Le Dimanche, participation à la Lumière ou simple légalisme religieux.
Une loi simplement extérieure ?
Pour Saint Augustin et les Pères de l'Église en général, le participation du Chrétien au jour du dimanche ne relève pas seulement d'une "loi" extérieure ou d'un besoin social ou religieux, mais d'une participation à la lumière du Christ.
On ne "va" pas à la messe le dimanche simplement par obéissance, habitude ou nécessité spirituelle; on participe à la liturgie comme on participe à la vie divine sur terre, on entre dans la lumière pour devenir lumière.
Le Dimanche : De la Loi à la Participation Mystique
Pour les Pères, le dimanche n'est pas un intervalle de temps, mais une qualité d'être. Passer du Sabbat au Dimanche, c'est passer de l'ombre au plein accomplissement spirituel, de la loi qui contraint à la grâce qui illumine et libère.
Le dimanche est mystiquement le jour qui n'appartient pas à la série des jours du monde. Il est l'intrusion de l'éternité dans le temps.
« Le septième jour est le signe du repos ; le huitième est le signe de la résurrection. [...] Ce huitième jour, c’est le jour éternel, qui ne sera point terminé par une nuit ; c'est le jour qui n'admet point de fin, parce qu'il est la vie éternelle elle-même. » > — Saint Augustin, Sermon 259.
Ici, l'observation du dimanche est une participation : on ne "fête" pas le huitième jour, on s'y incorpore pour échapper à la finitude de la semaine et entrer dans la vie du Christ qui est éternelle.
Le précepte dominical consiste à "faire le vide" non pas pour ne rien faire, mais pour devenir capable de "voir" . Pour Saint Augustin, la lumière du dimanche est une nourriture pour tout l'être.
« Là nous nous reposerons et nous verrons ; nous verrons et nous aimerons ; nous aimerons et nous louerons. Voilà ce qui sera à la fin sans fin. Car quelle autre fin avons-nous, sinon d’arriver au royaume qui n’a pas de fin ? » > — Saint Augustin, La Cité de Dieu, XXII, 30.
Le dimanche est le moment où le chrétien "s'expose" au Soleil de Justice. Ce n'est pas seulement une obligation légale, c'est une nécessité spirituelle vitale, comme la respiration l'est pour le corps.
« C'est le jour où nous célébrons la résurrection du Seigneur, non seulement en lui-même, mais aussi en nous. Car il est ressuscité pour que nous ressuscitions avec lui. [...] Ce jour est le sacrement de notre propre lumière. » > — Saint Augustin, Sermon 261.
Saint Ignace d'Antioche, dès le IIe siècle, soulignait cette rupture avec le légalisme judaïque pour entrer dans la vie nouvelle :
« Ceux qui vivaient dans l'ancien ordre de choses sont venus à la nouvelle espérance, ne fêtant plus le sabbat, mais vivant selon le jour du Seigneur, jour où notre vie s'est levée par lui et par sa mort. » > — Saint Ignace d'Antioche, Lettre aux Magnésiens.
La Lumière Créatrice et la Lumière Recréatrice
Pour les Pères, le dimanche récapitule toute l'histoire du salut. Il y a une continuité mystique entre le premier "Fiat Lux" (Que la lumière soit) et la Résurrection.
« Le dimanche est le jour de la lumière, car c'est en ce jour que la Lumière du monde a triomphé des ténèbres de l'enfer. C’est le jour de la première création et de la seconde création, la récréation de l’homme par la grâce. » > — Saint Jérôme, In die dominica Paschae.
Le dimanche devient pour le catholique un jour transformateur qui le rend un peu plus participant de la Lumière Éternelle. Saint Augustin l'exprimait ainsi :
« Sois toi-même un dimanche. Que ta vie soit une fête de la lumière, un repos dans la paix de Dieu, et alors tu comprendras ce que signifie ce jour. »
Selon les Pères, le précepte n'est donc pas seulement de "faire" ou "ne pas faire" quelque chose le dimanche, mais de se laisser transformer par la Sainte Trinité. C'est l'abandon de l'activisme humain pour laisser place par la participation à la Liturgie de l'Eglise à Celui qui est toute la vie du chrétien : le Christ Lumière Éternelle.