Pourquoi Rome englobe-t-elle les fidèles laïcs de la FSSPX dans l'excommunication ?
Cette formulation peut surprendre. Peut-on réellement dire qu'un laïc « appartient » à la FSSPX ? En soi, il n'existe aucun formulaire d'adhésion, et la Fraternité Saint-Pie X n'est pas une association de fidèles laïcs, mais une société sacerdotale, comme son nom l'indique.
Un fidèle qui fréquente une chapelle tenue par des jésuites, des récollets ou des sulpiciens n'« appartient » pas pour autant à ces instituts. Il peut les soutenir, partager leur spiritualité ou leur apostolat, mais cela ne fait pas de lui un membre de ces communautés.
Comment, dès lors, Rome peut-elle considérer qu'un fidèle fréquentant les chapelles de la FSSPX « appartient » à cette œuvre ?
Une explication est peut-être possible.
En dehors d'une éventuelle imprécision de traduction, on pourrait comprendre que, depuis cette déclaration du 2 juillet, Rome considère désormais, de fait, l'existence d'une sorte d'« Église SSPX », ayant son centre à Menzingen, à laquelle seraient rattachés les fidèles qui la fréquentent régulièrement.
Si telle est bien l'analyse romaine, cela correspond précisément à la définition d'un schisme : l'existence d'une communauté ecclésiale distincte, structurée autour d'une autorité propre. La question ne serait donc pas d'abord doctrinale, mais disciplinaire et juridictionnelle.
Permettez-moi, à ce propos, une réflexion qui ne manquera sans doute pas de susciter des réactions.
Mgr Lefebvre aurait-il accepté que toute la Tradition catholique soit progressivement concentrée autour d'une seule œuvre ? Aurait-il approuvé la centralisation croissante opérée depuis une vingtaine d'années autour de la Maison générale de la SSPX, au point que presque rien ne puisse se faire, se dire ou se penser sans qu'elle en soit informée et n'intervienne, parfois par des décisions arbitraires et très gravement injustes ?
Mgr Lefebvre aurait il accepté que l'on chasse prêtres et évêques de la Fidélité au prétexte qu'ils ne sont pas DANS la SSPX ?
Aurait-il véritablement cautionné une telle évolution ?
Dès lors, Mgr Richard Williamson n'a-t-il pas, d'une certaine manière, eu raison d'accepter son exclusion de la Fraternité et de chercher ensuite à favoriser une organisation plus décentralisée de la Tradition, redonnant à chaque évêque, à chaque prêtre, à chaque père de famille et à chaque fidèle la responsabilité de ses propres décisions devant Dieu et devant toute l'Église ? Mgr Williamson ne nous répétait il pas sans cesse que "le pasteur était frappé et les brebis dispersées", ce qui signifiait qu'il est tentant mais impensable de faire une église parallèle ?
Enfin, une dernière question mérite d'être posée. Même si cette sanction émane d'une autorité moderniste, est-elle pour autant entièrement dépourvue de fondements ecclésiaux ? Est-elle totalement imméritée ?
Peut-être cette épreuve contribuera-t-elle à rappeler aux catholiques attachés à la Tradition leur responsabilité personnelle dans le combat de la foi, là où la Providence les a placés, plutôt que de s'en remettre systématiquement à une structure centrale.
Abbé Matthieu Salenave