris du peuple décident contre vous; votre sang sera répandu, vous mourrez. Quelle humiliation! Quelle ignominie pour un Dieu de Majesté d'être ainsi l'opprobre des hommes, l'objet du mépris et de la fureur de toute une populace insolente; d'être mis au-dessous du plus corrompu et du plus scélérat de tous les hommes, et d'être destiné à une mort honteuse et cruelle.
PRIÈRE
Ecoutez nos prières, ô Dieu de miséricorde! et ne méprisez pas les larmes de douleur que nous répandons sur nos péchés et sur nos misères. Nous. adorons votre divine Providence dans nos peines, puisqu'elle ne nous les a envoyées que pour nous exempter des supplices de l'autre vie. Seigneur, adoucissez-les par la consolation et par l'onction de votre grâce et de votre amour. Nous renonçons à toute autre consolation sensible, heureux si vous êtes avec nous dans nos peines et dans nos tribulations! Nous vous en prions par les mérites de Jésus-Christ votre fils, notre Seigneur.