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Tradition "vivante" ou tradition vivifiante ?

Depuis 1988, qui a changé : Rome ou la FSSPX ?
Robert Morrison 05 février 2026 The Remnant

D’ici à la consécration des évêques pour la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX), divers événements dignes d’intérêt surviendront, ainsi que de nombreuses spéculations quant à d’éventuels développements, dont une grande partie s’avérera erronée. Aussi intéressant que cela puisse paraître, nous pouvons d’ores et déjà réfléchir sur un point à la fois extrêmement révélateur et certain : l’évolution des positions religieuses de Rome et de la FSSPX depuis la consécration, le 30 juin 1988, de quatre évêques par Mgr Marce l Lefebvre, sans l’approbation de Rome.

Quelques jours après les consécrations, Jean-Paul II publia sa lettre apostolique sous forme de motu proprio « Ecclesia Dei » [02 juillet 1988] dans laquelle il citait la Constitution dogmatique sur la Révélation divine, Dei Verbum, du concile Vatican II, pour condamner les consécrations « schismatiques » [§4] :
« À la racine de cet acte schismatique, on trouve une notion incomplète et contradictoire de la Tradition. Incomplète parce qu'elle ne tient pas suffisamment compte du caractère vivant de la Tradition qui, comme l'a enseigné clairement le Concile Vatican II, «tire son origine des apôtres, se poursuit dans l'Eglise sous l'assistance de l'Esprit Saint: en effet, la perception des choses aussi bien que des paroles transmises s'accroît, soit par la contemplation et l'étude des croyants qui les méditent en leur cœur, soit par l'intelligence intérieure qu'ils éprouvent des choses spirituelles, soit par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de vérité »
Selon Jean-Paul II, la racine de l’acte schismatique est le refus de prendre en compte le caractère vivant de la Tradition. L’analyse qui suit se rattache à ce désaccord fondamental entre Jean-Paul II et Mgr Lefebvre, désaccord d’une importance capitale pour tous les catholiques.

Positions de la FSSPX
Si la position religieuse de la FSSPX a évolué depuis 1988, il semblerait que cela se limite à une plus grande volonté d'engager le dialogue avec Rome en vue de trouver une solution à la situation irrégulière actuelle. Aussi intéressante que soit cette question pour les disciples de Mgr Lefebvre opposés à tout dialogue avec Rome, elle n'a aucun lien réel avec notre propos. En ce qui concerne les convictions religieuses proprement dites – et non la question de la gestion de la crise à Rome – la FSSPX est restée inchangée.
La manière la plus claire de le confirmer est de se référer au message du 21 novembre 2024 du Supérieur général de la FSSPX, l’abbé Davide Pagliarani, commémorant le cinquantième anniversaire de la célèbre Déclaration de Mgr Lefebvre de 1974 :
« Il y a cinquante ans, Mgr Marcel Lefebvre publiait une déclaration mémorable qui allait devenir la charte de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Véritable profession de foi aux résonances éternelles, cette déclaration exprime l’essence de la Fraternité, sa raison d’être, son identité doctrinale et morale, et par conséquent sa ligne de conduite. Aussi la Fraternité ne pourrait-elle s’écarter d’un iota de son contenu et de son esprit qui, cinquante ans plus tard, demeurent parfaitement appropriés à l’heure présente. »
Ceci découle logiquement de la conviction que la foi catholique, immuable, ne change pas avec le temps. Preuve supplémentaire que la position de la FSSPX demeure inchangée, le communiqué du 2 février 2026 de la Maison générale de la FSSPX à Menzingen cite le message de 2024 sus-mentionné :
« Les mots que [le Père Pagliarani] écrivait le 21 novembre 2024, pour le cinquantenaire de la déclaration historique de Mgr Marcel Lefebvre, sont plus que jamais le reflet de sa pensée et de ses intentions :“Ce n’est que dans l’Église de toujours et dans sa Tradition constante que nous trouvons la garantie d’être dans la Vérité, de continuer à la prêcher et à la servir. […] La Fraternité [Saint-Pie X] ne recherche pas d’abord sa propre survie : elle cherche principalement le bien de l’Église universelle et, pour cette raison, elle est par excellence une œuvre d’Église, qui avec une liberté et une force uniques, répond adéquatement aux besoins propres d’une époque tragique sans précédent. “Ce seul but est toujours le nôtre aujourd’hui, au même titre qu’il y a cinquante ans”. »
Rien n’a changé dans les convictions religieuses de la FSSPX car « c’est seulement dans l’Église catholique, telle qu’elle a toujours été, et dans sa Tradition immuable, que nous avons la garantie de posséder la Vérité ». C’est cette conception que Jean-Paul II a identifiée comme étant à l’origine du problème de la FSSPX, car elle ne tient pas compte du caractère vivant de la tradition.

Positions de Rome
Contrairement à la FSSPX, les positions religieuses de Rome sur plusieurs questions clés de foi et de morale semblent avoir considérablement évolué depuis 1988. Bien que le premier point de cette liste ne soit pas nécessairement lié à la foi et à la morale, il revêt une importance capitale pour notre propos :
Schisme de la FSSPX. Alors que Jean-Paul II considérait la FSSPX comme schismatique, ce n’est plus le message véhiculé par Rome aujourd’hui. Benoît XVI a levé l’excommunication des évêques de la FSSPX, et François a autorisé cette dernière à entendre les confessions et à célébrer des mariages. Par ailleurs, si la FSSPX était réellement schismatique, pourquoi Rome s’inquiéterait-elle de la consécration future de nouveaux évêques sans l’approbation papale ?
Questions LGBTQ+. Depuis 1988, Rome s’est pleinement engagée dans la promotion et la défense des droits des personnes LGBTQ+ au sein de l’Église catholique. En témoignent la promotion d’évêques ouvertement pro-LGBTQ+ et l’autorisation, en 2023, de la bénédiction des unions entre personnes de même sexe (Fiducia Supplicans).
Divorce et remariage. Le paragraphe 301 de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia du pape François (19 mars 2016) a provoqué une onde de choc au sein de l’Église avec cette phrase : « Il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite ‘‘irrégulière’’ vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. » Cette affirmation prétendait modifier non seulement les points de vue sur le divorce et le remariage, mais aussi sur le péché mortel et la grâce sanctifiante. À ce jour, cette phrase n’a été ni corrigée ni retirée et reste donc la position actuelle de Rome.
Synodalité. Depuis plus de trois ans, Rome fait référence à une nouvelle Église appelée « Église synodale ». Dans de nombreux documents relatifs au Synode sur la synodalité, il est affirmé que tous les baptisés sont membres de l’Église synodale car ils sont le Peuple de Dieu. Pour l’Église synodale, la vérité religieuse se discerne par l’écoute de tous les baptisés. Cela diffère considérablement des croyances de l'Église catholique, et pourtant, c'est la position actuelle de Rome.

Tout cela découle logiquement de la notion de tradition vivante, que la FSSPX rejette. Ainsi, Rome s'éloigne toujours plus de l'enseignement de l'Église d'avant Vatican II, tandis que la FSSPX demeure fidèle à ses convictions.
Cette comparaison de l'évolution des croyances de la FSSPX et de Rome depuis 1988 met en lumière un choix que tout catholique doit faire, qu'il en soit conscient ou non. Ceux qui adhèrent à la position fondamentale de la FSSPX risquent d'être qualifiés de schismatiques, mais ont au moins la certitude que leurs convictions religieuses sont immuables. À l'inverse, ceux qui condamnent la FSSPX ne courent jamais le risque d'être qualifiés de schismatiques par l'Église synodale, mais vivent sous la menace constante que Tucho change leur religion. Pour mieux comprendre l'origine de cette dichotomie, il convient d'examiner plus en détail l'encyclique Dei Verbum.
Dei Verbum et la Tradition vivante

Comme mentionné précédemment, Jean-Paul II a cité l'encyclique Dei Verbum du Concile Vatican II pour défendre la Tradition vivante. On peut trouver un autre exemple de l’importance de Dei Verbum dans une question-réponse révélatrice de 2023, issue de la réponse du pape François et du cardinal Víctor Manuel « Tucho » Fernández aux « dubia » signées par les cardinaux Brandmüller, Burke, Íñiguez, Sarah et Zen :
Question des cardinaux à l’origine des Dubia : « Suite aux déclarations de certains évêques, qui n’ont été ni corrigées ni rétractées, la question se pose de savoir si la Révélation divine doit être réinterprétée dans l’Église en fonction des mutations culturelles de notre temps et de la nouvelle vision anthropologique qu’elles induisent ; ou si la Révélation divine est, au contraire, immuable et, par conséquent, incontestable, conformément à la doctrine du Concile Vatican II qui affirme que “l’obéissance de la foi” est due à Dieu qui révèle (Dei Verbum, n° 5)… »
Réponse de François et Tucho : « La réponse dépend du sens que l’on donne au mot “réinterpréter”. Si on l’entend comme “mieux interpréter”, l’expression est valable. En ce sens, le Concile Vatican II a affirmé qu’il est nécessaire, par le travail des exégètes – et, j’ajouterais, par celui des théologiens – que “le jugement de l’Église mûrisse” (Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum, n°12). Par conséquent, s’il est vrai que la Révélation divine est immuable et toujours contraignante, l’Église doit faire preuve d’humilité et reconnaître qu’elle n’épuise jamais son insondable richesse et qu’elle a toujours besoin de progresser dans sa compréhension. De ce fait, l’Église mûrit aussi dans la compréhension de ce qu’elle a elle-même affirmé dans son Magistère. Les changements culturels et les nouveaux défis historiques ne changent pas la Révélation ; ils peuvent toutefois nous inciter à mieux expliquer certains aspects de sa richesse débordante, qui a toujours plus à offrir… »
Tout ceci est quelque peu nuancé et peut sembler anodin, mais il est utile de l'examiner car cet échange résume une grande partie du débat doctrinal qui fait rage depuis plus de soixante ans. En substance, les cardinaux conservateurs citent Dei Verbum pour affirmer que la vérité est immuable, tandis que François et Tucho s'appuient sur Dei Verbum pour dire que notre compréhension de la vérité peut « mûrir » au gré des évolutions culturelles. En fin de compte, les révolutionnaires à Rome peuvent justifier des changements radicaux par le concept de « maturation » des interprétations de l'Église, et ceux qui refusent de remettre en question les documents conciliaires se retrouvent bien mal armés pour formuler des objections convaincantes. Hélas, un catholique fervent qui vit selon les préceptes du Concile finit souvent par mourir selon ceux-ci.
Que pense Léon XIV de cela ? Voici ce qu'il a déclaré dans sa catéchèse du 28 janvier 2026 sur Dei Verbum :
« La Parole de Dieu n'est donc pas figée, mais elle est une réalité vivante et organique qui se développe et croit au sein de la Tradition. Grâce à l'Esprit Saint, celle-ci la comprend dans toute la richesse de sa vérité et l'incarne dans les coordonnées changeantes de l'histoire. À cet égard, ce que proposait le saint docteur de l'Église John Henry Newman dans son ouvrage intitulé Le développement de la doctrine chrétienne est suggestif. Il affirmait que le christianisme, tant comme expérience communautaire que comme doctrine, est une réalité dynamique, comme l'a indiqué Jésus lui-même dans les paraboles de la graine (cf. Mc 4, 26-29) : une réalité vivante qui se développe grâce à une force vitale intérieure. »

Ces paroles semblent indiquer que Léon XIV est généralement enclin à concevoir la Tradition comme vivante et dynamique, une conception que la FSSPX a rejetée. Cependant, Léon XIV poursuivit sa catéchèse avec des paroles bien plus conformes à la position de la FSSPX :

« Saint Paul exhorte à plusieurs reprises son disciple et collaborateur Timothée : « Ô Timothée, garde le dépôt qui t'a été confié » (1Tm 6, 20 ; cf. 2 Tm 1, 12.14). La constitution dogmatique Dei Verbum fait écho à ce texte paulinien lorsqu'elle dit : « La sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l’Église », interprété par le « Magistère vivant de l’Église dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus Christ » (n° 10). Le terme « dépôt » est, dans son sens originel, de nature juridique et impose au dépositaire le devoir de conserver le contenu, qui dans ce cas est la foi, et de le transmettre intact.
Mgr Lefebvre aurait sans doute approuvé une grande partie de ces points, notamment le devoir de l’Église de transmettre le dépôt sacré « intact ». Si tel est véritablement le rôle de l’Église selon Léon XIV, comment concilie-t-il cela avec le fait que la « tradition vivante » ait conduit à une situation où la FSSPX est persécutée précisément parce qu’elle s’efforce de sauvegarder et de transmettre le dépôt sacré intact ?
Nous verrons bientôt comment les choses évolueront. Bien qu'il semble fort improbable que Léon XIV (et encore moins Tucho) se rallie à la vision de la FSSPX sur l'immuabilité de la Foi, il aura désormais l'occasion de méditer, dans la prière, sur des arguments qui devraient trouver un écho auprès des hommes de bonne volonté désireux d'être de fidèles catholiques. Comme l'a déclaré l’abbé Pagliarani lors de son récent entretien concernant l'annonce des consécrations prévues, tous les catholiques devraient s'unir dans les prières pour Rome et la FSSPX :
« Je voudrais leur dire que le moment présent est tout d’abord celui de la prière, de la préparation des cœurs, des âmes et aussi des intelligences, en vue de nous disposer à la grâce que ces consécrations représentent pour toute l’Église. Cela dans le recueillement, dans la paix et dans la confiance en la Providence, qui n’a jamais abandonné la Fraternité et qui ne va pas l’abandonner à présent.

Tous les catholiques sincères ont de bonnes raisons de prier pour que Dieu accorde à Léon XIV la grâce de comprendre la position de la FSSPX et le courage d'accomplir Sa volonté.

Cœur Immaculé de Marie, priez pour nous !

Note de la rédaction : Par delà les polémiques, il n’en reste pas moins vrai, que le Christ a chargé Pierre du gouvernement de son Église, de la garde de la Tradition, mais qui, pour être vivante, ne doit pas changer, ni « mûrir »……

« …..Le Saint Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître, sous sa révélation, une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi….. » Concile Vatican I Pastor Aeternus c.4

« Ego sum Deus et non mutor » Ma. 3, 6

« Jésus-Christ était hier, il est aujourd’hui, et il sera le même dans tous les siècles. » He. 13, 8
1708
Martin Janelle

Le contenu de l'article est factuellement exact. Les citations sont bien choisies, etc. Mais quel grand message son auteur voudrait-il que tous retiennent ?

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