L'Eglise n'a pas besoin de notre amertume ou de nos critiques.
Elle y explique comment, lorsque les structures visibles semblent s'effondrer ou faillir, ce sont les âmes cachées qui maintiennent l'édifice spirituel et non celle qui sont amères et qui ne comprennent pas la primauté de la vie intérieure et spirituelle. Les unes font l'histoire et vivifient l'Église les autres font des histoires et fatiguent l'Église.
Elle écrivait ceci:
« Ce sont les âmes qui prient et qui se sacrifient qui font l'histoire. Les évènements décisifs de l'histoire du monde ont été essentiellement influencés par des âmes dont les livres d'histoire ne disent rien. Et quelles sont les âmes à qui nous devons les évènements décisifs de notre vie personnelle, c'est ce que nous ne saurons qu'au jour où tout ce qui est caché sera révélé.
Aux époques de radicale transformation, il arrive que les formes extérieures de la vie ecclésiale s'écroulent ou soient profanées. Mais alors, l'Esprit Saint suscite une vie intérieure plus intense, une union plus intime avec Dieu. C'est dans le silence de la prière, dans l'immolation de soi pour les péchés du monde, que se prépare le renouveau.
Dieu n'a pas besoin de nos grandes œuvres, mais de notre abandon total. Dans les nuits les plus sombres surgissent les plus grands prophètes et les saints. Pourtant, le courant régénérateur de la vie mystique reste invisible. Certes, les évènements décisifs de l'histoire de l'Église ne sont pas consignés dans les journaux. C'est dans le cœur des hommes, dans le secret de la cellule ou de la vie cachée, que se gagnent les batailles de Dieu. »
Un grand homme de Dieu, le Bienheureux Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus (1894-1967), qui fut un grand maître de la vie silencieuse, montre comment l'amertume, même sous couvert de zèle pour la vérité, devient un poison pour le Corps Mystique du Christ et donc pour notre prochain, qu'il soit proche ou éloigné.
« On ne construit pas l’Église par la critique, on ne la construit pas par l’amertume. Celui qui critique, celui qui se plaint, celui qui démolit avec son esprit de jugement, celui-là détruit l’Église dans son âme et dans l’âme des autres.
L’amertume est un signe de mort ; elle tarit la source de la grâce. L’Église n’a pas besoin de censeurs, elle a besoin de saints. Et le saint, c’est celui qui, voyant les misères et les trous de l’édifice, ne s’arrête pas à les dénoncer, mais apporte sa propre vie comme une pierre vivante pour boucher le trou.
Un seul acte d’amour silencieux, une seule vie cachée avec le Christ, construit plus l’Église que tous les discours réformateurs nés de l’orgueil et du mécontentement. Car le mécontentement divise, mais la sainteté silencieuse unit tout dans le Christ. »
Il existe donc deux manières de réagir pour notre temps:
L'une, humaine et bruyante, qui s'épuise dans la critique et l'amertume, finissant par détruire ce qu'elle prétendait protéger et qui asséche la vie intérieure de Charité.
L'autre, lumineuse mais mortifiée, qui choisit la vie cachée, convaincue qu'une âme en paix et profondément unie à Dieu par "l'intérieur" est un baume qui guérit le Corps tout entier.