Laurier

SAINT MICHEL ET L'APOCALYPSE

LA SUPPLIQUE à SAINT MICHEL ARCHANGE
du pape LÉON XIII


« où fut institué le siège du bienheureux Pierre et la chaire de la Vérité pour la lumière des Nations, ils (les “ennemis très rusés”) ont posé le trône de leur abomination dans l’impiété ; en sorte que le Pasteur étant frappé, le troupeau puisse être dispersé. »
(Pape Léon XIII, Supplique à saint Michel, A.S.S. Romæ 1890-1891)

SAINT MICHEL
ET L’APOCALYPSE


Le pape Léon XIII, alerté providentiellement sur le grand combat apocalyptique qui se préparait alors, composa un exorcisme, comme beaucoup savent, universellement connu sous le nom « d’exorcisme de Léon XIII », distinct de la prière prescrite dans le même temps à la fin des Messes basses. Cet exorcisme dont le texte complet en latin figure dans les très officiels Actes du Saint-Siège (A.S.S. vol. XXIII, Rome 1890-1891, p. 743-747), est précédé d’une importante supplique à saint Michel Archange, hélas trop peu priée, étudiée et commentée. Pire : elle fut tronquée par la suite (après le pontificat de S. Pie X) dans sa partie la plus explicite, sans même savoir qui fut l’auteur de cette élimination ! Il s’agit pourtant là d’une prière très officielle de l’Église envoyée à l’époque à chaque évêque et que Léon XIII récitait lui-même fréquemment, et qui s’avère aujourd’hui plus que jamais d’une grande lumière et d’une grande nécessité pour nos temps...
Cette supplique est en effet centrée sur le « grand combat » apocalyptique en cours et à venir dans l’Église, en faisant expressément référence à deux passages notables du Livre de l’Apocalypse (chap. XII et XX) où saint Michel est nommément désigné par saint Jean, pour d’une part délivrer l’Église des Puissances démoniaques antéchristiques puissamment à l’œuvre en son sein, l’obligeant à s’exiler au désert (“in solitudinem, in desertum”) et pour finir : enchaîner Satan afin que « lié dans l’abîme, il ne séduise plus les Nations », « jusqu’à ce que les mille ans fussent accomplis. » (XX, 3). Cette référence explicite à ces passages de l’Apocalypse, dont le verset 3 intégral fait référence aux fameux mille ans du chap. XX, dans cette prière promulguée par le pape pour l’Église universelle, nous donne là un enseignement très fort qu’il importe de souligner ! D’abord, l’Apocalypse est bien une prophétie pour notre temps du déchainement des forces du mal, prélude au retour du Christ venant instaurer son Règne universel sur la terre, que l’Antéchrist voudra contrefaire juste avant par son Règne maudit (Apoc. XIII). C’est d’ailleurs à saint Michel qu’il revient d’enchaîner le démon à la fin des temps, afin qu’il ne puisse plus « nuire à l’Église », ce qui est également expressément écrit dans le Livre du prophète Daniel (chap. X et XII). « C’est vous que la Sainte Église vénère comme son gardien et son protecteur. Vous qu’elle se fait gloire d’avoir comme défenseur contre les puissances criminelles de la terre et de l’enfer. »
Cette prière promulguée par le Magistère – qui, soulignons-le, n’est pas une simple « prophétie privée » ! – nous enseigne ainsi trois choses très importantes relatives à la crise que nous sommes en train de vivre :
— La Passion de l’Église, en faisant référence à une expression utilisée par le Christ lui-même pour la définir : « le Pasteur étant frappé, le troupeau sera dispersé » (Zacharie XIII, 7 ; Isaïe LIII, 8 ; Daniel VIII, 7 et XII, 7 ; Matth. XXVI, 31 ; Marc XIV, 27) ; et en évoquant l’abomination (abominationis) dans le lieu-saint par excellence : Rome, le Vatican, Siège de la catholicité ! (Abomination annoncée “in loco sancto, in templo Dei” en Apoc. XVII, 4 et 5 ; Daniel XII, 11 ; Matthieu XXIV, 15 ; II Thess. ii, 4).
— La référence explicite à deux passages de l’Apocalypse (chap. XII « la Femme — l’Église — exilée au désert » et XX) nous enseigne que nous sommes bien dans des temps apocalyptiques, et cet aspect des choses doit être très étudié et approfondi ! (la lecture de bons commentaires de ce Livre prophétique est donc vivement conseillée).
— Le paragraphe final qui fait expressément référence au chap. XX et notamment son verset 3, nous enseigne que les fameux mille ans du Livre de l’Apocalypse, ne sont pas déjà passés mais bien à venir, puisqu’on prie saint Michel d’en réaliser le prélude indispensable : l’enchaînement de Satan afin que, “lié dans l’abîme, il ne séduise plus les nations” (Apoc. XX, 3 : “jusqu’à ce que fussent accomplis les mille ans”). Le Règne millénaire qui arrive est donc dans l’optique finale de cette prière de l’Église, indéniablement.
Au-delà des interprétations parfois divergentes des exégètes catholiques sur certains passages, il faut souligner et retenir que le pape Léon XIII, dans cette supplique à saint Michel archange de son exorcisme promulgué pour l’Église universelle, annonçant pour nos temps une grande persécution contre l’Église à Rome par « des ennemis très rusés », — « là où fut institué le siège du bienheureux Pierre et la chaire de la Vérité pour la lumière des Nations, là ils ont posé le trône de leur abomination dans l’impiété ; en sorte que le Pasteur étant frappé, le troupeau puisse être dispersé », — a incorporé dans cette prière plusieurs versets du chap. XII de l’Apoc. relatifs au « grand combat » mené « contre le grand dragon, l’ancien serpent, qui s’appelle le Diable et Satan, et qui séduit tout l’univers », pour se terminer par le chap. XX : « Offrez nos prières en présence du Très-Haut, afin que “surviennent en nous au plus vite les Miséricordes du Seigneur”, et que vous saisissiez le dragon, l’antique serpent qui est le diable ou Satan, et que, “lié dans l’abîme, il ne séduise plus les nations” (Apoc. XX, 3, “jusqu’à ce que fussent accomplis les mille ans.”) ». On demande donc que s’accomplisse enfin « au plus vite » la prophétie apocalyptique, évidemment non encore réalisée à ce jour (y compris donc les fameux « mille ans » objet du verset 3) !
Nous vivons donc assurément des temps apocalyptiques et c’est la raison de la grave crise que traverse l’Église. Il faut prier plus que jamais saint Michel archange de délivrer l’Église de tous ces « loups ravisseurs » annoncés dans l’Évangile (lupi rapaces, Actes XX, 29-30 ; I Jean II, 19) « déguisés en anges de lumière » (II Cor. XI, 14) qui sont actuellement en son sein (selon l’expression de S. Pie X dans l’encyclique Pascendi), jusqu’aux plus hauts sommets, et c’est justement le sens de la supplique de l’exorcisme promulgué par le pape Léon XIII, qui est donc à lire et à prier dans cette optique !
Ainsi, Léon XIII, par cette prière de l’Église (lex orandi, lex credendi ! la règle de la prière est la règle de la foi), nous enseigne donc expressément et avec l’autorité du Magistère (A.S.S.) que l’Apocalypse n’est pas un texte pour nous décrire poétiquement un passé lointain comme certains osent l’envisager…, mais est bien une prophétie relative aux tribulations de l’Église à la fin des temps, actuellement en cours ! Et que la prière à saint Michel (le guerrier de l’Apocalypse) promulguée par lui doit être récitée dans cette optique apocalyptique !
« Ô saint Michel, chef invincible, rendez-vous donc présent au peuple de Dieu qui est aux prises avec l’esprit d’iniquité, donnez-lui la victoire et faites le triompher ! »
Ce qui clôt tout débat quant à un Livre de l’Apocalypse qui serait « prophétique » sans l’être véritablement, puisque sans rapport avec des événements futurs ! Sorte de reviving poétique, à rejeter absolument !

Laurent Morlier (29 septembre 2022)

Texte téléchargeable (feuille A4 à diffuser) :
Fichier PDF SUPPLIQUE à SAINT MICHEL ARCHANGE du pape Léon XIII, 6 p. Dépliant.pdf

Supplique à saint Michel archange

(Extraits)
« Maintenant encore, vous-même, saint Michel et toute l’armée des Anges bienheureux, combattez le combat du Seigneur, tout comme jadis, vous avez lutté contre Lucifer, le coryphée de la superbe, et contre ses anges apostats. “Et voici, ils ne purent vaincre, et leur lieu même ne se trouva plus dans le Ciel. Et il fut précipité, le grand dragon, l’antique serpent, celui qui est appelé le diable ou Satan, le séducteur du monde entier, il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui.” (Apoc. XII). Or, voici que cet antique ennemi, “homicide dès le principe” , s’est dressé avec véhémence, “déguisé en ange de lumière” (II Cor. XI, 14)… […] L’Église, épouse de l’Agneau Immaculé, la voici saturée d’amertume et abreuvée de poison par des ennemis très rusés [la secte des Francs-maçons, dénoncée en 1884, et les modernistes, en 1907] ; ils ont porté leurs mains impies sur tout ce qu’elle désire de plus sacré. où fut institué le siège du bienheureux Pierre et la chaire de la Vérité pour la lumière des Nations [ROME et le VATICAN, le LIEU et non l’Église !], ils ont posé le trône de leur abomination dans l’impiété [œuvre des « ennemis très rusés » et non de la sainte Église véritable !] ; en sorte que le Pasteur [le vrai Pontife et non un faux !] étant frappé [= persécuté, violenté, bafoué, empoisonné, percuté, ligoté : c’est le sens du mot latin “ut percusso Pastore”, comme le Christ qui a été frappé !], le troupeau puisse être dispersé. Ô saint Michel, chef invincible, rendez-vous donc présent au peuple de Dieu qui est aux prises avec l’esprit d’iniquité, donnez-lui la victoire et faites le triompher. […]
« Offrez nos prières en présence du Très-Haut, afin que “surviennent en nous au plus vite les Miséricordes du Seigneur”, et que vous saisissiez le dragon, l’antique serpent qui est le diable ou Satan, et que, “lié dans l’abîme, il ne séduise plus les nations” (Apoc. XX, 3, “jusqu’à ce que fussent accomplis les mille ans.”) »

(Extraits de l’Exorcisme de Léon XIII,

A. S. S. vol. xxiii Rome 1890-1891, pp. 743-747.)

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