Rencontre en Terre Sainte
C'est une amie anglicane convertie au catholicisme qui me fit connaître celle que l'on appelle la petite arabe vouée à devenir musulmane et qui paradoxalement fit le lien entre l’Église d'Orient et celle d'Occident. Lors de ma visite au Carmel de Bethléem, un prêtre a imposé sur nos épaules la cape de la sainte. A cet instant, j'ai senti comme des épaulettes remplies d'une présence et toute la cape était irradiée de lumière, que j'ai attribuée à la sainte. Sur cette présence, je peux encore m'appuyer. Plus tard, on m'a donné un tissu ayant touché à sainte Mariam.
Joie pour moi d'avoir connu ces lieux, d'avoir marché sur cette terre! J'ai une pensée toute particulière pour mes amis qui vivent en Terre Sainte. J'espère y retourner.
Mariam maitrisait mal la langue française. On trouvera des erreurs de syntaxe, de conjugaison, etc. laissés volontairement dans ses prières et cantiques de notes prises par les carmélites de Pau durant les extases de la jeune sainte.
"Tout passe sur la terre ... Que sommes-nous ? Rien, poussière, néant, et Dieu est si grand, si bon, si aimable, et il n'est pas aimé !"
"Sainte Vierge, ma bonne Mère, souvenez-vous que je suis toujours votre enfant, une pauvre orpheline ; ayez compassion de moi, apprenez-moi ce que je dois faire."
"O amour ! O calice ! O sacrifice ! O Jésus-Christ, ayez pitié de nous."
"Seigneur, sauvez le monde ! Mettez-moi dans le feu ... laissez tomber les foudres de vos mains, les hommes ne comprennent pas le mal qu'ils font, ils sont aveugles dans la terre ... Seigneur, ne m'aimez pas moi seule, sauvez le monde ..."
"O Sainte Vierge, ma Mère, je jette entre vos pieds, moi beaucoup péché, mais je cherche vous, Chérie ma Mère. Je cherche Jésus. Vous cachée, Jésus caché ! O ma Mère ayez pitié de ce petit rien. O Jésus pardonnez-moi, plus vouloir offensez Vous. Ayez pitié de cette pauvre orpheline. Jésus, vous pas venu pour rien sur cette terre, pas venu pour les justes, venu sauver les pécheurs. O ma Mère miséricorde, moi, seule, abandonnée, délaissée. Je n'ai plus ma mère, je n'ai plus Jésus, je n'ai plus Dieu, je suis un petit rien abandonné, mon Dieu, mon Dieu, miséricorde. Oui, vous infiniment bon. J'espère en vous. "
"O Jésus rien ici-bas ne peut me contenter. Vous seul Jésus ! O Jésus mon amour quand vous verrai-je ? Quand vous possèderai-je ? O Jésus mon frère ! Vous mon Epoux, mon ami."
"Seigneur, donnez-moi l'obéissance de votre cœur, l'humilité de votre Mère et la simplicité de votre Père."
"Mon Dieu, ayez pitié de votre servante, ne vous éloignez pas de moi, ne faites pas comme l'homme. Quand vous étiez avec moi et que j'étais dans la consolation, dans la lumière, tout le monde me recherchait, à présent tous me fuient. Mon Dieu, donnez-moi un bâton solide sur lequel je puisse m'appuyer, bâton de fer qui ne casse pas ; maintenant que je suis faible, aveugle, j'ai besoin d'appui, mais le bâton que vous m'avez donné plie, semble se casser. Seigneur une fourmi renverse un chameau. ça veut dire un grain d'orgueil ?"
"Votre amour, Seigneur, et la haine du péché ! Je suis l'enfant pourri du bon Dieu : Il m'a fait sentir un peu son amour et j'ai cru mourir, mon cœur éclatait. Il me semble que c'est comme ça que je mourrai un jour. Si les pécheurs connaissaient le bon Dieu, ils ne l'offenseraient jamais !"
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Sainte Marie de Jésus Crucifié - 1846 1878
Galilée : l'enfance
Mariam Baouardy naît le 5 janvier 1846, à Ibillin, petit village de Galilée, à mi-chemin entre Nazareth et Haïfa, dans une famille de rite greco-catholique. Ses parents ne parvenaient pas à mettre au monde d'enfant qui survive: l'un après l'autre, douze garçons étaient morts tout petits.
Dans leur profonde douleur et confiance en Dieu, ils avaient alors décidé de faire le pèlerinage à Bethléem pour aller prier à la crèche et demander la grâce d'une fille. C'est ainsi que Mariam était venue au jour, puis un frère, Boulos, l’année suivante.
Mais Mariam n'a pas encore 3 ans lorsque son père meurt en la confiant à Saint Joseph, puis sa mère quelques jours plus tard. Boulos est alors adopté par une tante et Mariam par un oncle de condition aisée.
De ses années d'enfance en Galilée, il lui restera tout à la fois l'émerveillement devant la beauté de la Création, la lumière, les paysages où tout lui parle de Dieu et le sentiment très fort que « tout passe ».
Une expérience d'enfant est décisive pour sa vie à venir : elle joue avec deux petits oiseaux et veut leur faire prendre un bain... mais ceux-ci n'y résistent pas et meurent entre ses mains. Toute triste, elle entend alors intérieurement cette parole: « Vois, c'est ainsi que tout passe; mais si tu veux me donner ton cœur, je te resterai toujours ».
A 8 ans elle fait sa première communion. Peu après, son oncle part pour Alexandrie avec toute la famille.
En Égypte : Alexandrie et le martyre
Mariam a 12 ans quand elle apprend que son oncle veut la marier. Décidée à se donner tout entière au Seigneur elle refuse. Tentative de persuasion, menaces, humiliations et mauvais traitements ne peuvent entamer sa résolution. Au bout de trois mois elle va trouver un ancien serviteur de la maison pour envoyer une lettre à son frère resté en Galilée afin qu'il vienne l'aider. Entendant le récit de ses souffrances, le serviteur qui est musulman l'exhorte à quitter les chrétiens et à embrasser sa religion. Mariam refuse. En colère, l'homme tire son cimeterre et lui tranche la gorge, puis l'abandonne dans une ruelle sombre. C'était le 8 septembre (fête de la Nativité de la sainte Vierge).
Mais son temps n'était pas encore venu, et elle se réveille dans une grotte auprès d'une jeune femme qui ressemblait à une religieuse. Durant 4 semaines, celle-ci la soigne, la nourrit, l'instruit. Puis lorsqu'elle est guérit, celle qu'elle dira plus tard être la Vierge Marie elle-même, l'emmène dans une église, et la quitte. De sa blessure mortelle, Mariam gardera toute sa vie une voix cassée. « Vous ne reverrez jamais votre famille, dit cette belle infirmière, vous irez en France où vous vous ferez religieuse. Vous serez l'enfant de saint Joseph avant de devenir la fille de sainte Thérèse (d'Avila). Vous prendrez l'Habit du carmel dans une maison, vous ferez profession dans une seconde, vous mourrez dans une troisième, à Bethléem. »
De ce jour, elle ira de ville en ville (Alexandrie, Jérusalem, Beyrouth, Marseille...), comme servante, choisissant de préférence des familles pauvres, les aidant, partant dès qu'elle se trouve trop honorée.
Mais elle va devenir aussi de façon toute particulière témoin de cet « univers invisible » auquel nous croyons sans le voir, et qu'elle a expérimenté de façon si forte.
A Marseille, les Sœurs de Saint Joseph
En 1865 elle se trouve à Marseille. Elle est mise en contact avec les Sœurs de Saint Joseph de l'Apparition. Elle a 19 ans et n'en paraît que 12 ou 13 ; elle parle mal le français, est de petite santé, mais elle est accueillie au noviciat, et sa joie est grande de pouvoir ainsi se donner au Seigneur. Toujours prête pour les travaux les plus fatigants, elle passe la plus grande partie de son temps à la lessive ou à la cuisine. Mais deux jours par semaine elle revit la Passion de Jésus, reçoit les stigmates (que, dans sa simplicité elle croit être une maladie), et toutes sortes de grâces extraordinaires commencent à se manifester. Certaines sœurs en sont bien déconcertées, et au bout de 2 ans de noviciat, elle n'est pas admise à s’engager dans la congrégation. C'est alors qu'un concours de circonstances l'oriente vers le Carmel de Pau.
Le Carmel de Pau
Elle y est reçue en juin 1867 et y trouvera toujours amour et compréhension au milieu de toutes les épreuves qu'elle aura à traverser. Pour le moment, la voici de nouveau au noviciat, où elle reçoit le nom de Sœur Marie de Jésus Crucifié. Elle insiste pour être sœur converse, se trouvant toujours plus à l'aise dans le service des autres, et ayant du mal à lire pour réciter l'Office divin, sa simplicité, sa générosité lui conquièrent les cœurs. Et ses paroles au sortir d'une extase sont le fruit de sa vie: « Où est la charité, Dieu est aussi. Si vous pensez à faire le bien pour votre frère, Dieu pensera à vous. Si vous faites un trou pour votre frère, vous y tomberez ; il sera pour vous. Mais si vous faites un ciel pour votre frère, il sera pour vous »...
Don de prophétie, attaques du démon ou extases... parmi toutes les grâces divines dont elle est comblée, il y a celle, très forte, de son néant en face de Dieu, et lorsqu'elle parle d'elle-même en s'appelant « le petit rien », c'est vraiment l'expression profonde de son être. C'est ce qui lui fait pénétrer l'insondable profondeur de la miséricorde divine où elle trouve sa joie et ses délices, sa vie... « L'humilité est heureuse d'être un rien, elle ne s'attache à rien, elle ne se fatigue jamais du rien. Elle est contente, heureuse, partout heureuse, satisfaite de tout... Bienheureux les petits ! ». Là est la source de son abandon au cœur des grâces les plus étranges comme au cœur des événements humains les plus déconcertants.
La fondation du Carmel de Mangalore en Inde
Au bout de 3 ans, en 1870, elle part avec un petit groupe fonder le premier monastère de carmélites en Inde, à Mangalore. Le voyage en bateau jusque-là est déjà toute une aventure, et trois sœurs meurent avant d'arriver. Mais du renfort est envoyé et, fin 1870, on peut inaugurer la vie cloîtrée. Ses expériences extraordinaires continuent sans l'empêcher pour autant d'affronter les travaux les plus lourds et les troubles toujours liés à une nouvelle fondation. Durant ses extases, tantôt on la voyait avec un visage rayonnant à la cuisine ou ailleurs ; tantôt elle participait en esprit à ce qui se passait dans l'église comme au moment des persécutions en Chine par exemple ; tantôt le démon semblait prendre possession d'elle, mais pour l'extérieur seulement, lui faisant vivre de terribles tourments et combats. Bien des incompréhensions commencèrent alors à se produire autour d'elle, mettant même en doute l'authenticité de ce qu'elle vivait. Elle put encore émettre ses vœux au terme de son noviciat le 21 novembre 1871, mais les tensions créées dans son entourage finirent par provoquer son renvoi au carmel de Pau en 1872.
Retour à Pau
Là elle retrouve sa vie simple de converse au milieu de l'affection de ses sœurs, et son âme se dilate. Lors de certaines extases, elle, qui est presque illettrée, improvise dans l'élan de sa reconnaissance envers Dieu des poésies d'une grande beauté pleines de fraîcheur et d'un charme tout oriental, où la création entière chante son Créateur ; ou bien en un clin d’œil la voici attirée au sommet d'un arbre, sur une branche qui ne supporterait pas même un oiseau, par l'élan de son âme vers le Seigneur... « Tout le monde dort. Et Dieu, si rempli de bonté, si grand, si digne de louanges, on l'oublie !... Personne ne pense à lui !... Vois, la nature le loue ; le ciel, les étoiles, les arbres, les herbes, tout le loue ; et l'homme, qui connaît ses bienfaits, qui devrait les louer, il dort !.. Allons, allons réveiller l'univers ! »
Nombreux aussi sont ceux qui viennent chercher auprès d'elle réconfort, conseils, prières, et qui repartent éclairés, fortifiés par sa rencontre.
La fondation du Carmel de Bethléem
Peu après son retour de Mangalore, elle commence à parler de la fondation d'un Carmel à Bethléem. Les obstacles sont nombreux, mais se lèvent progressivement, et parfois contre toute attente. Enfin l'autorisation est donnée par Rome, et le 20 août 1875, un petit groupe de carmélites s'embarque pour cette aventure. Le Seigneur lui-même guide Mariam pour le lieu et la construction. Comme elle est seule à parler l'arabe, elle est plus particulièrement chargée de suivre les travaux, « plongée dans le sable et la chaux ». La communauté peut venir habiter les lieux dès le 21 novembre 1876, pendant que certains travaux se poursuivent. Elle se préoccupe aussi de la fondation d'un Carmel à Nazareth, et s'y rend pour l'acquisition d'un terrain en août 1878. C'est au cours de ce voyage que lui est révélé le lieu d'Emmaüs, qu'elle fait acheter par Berthe Dartigaux pour le Carmel. De retour à Bethléem, elle reprend la surveillance des travaux sous une chaleur étouffante. En portant à boire aux ouvriers, elle tombe dans un escalier et se brise un bras.
La gangrène va s'y mettre très rapidement et elle meurt en quelques jours, le 26 août 1878, à 32 ans.
Mariam et l'Esprit Saint
Mariam nous ouvre à ce monde invisible si proche de nous, et qui est toute miséricorde. Elle nous apprend par là à miser toute notre vie sur « ce qui ne passe pas », ce qui seul « a du poids », Dieu seul.
La lutte contre toutes les forces du mal est loin d’être achevée aujourd’hui. Mariam, qui est appelée par certains « Patronne de la Paix » pour la Terre Sainte, est pour nous un encouragement à nous laisser transfigurer par le Seigneur pour devenir nous mêmes artisans de cette transfiguration du monde par la grâce de Dieu. Témoin d'un monde déjà transfiguré, elle nous renvoie à ce premier jour de la Création, où le Ciel et la Terre n’étaient pas encore séparés, mais seulement la lumière et les ténèbres: ce jour Un, reflet de l'Unité divine, où tout resplendit de cette Unité. Et justement, Mariam a été particulièrement attirée par l'Esprit Saint, cet Esprit qui planait sur les eaux, au début de la Création.
C'est Lui qu'elle nous livre comme en héritage car lorsqu'il vient prendre la place de notre « moi›› égoïste il transfigure toute chose, « crée du nouveau » (Isaïe).
« Adressez-vous à l'Esprit Saint qui inspire tout ».
« Le moi est ce qui perd le monde. Ceux qui ont le moi portent la tristesse, l'angoisse avec eux. On ne peut pas avoir Dieu et le monde ensemble... Celui qui n'a pas le moi a toutes les vertus et la paix et la joie ». Mais avec l'Esprit Saint, même « une goutte » seulement, tout devient possible : « Source de paix, lumière, venez m'éclairer ; je suis ignorante, venez m'instruire... Les disciples étaient très ignorants, ils étaient avec Jésus et ne comprenaient pas Jésus... Quand vous leur avez donné le rayon de lumière, les disciples ont disparu ; ils n'étaient plus ce qu'ils étaient auparavant ; leur force a été renouvelée... Esprit Saint, je m'abandonne à vous ».
« Esprit Saint, inspirez-moi.
Amour de Dieu consumez-moi.
Au vrai chemin conduisez-moi.
Marie ma Mère regardez-moi,
Avec Jésus, bénissez-moi.
De tout mal, de toute illusion,
De tout danger préservez-moi .
Esprit Saint inspirez la France,
Amour de Dieu consumez la France,
Au vrai chemin, conduisez la France.
Marie ma Mère regardez la France.
Avec Jésus, bénissez la France.
De tout malheur, préservez la France."
Se rappelant de sa première communion elle dira aussi :
« Lorsque vous vous préparez à la Communion, il vous faut considérer qui est Celui qui vient. C'est Jésus. Jésus si bon, si aimable, si doux, et en même temps, si grand, si puissant, si beau ! De qui s'approche-t-il ? Il s'approche de vous qui n'êtes que poussière et nullité. Il vient pour se donner à vous, pour n'être qu'un avec vous. Quand vous le possédez dans votre cœur, pensez que vous êtes comme la Vierge qui portait Jésus dans son sein. Dans la journée, gardez toujours votre regard fixé sur ce Jésus que vous avez reçu le matin ».
Fiançailles... Musulmane ! Non, jamais !...
Mais voilà qu'arrive l'âge de la marier. On l'avait fiancée à un frère de sa tante qui habitait Le Caire. Elle n'en savait évidemment rien, telle est la coutume orientale. Mais lorsque la tante, un jour, la mettra au courant de ses devoirs d'épouse, elle en fut toute bouleversée. Elle se rappela, alors, la «voix» de Jésus entendue dans sa petite enfance: « Si tu veux me donner ton cœur, je te resterai toujours ! » Sa décision est prise : elle sera à Jésus. Quoi qu'il puisse lui arriver, Jésus sera son unique époux.
Au matin, elle coupe ses longs cheveux... L'oncle comprend immédiatement... scène de violence, coups, gifles, rien n'y fait ! L'oncle est furieux, la famille est furieuse, jusqu'au clergé local qui lui reproche cette désobéissance ! On la relègue à la cuisine, on la met à la peine. Elle est humiliée au dernier degré. Mais l'orpheline est inflexible. Elle songe à son petit frère Boulos, âgé maintenant de onze ans. Lui, il est resté à Tarshiba, en Galilée. En secret, elle dicte une lettre, car elle ne sait pas écrire, et elle l'invite à venir la rejoindre. Elle sait qu'un ancien domestique, un musulman, s'apprête à partir pour Nazareth. Un soir, en cachette, elle court le trouver.
Comment peut-elle rester dans une religion où l'on se montre si dur, si intransigeant ? lui demande le musulman. L'Islam, lui explique-t-il, serait pour elle tellement plus accueillant, tellement plus compréhensif. Alors, le sang de Mariam ne fait qu'un tour, elle se dresse fièrement : « Musulmane ! Non, jamais ! Je suis fille de l’Église catholique, apostolique et romaine et j'espère, avec la grâce de Dieu, persévérer jusqu'à la mort dans ma religion qui est la seule vraie ! ».
Martyre !
Et c'est le drame... l'horreur ! Devenu furieux et fanatique, l'homme se précipite sur Mariam, la jette à terre, dégaine son cimeterre (sabre oriental) et lui tranche la gorge. On la croit morte... et elle n'en est pas loin.
Ce drame se déroula dans la nuit du 7 au 8 septembre 1858. On porta le corps de l'adolescente dans une rue obscure... Le mariage de sang était consommé.
Oui, comme elle aimait l’Église, la petite Mariam ! Elle dira plus tard: « Je suis fille de la Sainte Église. Elle est ma Mère. C'est pour moi un honneur d'appeler l’Église ma Mère ! Mère Église, rose mystique, je t'aime ! L’Église souffre, le Saint-Père souffre, son cœur est dans l'affliction. L’Église est notre Mère. Quand une Mère souffre, tous ses fils souffrent avec la Mère. Oh ! que je voudrais donner mon sang pour l’Église ! J'offre tout pour elle, pour l'union, pour le triomphe de l’Église ! ...»
Plus tard, par obéissance, Mariam racontera qu'elle mourut réellement, et qu'elle était montée au ciel, qu'elle y avait vu Notre-Dame, ses bons parents, le Trône de Dieu... Et la description qu'elle en fit rappelait étrangement les paroles de l'apôtre Jean dans l' Apocalypse.
Elle ne put, cependant, jamais expliquer comment elle se retrouva dans une grotte. A côté d'elle veillait une belle infirmière aux vêtements bleus qui pendant plusieurs semaines la soignera, la guérira.
Puis, elle fit sortir Mariam de la grotte, la conduisit dans l'église de Sainte-Catherine et appela un confesseur. Quand Mariam sortit du confessionnal, la mystérieuse infirmière avait disparu.
En 1875, en route vers la Palestine, elle racontera cette scène à son Directeur, le père Estrate, et elle précisera: « Je sais à présent que la religieuse qui m'a soignée après mon martyre était la Sainte Vierge ».
Car elle protégeait tout spécialement la petite orpheline.
Un jour, elle dira:
« Depuis hier, j'ai chanté et je chante un cantique au Seigneur. J'ai dit :
« Seigneur, je suis comme le petit poussin agrippé par l'épervier. Celui-ci l'a frappé de son bec à la tête, il l'a presque écrasé, mais le pauvre petit s'est caché sous l'aile de sa mère pour se mettre à l'abri. Moi aussi, j'ai été dans l'angoisse, dans les tristesses, dans la souffrance. Mes os se sont déboîtés, la moelle de mes os s'est aigrie à l'intérieur de moi, ma chair a été broyée. J'ai tourné mon regard vers mon Père, et lui m'a regardée, et ce regard m'a guérie... J'ai couru vers mon Père et mon Roi, et mon Roi est venu vers moi. J'étais comme le petit poussin sous l'aile de sa mère. Et je regardais mes ennemis à travers les plumes de l'aile de mon Père et de mon Roi, sans avoir peur de rien. J'étais en sûreté... »
« Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous », dit le Seigneur. Revenez à Dieu de tout votre cœur, laissez là ce misérable monde, et votre âme trouvera le repos. Apprenez à mépriser les choses extérieures et à vous donner aux intérieures, et vous verrez le Royaume de Dieu venir en vous... ...Jésus-Christ viendra à vous et il vous remplira de ses consolations, si vous lui préparez au-dedans de vous une demeure digne de lui...
...II visite souvent l'homme intérieur, et ses entretiens sont doux, ses consolations ravissantes, sa paix est inépuisable et sa familiarité incompréhensible. Âme fidèle, hâtez-vous donc de préparer votre cœur pour l'époux, afin qu'il daigne venir et habiter en vous. Car il a dit : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure ». Laissez donc entrer Jésus en vous, et n'y laissez entrer que lui. Lorsque vous posséderez Jésus, vous serez riche, et lui seul vous suffit. Il veillera sur vous, il prendra de vous un soin fidèle en toutes choses, de sorte que vous n'aurez plus besoin de rien attendre des hommes. Car les hommes changent vite et vous manquent tout d'un coup ; « mais Jésus-Christ demeure éternellement » : inébranlable dans sa constance, il est près de vous jusqu'à la fin...
...Mettez en Dieu toute votre confiance ; qu'il soit votre crainte et votre amour : il répondra pour vous et il fera ce qui est le meilleur. « Vous n'avez point ici de demeure stable » ; en quelque lieu que vous soyez, vous êtes étranger, et voyageur et vous n'aurez jamais de repos que vous ne soyez uni intimement à Jésus-Christ...
...Votre demeure doit être dans les cieux ; regardez, comme en passant, toutes les choses de la terre...
...Prenez garde de vous attacher à quoi que ce soit, de peur d'en devenir l'esclave, et de vous perdre. Que votre pensée soit auprès du Très-Haut, et que ta prière sans interruption se dirige vers le Christ. Si vous ne savez pas encore vous élever aux contemplations célestes, reposez-vous dans la Passion du Sauveur, et aimez à demeurer dans ses plaies sacrées. Car si vous vous réfugiez avec amour dans ces plaies et ces précieuses stigmates, vous sentirez une grande force au temps de la tribulation ; vous vous inquiéterez peu du mépris des hommes, et vous supporterez aisément les paroles médisantes. Si vous ne voulez rien souffrir, comment serez-vous ami de Jésus-Christ ? Souffrez avec Jésus-Christ et pour Jésus-Christ si vous voulez régner avec Jésus-Christ ! Si une seule fois vous étiez entré bien avant dans le Cœur de Jésus, et que vous eussiez ressenti quelque mouvement de son amour, que vous auriez peu de souci de ce qui peut ou vous contrarier ou vous plaire ! vous vous réjouiriez d'un outrage reçu parce que l'amour de Jésus apprend à l'homme à se mépriser lui-même...
(Imitation de Jésus-Christ - Livre II, ch.I, 1-6.)