Marie Médiatrice de toutes grâces
Cette doctrine a été affirmée d'une façon générale et implicite dès les premiers siècles, en tant que Marie a été appelée dès le II° siècle la nouvelle Eve, la Mère des vivants, comme nous l'avons dit plus haut, d'autant qu'on lui a toujours reconnu ce titre, non seulement parce qu'elle a physiquement conçu et enfanté le Sauveur, mais aussi parce qu'elle a moralement coopéré à son œuvre rédemptrice, surtout en s'unissant très intimement au sacrifice de la croix.
A partir du IV° siècle et surtout du V°, les Pères affirment distinctement que Marie intercède pour nous; que tous les bienfaits et secours utiles au salut nous viennent par elle, par son intervention et sa protection spéciale. Depuis la même époque, on l'appelle médiatrice entre Dieu et les hommes ou entre le Christ et nous.
Des études récentes portent une grande lumière sur ce point. L'antithèse entre Eve, cause de mort, et Marie, cause de salut pour toute l'humanité, est reproduite par saint Cyrille de Jérusalem, saint Epiphane, saint Jérôme, saint Chrysostome. Il faut citer cette prière de saint Ephrem : « Ave Dei et hominum Mediatrix optima. Ave totius orbis conciliatrix efficacissima », et « post mediatorem mediatrix totius mundi ». Je vous salue, médiatrice du monde entier, réconciliatrice très bonne et très puissante, après le Médiateur suprême.
Chez saint Augustin, Marie est appelée mère de tous les membres de notre chef Jésus-Christ, et il est dit qu'elle « a coopéré par sa charité à la naissance spirituelle des fidèles, qui sont les membres du Christ ». Saint Pierre Chrysologue dit que « Marie est la mère des vivants par la grâce, tandis que Eve est mère des mourants par nature », et l'on voit que pour lui Marie est associée au plan divin de notre rédemption.
Au VIII° siècle, saint Bède parle de même; saint André de Crète appelle Marie médiatrice de la grâce, dispensatrice et cause de la vie, saint Germain de Constantinople dit que personne n'a été racheté sans la coopération de la Mère de Dieu. Saint Jean Damascène donne aussi à Marie le titre de Médiatrice et affirme que nous lui devons tous les biens qui nous sont conférés par Jésus-Christ.
Au XI° siècle saint Pierre Damien enseigne que dans l'œuvre de notre rédemption rien n'est accompli sans elle.
Au XII° siècle, saint Anselme, Eadmer, saint Bernard s'expriment de même. Ce dernier appelle Marie gratiae inventrix, mediatrix salutis, restauratrix saeculorum.
Depuis le milieu du XII° siècle et surtout depuis le XIV° fréquente est l'affirmation très explicite de la coopération de Marie à notre rédemption, consommée par son propre sacrifice consenti au moment de l'Annonciation et accompli sur le Calvaire. C'est ce qu'on trouve chez Arnaud de Chartres, Richard de Saint-Victor, saint Albert le Grand, Richard de Saint-Laurent. C'est indiqué par saint Thomas, et. c'est affirmé ensuite de plus en plus nettement par saint Bernardin de Sienne, par saint Antonin, par Suarez, par Bossuet, par saint Alphonse.
Au XVIII° siècle Saint Louis Marie Grignion de Montfort est un de ceux qui a le plus répandu cette doctrine en en montrant toutes les conséquences pratiques. Depuis lors c'est un enseignement commun des théologiens catholiques.
Pie X dit dans l'encyclique Ad diem illum du 2 février 1904 que Marie est la toute-puissante Médiatrice et réconciliatrice de toute la terre auprès de son Fils unique : « Totius terrarum orbis potentissima apud Unigenitum Filium suum mediatrix et conciliatrix. » Le titre est désormais consacré parla fête de Marie médiatrice instituée le 21 janvier 1921.
RP Garrigou-Lagrange in La Mère du Sauveur et notre vie intérieure